20/06/2010

Caisses de pension publiques : avis de turbulences !

Forcé par la Confédération de respecter désormais les règles élémentaires de la bonne gestion, le canton de Genève est appelé à assainir les caisses de pension du secteur public. En chiffres cet effort obligera les partenaires sociaux, soit les fonctionnaires, les pensionnés, l’Etat employeur et … les contribuables à assembler, au cours des quarante prochaine années près de 5 milliards de francs afin de renflouer les caisses de pensions genevoises, la CIA en particulier.

Il n’est pas surprenant que les fonctionnaires actifs comme ceux qui sont pensionnés soient mécontents. Subitement tous se rendent compte que les explications fournies depuis toujours par l’ensemble des gérants de leur 2ème pilier et de leurs représentants syndicaux, ainsi qu’une bonne partie des politiciens, était virtuelles voire mensongères. Aux uns il apparaît évident désormais que les prestations promises ne pourront pas leur être versées dans leur intégralité lorsqu’ils auront atteint l’âge limite. Quant aux autres, les retraités, ils découvrent que les pensions dont ils bénéficient ne vont bientôt plus grossir avec l’inflation et qu’ils vont y perdre une partie de leur pouvoir d’achat.

On commence à saisir aussi dans la fonction publique que non seulement le traitement privilégié dont elle bénéficiait (primauté des prestations, part patronale considérable et niveau élevé des rentes) ne durera plus longtemps mais que de surcroît les actifs devront accepter de prendre en charge une partie non négligeable de l’effort d’assainissement nécessaire de leur caisse de pension et probablement travailler plus longtemps.

Il n’est pas surprenant que les serviteurs de l’Etat, dans ses conditions, soient mécontents, fâchés. Il est toujours très désagréable en effet de devoir admettre qu’on a été berné et qu’en conséquence on va perdre des plumes dans l’affaire. Mais les serviteurs de l’Etat sont-ils fondés pour autant à se laisser entraîner dans l’agitation de rue par certains, ceux-là même qui les ont trompés ? Non.

Il convient en effet de leur rappeler que les employés et les pensionnés du secteur privé ont été forcés depuis une dizaine d’années d’accepter les mêmes sacrifices que ceux attendant les fonctionnaires genevois. Il y a notamment belle lurette que dans l’économie privée, où les prestations restent presque partout nettement moins généreuses que dans le secteur public genevois, le principe de la primauté des prestations a cédé la place à celui de la primauté des cotisations. Quant aux rentes, il est devenu rare qu’elles soient automatiquement adaptées à l’inflation.

Les employés de l’Etat doivent aussi comprendre que tout l’effort d’assainissement qui ne sera supporté par eux pénalisera directement les contribuables, c’est-à-dire, pour environ 85 % d’entre eux, des citoyens qui auront déjà dû participer sous une forme ou une autre au redressement financier de leur propre caisse de pension. Il est peu donc probable qu’ils éprouvent la moindre sympathie pour les grévistes si ceux-ci persistent dans leur volonté de cesser le travail.

Les employés de la fonction publique doivent reconnaître enfin que le développement durable concerne les prestations publiques autant que les richesses naturelles. Une génération, selon ce principe, ne saurait donc se servir généreusement auprès de sa caisse de pension avec pour résultat, désormais insupportable, un endettement colossal, en escomptant que les générations suivantes se serreront la ceinture pour rétablir l’équilibre. Un équilibre, même dans la durée, d’autant plus difficile à rétablir que le contexte démographique ne lui est pas favorable et que l’environnement économique risque de demeurer difficile pour longtemps.

Dans cette affaire, depuis un demi-siècle, les acteurs ont à Genève montré beaucoup de légèreté, de négligence et aussi beaucoup de mauvaise foi. Les conséquences de l’aveuglement général apparaissent aujourd’hui très lourdes. Les manifestations de mauvaises humeur et les turbulences dont certains menacent n’y changeront rien. Il faudra payer.

Pierre Kunz

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