14/06/2010

Constituante, un 15 juin lourd de conséquences

 

 

Mardi, la Constituante aborde en séance plénière l’un des thèmes essentiels de ses travaux. Il s’agira pour l’Assemblée de décider si elle veut réduire encore le pouvoir des députés au Grand Conseil ou si au contraire elle entend revaloriser les droits de référendum et d’initiative et retrouver un équilibre perdu. L’équilibre délicat entre d’une part l’expression par le référendum et l’initiative de la volonté populaire, d’autre part le fonctionnement harmonieux et efficace des autorités dans le contexte de la démocratie directe.

Jean-Simon Tabournel, enseigne dans plusieurs université de l’Hexagone. Il est un spécialiste reconnu des questions de gouvernance politique. Voici ce qu’il expliquait récemment à ses étudiants :

« Il y a deux acceptions à la gouvernance. La première est neutre. Elle traduit le constat d’une érosion de la légitimité exclusive du politique et la capacité exclusive de l’Etat à contrôler l’ordre sociétal. Elle consacre l’apparition de nouveaux modes collectifs de gestion fondés sur la concertation et la négociation.

La seconde acception est idéologique. Derrière un paravent de participation et la multiplication des « parties prenantes », elle essaie de réduire la place et les prérogatives de l’Etat et du Politique. Bien pire encore, elle tente de saper le fondement principal de la démocratie ».

En Suisse les procédures de concertation et de négociations sont entrées dans les moeurs politiques depuis près d’un siècle. Elles fonctionnent de manière exemplaire et la gouvernance « neutre » constitue le pilier du fonctionnement du pays et des cantons.

Mais à Genève, au prétexte de la démocratie « participative » ou « de proximité », certains ont entrepris voici quelques décennies d’utiliser les droits populaires à des fins partisanes, sans égard pour l’intérêt général et le fonctionnement des institutions. Ils ont commencé à en abuser. Ce sont ces agitateurs qui, comme le souligne Jean-Simon Tabournel, « essaient de réduire la place et les prérogatives de l’Etat et du Politique ». Les conséquences de ces abus sont manifestes et désormais reconnus : blocages innombrables, paralysie générale même dans quelques secteurs, notamment dans ceux de la construction de logements et de la mobilité.

La Constituante va-t-elle rendre la tâche des démagogues encore plus aisée en réduisant fortement les exigences en matière de droit populaires, des exigences qui n’ont plus été adaptées depuis un demi-siècle malgré le quasi-doublement du corps électoral ?

Va-t-elle permettre aux égoïsmes partisans de mener à encore plus de blocages ?

Va-t-elle compromettre encore davantage le rôle et le fonctionnement du Conseil d’Etat et du Grand Conseil ?

Réponse, mardi 15 juin vers 17h00.

Pierre Kunz, constituant

 

09:28 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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