07/08/2010

Après les départs de Leuenberger et Merz, quel gouvernement ?

En mai dernier les présidents du PLR et du PDC, « conscients, disaient-ils, que leur partis assument, historiquement et institutionnellement, une large responsabilité dans la gouvernance du pays, ont entamé des négociations en vue de gouverner la Suisse ensemble ».

Ils sont nombreux, ceux qui, de Romanhorn à Genève, s’inquiètent de l’incapacité des partis politiques, depuis une vingtaine d’années, de s’entendre pour faire fonctionner nos institutions de la manière qu’imposent les défis du monde nouveau qui se crée autour de nous. Ils sont nombreux, ceux qui considèrent anachroniques et paralysants les affligeants marchandages à l’origine de la composition du Conseil fédéral. Ils ont peut-être vu dans la volonté exprimée, voici quelques mois, par MM. Fulvio Pelli et Christophe Darbellay, la promesse d’une époque nouvelle.

La démission successive des conseillers fédéraux Moritz Leuenberger et Hans-Rudolph Merz met en cette fin d’été les deux présidents au défi de tenir leur engagement de régénérer la politique helvétique. Oseront-ils aller au bout de la logique sur laquelle se fonde la volonté qu’ils ont exprimée, une logique qui impose l’élaboration, au sein d’une coalition des partis intéressés, du programme politique qui guidera l’action du Conseil fédéral dans les années à venir ? Autrement dit, oseront-ils clairement affirmer que le temps est venu de mettre un terme à la manière arithmétique de considérer la « concordance », c’est-à-dire de renoncer désormais à l’élection du gouvernement à « la proportionnelle » ?

Que signifierait la mise en œuvre de cette logique nouvelle ?

En premier lieu que le PDC et le PLR établissent la liste claire de leurs priorités politiques. Ensuite que les deux vieux partis, qui disposent certes de la majorité au Conseil des Etats mais pas au sein du Conseil national, entrent en négociation avec les autres formations afin de déterminer avec laquelle ou lesquelles, ils peuvent trouver des compromis et faire alliance. Ce qui revient à admettre, et c’est la démarche qui marquerait le retour aux fondements de la saine politique, qu’ils doivent choisir entre les deux ailes inconciliables et paralysantes que représentent le PS et l’UDC dans l’actuelle « formule magique ». C’est sur la base de la coalition ainsi formée et de son programme politique qu’interviendrait ensuite le choix des deux nouveaux conseillers fédéraux.

Mais peut-on espérer que le PLR et le PDC seront assez courageux pour relever le défi qu’ils se sont lancés ? Eux qui, comme les autres partis, ne voient le futur du pays qu’à travers leurs préoccupations immédiates et leurs petits bénéfices partisans. Pourtant c’est bien avec l’ambition réformatrice qu’ils ont annoncée en mai dernier que MM. Pelli et Darbellay, tout en servant les intérêts du pays, seraient le mieux à même, pour le premier, de conserver à son parti le deuxième siège qu’il a peur de perdre, pour le second, de retrouver celui que le PDC a égaré il y a quelques années.

Les premières réactions du monde politique à la double démission, radicalo-libérales et démo-chrétiennes en particulier, ne confortent en rien les optimistes. Il n’est question que d’épicerie. Il est donc malheureusement très probable que, durant l’automne, ceux qui sont sincèrement préoccupés par l’avenir de la Suisse, devront faire une fois de plus le constat pénible que les partis sont incapables de s’élever à la hauteur des enjeux et que leurs chefs continuent de vendre au peuple leurs discours pour de l’action.

Pierre Kunz

12:34 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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