17/07/2010

Ecologie, déjà la Berezina ?

Sur le front de la politique écologique mondiale les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme élevé. Il est devenu évident que la protection de l’environnement ne constitue plus la voie royale vers les succès électoraux. Principalement parce que l’intérêt du public pour cette cause s’effiloche et que celle-ci est en passe de ne plus être considérée autrement que comme un problème « annexe » pour reprendre les termes du premier ministre canadien Stephen Harper.

L’illustration la plus notable de ce phénomène nous est venue d’Australie. Kevin Rudd, élu à fin 2007 premier ministre d’Australie sur un programme quasiment exclusivement écologique, a été demis récemment de ses fonctions par son parti. Pourquoi ? Principalement parce que les électeurs ont pris conscience des coûts sociaux et financiers énormes d’une politique prétendant s’attaquer directement aux émissions de gaz à effet de serre. Des coûts qui, aux yeux des Australiens, sont apparus subitement exorbitants à la lumière de la crise économique mondiale et de ses conséquences sur les finances publiques.

Le même constat est révélé dans l’ensemble des pays du monde industrialisé. L’exemple allemand est significatif. Outre Rhin, selon la dernière édition de Newsweek, seuls 42 % de la population se sentent aujourd’hui concernés par le réchauffement climatique, contre 62 % en 2006. Il faut dire que depuis cette date les Allemands ont bien sûr été informés des dérives survenues dans les informations communiquées par le GIEC mais aussi, par exemple, des subventionnements déraisonnables consentis par les autorités aux entreprises spécialisées dans le développement de l’énergie solaire. Ces subventionnements, directs et indirects, dépassent à ce jour la limite des 125 milliards de dollars pour une source qui représente … moins de 0,3 % des besoins énergétiques du pays.

En Suisse aussi la désaffection du public à l’égard de la problématique environnementale est palpable. Une étude publiée récemment par l’EPFZ, relativisant la responsabilité des activités humaines dans la fonte des glaciers, est le dernier élément en date à y avoir contribué. Mais une partie du monde politique porte une lourde responsabilité dans cette évolution par les propos incohérents qu’il persiste à tenir. C’est ainsi que, récemment encore, des ténors du PS exigeaient publiquement que notre pays, en 2050, non seulement ait cessé totalement de recourir aux énergies fossiles mais que de surcroît il ait définitivement fermé toutes ses centrales nucléaires. Autrement dit, ils prétendent forcer les Helvètes à renoncer, en quatre décennies, à des sources énergétiques qui actuellement représentent grosso modo 75 % de leur consommation !

La crise économique oblige manifestement l’Occident à revoir ses priorités. Elle ouvre aussi les yeux des citoyens sur les conséquences pratiques des utopies véhiculées par certains milieux intégristes. C’est ainsi qu’est remise en question la priorité, jusqu’ici peu contestée, de lutter frontalement contre les émissions de gaz à effet de serre afin de réduire celles-ci. Les scientifiques comme les politiques reconnaissent de plus en plus nombreux que le réchauffement climatique ne constitue pas notre défi essentiel. Les enjeux majeurs sont d’une part la démographie et ses déséquilibres planétaires, d’autre part l’exploitation démesurée des ressources naturelles, énergétiques en particulier. Et les scientifiques comme les politiques défendent en nombres croissants des options plus réalistes.

La première de ces options consiste, pour les habitants de la planète, à accepter le réchauffement climatique et à prendre les mesures nécessaires, de prévention et de défense, pour en limiter les effets sur la vie des gens. La seconde réside dans la mise en œuvre de politiques migratoires intelligentes. La troisième doit viser la lutte contre le gaspillage énergétique, chez nous dans le domaine de la construction principalement, et généralement dans l’amélioration du rendement énergétique des activités humaines.

Pierre Kunz

12:47 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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