28/05/2010

Les droits fondamentaux ne sauraient être illusoires

Mardi dernier les constituants des groupes PS, Verts, Solidarité, Associations et Avivo ont mis un terme prématuré aux débats de l’Assemblée en quittant spectaculairement la salle de la réunion. L’objet de leur courroux ? Le refus de leurs collègues de la Droite de confirmer les conclusions de la commission chargée d’élaborer les thèses relatives au chapitre des droits fondamentaux.

Parmi les articles que contient toute constitution certains précisent ce qu’il est convenu d’appeler les « droits fondamentaux ». Il s’agit des droits dont la société garantit à chacun de ses membres qu’il en est et restera le bénéficiaire inconditionnel.

La constitution fédérale établit la liste exhaustive des droits reconnus comme tels dans le pays. A titre d’exemple on mentionnera la protection de la dignité humaine, le droit d’obtenir de l’aide dans les situations de détresse, l’égalité de toutes les personnes en droit, la liberté de croyance, le droit au mariage et à la famille, la liberté économique, la liberté syndicale ou encore la garantie de la propriété.

Contrairement à ce que semblent penser les membres de la Gauche constituante genevoise, le chapitre des doits fondamentaux ne saurait donc s’étendre à l’aléatoire concrétisation du programme politique d’un parti ou d’une coalition des partis. Il doit au contraire se limiter aux valeurs reliant les membres d’une communauté et aux droits pouvant effectivement leur être garantis.

C’est dans un autre chapitre de sa constitution que cette communauté énumère les buts sociaux qu’elle ambitionne d’atteindre et qu’elle fixe les missions et les tâches de ses autorités. Elle peut aussi y définir les moyens les plus importants mis à leur disposition à cet effet.

La culture politique de la République du bout du lac est singulière. On a toujours aimé à Genève faire la politique « dans la rue », on y a toujours succombé plus facilement qu’ailleurs aux harangues des agitateurs, on y a toujours pris aisément les discours des tribuns pour des actes. Pas étonnant donc que la démagogie ait souvent pollué la législation du canton, cela jusqu’au plan constitutionnel.

C’est ainsi que les Genevois ont accepté, voici une vingtaine d’années, l’article 10 A de leur constitution qui « garantit le droit au logement », une garantie qui ne figure dans aucune autre charte fondamentale du pays. Et pour cause : partout on a bien vu qu’un tel droit est fictif. Partout la construction des logements répondant aux besoins de la population fait donc partie des buts communs, des tâches de l’Etat.

A l’époque où le peuple de Genève a adopté le texte de l’initiative exigeant l’inscription de la garantie du droit au logement dans la constitution on a lui a expliqué que grâce à cette « avancée sociale » on allait enfin construire les logements bon marché attendus par tous. Résultat ? Depuis la constitutionnalisation de cette « garantie » la construction d’habitations nouvelles n’a cessé de baisser et la pénurie de croître. En 2008 et 2009 on a produit à peine plus de 1000 logements par an, soit le volume le plus faible de ces cinquante dernières années. Aujourd’hui le tiers des personnes travaillant à Genève n’y ont pas trouvé d’appartement et sont forcées d’habiter avec leur famille en France voisine ou dans le Pays de Vaud.

Ce constat d’échec dramatique devrait convaincre tout élu, confronté à la tâche de rédiger une nouvelle constitution pour Genève, de renoncer à y déclarer et déclamer des droits illusoires. Mais cette manière responsable de travailler n’a manifestement pas été retenue par la commission chargée d’élaborer la liste des droits fondamentaux de la future constitution. Manquant aux exigences du réalisme et de l’humilité, s’égarant dans les compromis sémantiques et politiques elle a soumis à l’Assemblée plénière un catalogue de thèses « formidable ». Autrement dit un catalogue inquiétant par son ampleur, par ses redondances et par le nombre de propositions n’ayant pas leur place dans les droits fondamentaux.

Certaines thèses sont clairement oublieuses des enjeux généraux et se perdent dans des détails qui partout ailleurs sont traités dans la loi. D’autres sont incohérentes. Quelques propositions se veulent tellement profondes qu’elles en deviennent creuses, comme celle qui « garantit le droit de jouir de son bon état de santé ». Enfin il y a les thèses carrément trompeuses, celle en particulier qui persiste à garantir le fameux « droit au logement ».

Comment ont-ils pu croire, ceux qui sont à l’origine de cette dérive, que l’Assemblée, désireuse dans sa majorité de se consacrer à l’essentiel, allait accepter d’ancrer dans la nouvelle constitution la multitude d’engagements vains, d’articles de niveau législatif et de banalités qu’ont leur proposait ? Mais bien sûr, cette majorité ne manquera pas de revenir aux questions importantes, notamment à la problématique du logement, le moment venu.

Pierre Kunz, constituant

Article publié dans Le Temps de ce jour

09:20 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

26/05/2010

La Gauche est nue ...

… alors elle jette du bois mouillé sur le feu et fait de la fumée afin de cacher ses vilaines formes.

Lors de sa séance plénière de mardi dernier la Constituante a vécu un évènement probablement unique dans la vie politique genevoise. Ce soir-là près de la moitié des élus présents, soit l’ensemble des constituants PS, Verts, Solidarité, Associations et Avivo, ont décidé de mettre un terme aux débats en quittant purement et simplement la salle.

Pourquoi ? Parce qu’ils avaient, quelques instants auparavant, été mis en minorité lors d’un vote sur un sujet traité par l’Assemblée de manière absolument démocratique et conformément aux règles de travail qu’elle s’est donnée voici plus d’un an.

Certes, le texte en discussion n’était pas anodin. Il couvrait un certains nombre de thèses, relatives pour certaines à la question du logement, auxquelles la Gauche entendait donner le poids de droits fondamentaux alors qu’à droite on préférait les regrouper dans un article intitulé « Buts de l’Etat ».

Mais les débats ont surtout mis en évidence que deux projets de société opposés s’affrontaient : les uns ambitionnaient de gonfler encore la foison de droits, souvent irréalistes, déjà existants et de les élever de plus au rang constitutionnel ; les autres avaient décidé de mettre un terme aux promesses illusoires et démagogiques dont le monde politique genevois abuse depuis trop longtemps. Et la Gauche n’a pas supporté que, pour la première fois depuis longtemps, les membres des groupes bourgeois aient le courage d’affirmer clairement, sans les habituelles concessions sur le fond, sa vision de la société et de l’imposer par le vote.

Pour la Gauche, c’est une simple défaite politique mais une défaite qui l’incommode grandement. Il est clairement apparu au sein de la Constituante que les élus de la Droite sont convaincus qu’ils n’ont pas le droit de transiger à propos de leurs valeurs essentielles, à savoir : liberté, responsabilité, solidarité et prospérité commune. Les compromis tactiques et les marchandages politiques incontournables au Grand Conseil ne sont pas de mise ici.

La Gauche a beau l’en accuser, cela ne signifie pas que la Droite a planifié d’abaisser la portée des droits fondamentaux ni même qu’elle entend réduire l’ampleur des tâches de l’Etat, en matière de logement encore moins qu’ailleurs. Comme l’exigent en vain depuis longtemps les habitants du canton, elle veut simplement dans la constitution substituer l’action aux déclarations sans portée. Elle est fermement décidée à mettre l’accent non pas sur des promesses de lendemains enchanteurs mais sur les missions concrètes de l’Etat et les moyens dont il doit disposer pour les accomplir.

Les discours agressifs des déçus d’hier dans les médias de ce mercredi ne forment donc qu’une épaisse fumée destinée à inquiéter les Genevois quant à leur avenir. Ils visent aussi à rhabiller une Gauche soudainement mise à nu.

Pierre Kunz, constituant

15:09 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

24/05/2010

Constituante, des droits à la pelle

Mardi prochain l’Assemblée constituante examinera les thèses que l’une de ses commissions lui soumet à propos des droits fondamentaux. On rappelle que les droits fondamentaux sont ceux dont une société garantit solennellement à chacun de ses membres qu’il en est et restera le bénéficiaire inconditionnel. Il s’agit d’une part essentielle d’une constitution.

Le rapport que la commission a soumis à ce sujet à la Constituante laisse songeur. Il est manifestement le fruit de tant de compromis politiques et sémantiques qu’il en est devenu caricatural. Loin de la solennité et de la profondeur attendues ce document présente un catalogue de thèses « formidable », c'est-à-dire inquiétant par son ampleur, par ses redondances, par son absence d’unité autant dans le ton que dans la forme et par le nombre de propositions qui n’ont manifestement pas leur place dans une constitution. Un sérieux travail de débroussaillage et de synthèse attend les constituants.

Certaines des thèses sont clairement oublieuses des enjeux généraux et se perdent dans des détails qui, partout ailleurs, sont traités dans la loi.

D’autres sont incohérentes. Comme celle qui voudrait faire accroire que la biodiversité constitue une garantie d’un environnement sain. Celui-ci serait-il forcément plus sain avec le loup, l’ours et les moustiques que sans eux ?

Certaines thèses se veulent tellement profondes qu’elles en deviennent creuses. Comme celle qui « garantit le droit de jouir de son bon état de santé ».

Enfin il y a les thèses illusoires, carrément trompeuses. Comme celle qui prétend « garantir le droit au logement », Sans aucun doute, elle fera l’objet d’un vif débat entre les conservateurs et les réformateurs.

Certes il existe un droit fondamental à vivre dans la dignité, notamment en matière de logement. Mais la disponibilité des logements ne peut être considérée comme un droit puisqu’elle ne dépend que d’un seul facteur, à savoir la capacité des individus et de la société de … construire ces logements. Cela étant, la production de ces logements constitue un but social essentiel, exigeant que l’Etat s’engage dans ce domaine bien plus vigoureusement qu’il ne l’a fait jusqu’à présent.

Ce n’est pas de la déclaration et de la déclamation d’un pseudo droit au logement qu’attendent les Genevois. Les vingt dernières années leur ont montré à l’évidence qu’un tel « droit », fut-il constitutionnellement affirmé, ne suffit pas à enclencher le processus de la construction. Les Genevois ont besoins d’action ! L’action courageuse et déterminée des autorités afin qu’elles remplissent leur mission, celle que la constitution fédérale énonce ainsi au chapitre des buts sociaux du pays : « permettre à chacun de trouver un logement approprié ».

Il est bon, c’est sûr, que les droits fondamentaux des citoyens (inviolabilité de la dignité, protection de la sphère privée, liberté de pensée et religieuse, droit au mariage et à la famille, liberté économique, garantie de la propriété, etc.) soient rappelés expressément dans notre future charte fondamentale. Mais il faut, particulièrement en matière de logement, que les constituants ne se contentent pas de réitérer les vaines promesses du passé. Il est nécessaire qu’ils se consacrent largement aux buts sociaux que l’Etat a pour devoir de promouvoir et aux moyens dont il doit disposer pour contribuer efficacement à leur réalisation.

C’est donc au chapitre des buts et des tâches de l’Etat qu’il s’agira pour la Constituante de traiter la question du logement. Et de faire alors la preuve de sa détermination et de son esprit réformateur.

Le monde politique, depuis toujours, s’y entend pour faire passer ses discours pour des actes. On est fondé à croire que ce ne sera pas le cas pour la majorité de l’Assemblée constituante. D’abord parce qu’aucun de ses membres ne sera soumis à réélection en 2012, ensuite parce que chacun y est bien conscient que sont en cause le futur et les échéances de la jeune génération.

Pierre Kunz

09:47 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

18/05/2010

Coalition PLR-PDC; ils ont osé !

 

Les turbulences qui déstabilisent les marchés, soulignent les déséquilibres abyssaux des finances publiques dans les pays occidentaux, mettent en péril les structures et l’avenir politique des partis au pouvoir en Europe, ne sont manifestement pas étrangères à la nouvelle. Le PLR et le PDC, d’autant plus inquiets face aux troubles économiques et sociaux qui se dessinent à l’horizon de la Suisse comme ailleurs qu’ils ont une forte conscience de leur rôle institutionnel dans ce pays, ont entamé des négociations en vue « de gouverner la Suisse ensemble ».

Cette démarche, si elle débouche comme l’espèrent tout ceux qui voient dans la « formule magique » un mode de gouvernance anachronique, marque un pas décisif dans la régénération de la démocratie helvétique. Enfin, les deux partis historiques ont entrepris non pas de se marier, comme le suggèrent depuis longtemps les observateurs naïfs, mais tout simplement de collaborer, de se coaliser avec pour ambition l’élaboration d’objectifs et d’un programme de gouvernement communs. Une ambition réaliste pour deux partis que l’histoire, leurs racines et leur culture respective ont si souvent opposé mais dont les valeurs et la vision du monde sont si proches.

Cette démarche marque aussi les retrouvailles de la Suisse avec les exigences d'une véritable démocratie parlementaire, celle qui se pratique partout dans le monde. Une démocratie dans laquelle, s'agissant de la Suisse, le gouvernement est élu par les Chambres  sur la base d’un programme annoncé à l’avance. Une démocratie dans laquelle les partis jouent leur rôle et assument leurs responsabilités en présentant à l’élection non plus des individus sans profil politique mais une équipe homogène et unie dans ses ambitions pour le pays. Une démocratie où le parlement n’agit pas de manière aléatoire et ne décide plus en fonction de majorités de circonstance mais soutient ou sanctionne le gouvernement sur la base des résultats de sa politique et de son action.

Le cirque politico-médiatique auquel le peuple suisse assiste désabusé depuis une vingtaine d’années a suffisamment mis en évidence l’attitude étriquée et incohérente des partis du centre. Mais il a surtout éclairé d’une lumière crue le comportement discutable des deux partis situés aux marches de l’échiquier politique. Il en a montré les calculs à court terme, électoralistes, et l’absence de fiabilité de l’UDC et du PS s’agissant de la direction du pays. Combien de fois le PS et l’UDC ont-ils pris le contrepied, lors des votations populaires, des décisions du Conseil fédéral auquel ils prétendent pourtant appartenir de plein droit ?

Il n’empêche, le PLR et le PDC n’occupent pas la majorité des sièges au Conseil national. Reste donc pour les deux partis historiques à déterminer avec qui ils pourront s’associer afin de former une majorité parlementaire solide et stable. Les Verts restent trop faibles et les divers groupuscules présents au Conseil national ne comptent pas dans cette affaire. Ce sera donc soit avec le PS soit avec l’UDC.

L’intérêt de la nouvelle constellation proposée par les partis centristes réside dans le choix qu’il rend indispensable. Le gouvernement du pays, si le PLR et le PDC parviennent à concrétiser leur projet, ne sera plus élu à la proportionnelle, conformément au modèle désuet de la « concordance ». L’ambition implicite de la coalition initiée par les libéraux-radicaux et les démo-chrétiens consiste dans la « mise en compétition » des sièges ministériels du troisième larron. Ce sera le PS ou l’UDC  mais plus les deux; et le choix fera l’objet d’âpres négociations à propos du programme politique du futur gouvernement de la Suisse.

Soyons optimistes : la Suisse disposera bientôt, enfin, d’un vrai gouvernement. Un gouvernement qui prendra des décisions, sortira le pays de l’immobilisme, s’avérera capable de l’entraîner dans l’avenir. Un gouvernement dont l’action ne se résumera plus à courir après des trains déjà en branle mais à détecter les pièges à temps.

Pierre Kunz

07:11 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

14/05/2010

La Constituante va-t-elle supprimer les contributions ecclésiatiques ?

Dès la semaine prochaine la Constituante se penchera en séance plénière sur les thèses élaborées par la commission 1, celle chargée de traiter les chapitres des dispositions générales et des droits fondamentaux de notre future constitution. Une partie de ces thèses concerne la laïcité et les relations de l’Etat avec les communautés religieuses.

L’une d'elle précise ceci : «  L’Etat ne prélève aucune contribution volontaire ». Autrement dit, la commission invite l’Assemblée constituante à supprimer la prestation publique, mais non gratuite, actuelle consistant dans le prélèvement par l’Etat des contributions volontaires des fidèles destinées à leur Eglise.

Disons-le clairement, les commissaires se sont montrés bien peu déterminés en cette matière. Prétendant bizarrement qu’une telle prestation ne respecterait pas l’égalité de traitement entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, ces commissaires ont choisi d’abroger le système existant. Mais, dans l’exposé de leurs motifs, ils ont simultanément expliqué … qu’ils laissaient au Grand Conseil, une fois la nouvelle constitution adoptée, le soin de décider le maintien ou non du prélèvement des contributions ecclésiastiques par l’Etat et, si oui, de légiférer pour en déterminer les conditions.

Cette attitude laisse songeur. Rien en effet, dans les fondements de l’Etat laïque auquel la quasi-totalité des constituants sont attachés, n’implique que cet Etat soit interdit d’apporter une aide pratique aux communautés religieuses s’agissant, notamment, du prélèvement des contributions de leurs ouailles. Certes, il revient au Grand Conseil de fixer avec précision dans la loi les limites et les modalités de la prestation. En particulier les exigences auxquelles doivent se conformer les communautés religieuses désireuses d’en bénéficier. Mais la garantie constitutionnelle de cette prestation se justifie, s’impose même, eu égard au rôle éducatif, moral, culturel et social essentiel que jouent les Eglises dans notre société, même pour les non-croyants.

Au profit de la communauté musulmane aussi dont le nombre d’adeptes grandit dans le canton ? Oui si elle en fait la demande. A condition évidemment qu’elle soit reconnue par la loi, c’est-à-dire que, comme les autres organisations religieuses, elle admette explicitement dans ses statuts la primauté de l’ordre juridique genevois et suisse.

Pierre Kunz

17:23 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

12/05/2010

Sombre bilan de la politique du logement; pourtant ils persistent ...

 

 

Dans un excellent article paru ce jour dans la TdG Laurent Nicole, ancien maire de la Ville d’Onex, peint une fresque accablante des conséquences de la politique du logement poursuivie depuis trois décennies par les autorités cantonales genevoises.

« En organisant la pénurie, dit l’auteur, par des contraintes réglementaires, financières, juridiques excessives et une protection des locataires discriminatoire, on a découragé la construction, on a empêché le développement naturel de l’agglomération ». D’où l’impossibilité pour les propriétaires d’adapter graduellement les loyers à l’évolution des prix, des logements à loyer libre devenus inaccessibles à la classe moyenne, la paralysie de la construction et de la rénovation et celle de la mobilité. Sans compter l’exode vers le canton de Vaud et la France voisine de ceux qui sont à Genève interdits de facto d’accès à la propriété.

La législation à l’origine de la pénurie a connu au cours des deux dernières décennies ses deux « sommets » de démagogie et de tromperie populaire. Il s’agit de l’inscription en 1992 dans la constitution d’un article 10 A « garantissant le droit au logement » et, voici quelques années, de l’introduction dans notre chartre fondamentale du référendum obligatoire sur toute modification législative touchant le secteur du logement. Des démarches qui n’ont fait qu’accentuer la pénurie.

Ces constats sont bien connus de tous ceux qui, dans le secteur immobilier et dans le monde politique, sont préoccupés par une situation qui pénalise plus particulièrement les couches jeunes de la population. Les milieux qui sont à l’origine de cette situation n’en ont, eux, que faire. Ils multiplient les promesses démagogiques et les engagements intenables. Toujours au motif de « protéger les locataires du canton », ils prétendent renforcer encore un interventionnisme public et une législation étouffante qui ont pourtant fait la preuve de leurs conséquences désastreuses.

Avec un certain succès semble-t-il. C’est en tout cas ce que découvrent avec effarement les membres de la Constituante et ce que révèlent les thèses, adoptées par certaines commissions, qui seront à l’ordre du jour des prochaines séances plénières de l’Assemblée. Le florilège de quelques unes de ces propositions est éloquent.

« Le droit au logement est garanti ».

« L’Etat et les communes mènent une politique sociale du logement ».

« Notamment par des mesures propres à la remises sur le marché des logements laissés vacants dans un but spéculatif ; par des mesures permettant le relogement des personnes sans logement, notamment en cas d’évacuation forcée ».

« Notamment par une politique active en termes de concertation et de médiation en vue de prévenir tout conflit en matière de logement ».

« L’Etat favorise la mise à disposition de logements d’utilité publique ».

Oeillères et courte vue ! Qui peut croire que l’avenir des locataires et des propriétaires genevois va se trouver embelli par ces lieux-communs ? Il est peu probable qu’au sein d’une Assemblée constituante on ait jamais écrit autant de phrases creuses et d’un niveau aussi éloigné de celui requis par l’ampleur du problème posé.

Pourtant la révision de leur constitution fournit aux Genevois l’occasion d’y fixer les fondements d’une nouvelle politique en matière d’aménagement du territoire et de construction de logements. La solution réside dans l’adoption de trois principes réformateurs :

1. 1. Inscription dans la constitution du principe cardinal de la nouvelle stratégie genevoise en matière de construction de logements, soit « un emploi nouvellement créé – un logement supplémentaire » ;

2. 2. Adoption du principe selon lequel l’Etat et les communes développent de nouveaux instruments législatifs et réglementaires, ceux permettant de construire désormais dans des délais raisonnables les logements auxquels aspirent non pas telle ou telle catégorie de la population mais l’ensemble de ces catégories ;

3. 3. Fixation dans la constitution de la tâche primordiale d’un Etat désireux de poursuivre une politique ambitieuse en matière de constructionde logements, à savoir la mise à disposition des constructeurs de terrains constructibles en suffisance.

Mais bien sûr, pour mettre en œuvre une telle stratégie, les constituants devront renoncer aux ambitions des chapelles auxquelles ils appartiennent. Ils oseront peut-être.

Pierre Kunz, constituant

 

 

 

 

 

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05/05/2010

Crise financière ; les politiciens vont-ils payer ?

 

 

Depuis deux ans les milieux politiques dans leurs discours, relayés par les médias et leurs articles, ne se sont pas privés de lyncher les principaux acteurs de la banque et de la finance internationale. Il y avait de quoi, certes : cupidité des individus, tricheries en tous genres, vente de produits malsains, déontologie et éthique bafouées, interventions publiques de sauvetage massives et forcées, etc.

Et depuis deux ans ces mêmes milieux politiques et ces mêmes médias se sont astreints à réclamer bruyamment, au motif de leur responsabilité personnelle dans ces actes malfaisants, la condamnation des coupables en justice.

La déconfiture de la Grèce et les présentes attaques auxquelles se livrent les marchés contre l’euro à la lumière du déséquilibre profond des finances publiques portugaises, espagnoles, italiennes, françaises même, a déjà mis en évidence de nombreuses réactions officielles et médiatiques outragées contre d’une part les spéculateurs avides de profits faciles, d’autre part contre l’exigence d’une austérité « meurtrière » du FMI et de la BCE. Elles sont pourtant moins appuyées qu’à l’époque où le FMI intervenait dans les pays en développement. Pourquoi ?

On admet enfin, dans les pays du Vieux continent, que les règles comptables, financières et monétaires s’appliquent ici aussi, que les prestations publiques, fussent-elles sociales, ont un coût et qu’elles doivent être financées par des recettes. On est bien forcé de reconnaître par ailleurs que dans une union monétaire, les déficits publics des membres ne peuvent plus être effacés par la dévaluation et qu’ils sont insupportables par conséquent dans la durée. A défaut d’une gestion équilibrée la crise ne peut qu’éclater un jour et seuls demeurent alors le FMI et la BCE pour jeter une bouée de sauvetage, cure d’austérité comprise pour les populations. Les difficultés helléniques obligent donc à un exercice d’humilité généralisé dans une Europe qui vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens

A l’éclairage de ce constat il est important que soit soulignée la responsabilité exclusive de la classe politique dans les graves problèmes financiers que rencontrent les pays mentionnés plus haut. La responsabilité des déséquilibres budgétaires et des endettements massifs qui en furent la conséquence réside entièrement chez les générations de politiciens qui ont gouverné les pays en question depuis la fin des années 1980. Dans ces milieux la démagogie l’a depuis systématiquement emporté sur le réalisme et l’équilibre. Et les promesses électorales démesurées se sont dangereusement imposées face à l’honnêteté, au parler-vrai et au courage. Le leitmotiv « D’abord on gagne et on voit ensuite » fut l’unique règle de conduite qui guida l’action de ceux qui aspiraient au pouvoir.

La légèreté et la cupidité de certains financiers et banquiers ont fait subir des milliards de pertes aux épargnants et aux contribuables. Il est probable que quelques uns seront punis en justice pour cela. Mais qu’en sera-t-il des politiciens qui, par insouciance et avidité du pouvoir, ont laissé des « ardoises » colossales à leurs successeurs et mis en péril l’avenir de nations entières ? Malgré la colère des citoyens floués, parce que le système démocratique est ainsi conçu, il ne se passera rien. Nombre d’entre eux coulent d’ailleurs des jours heureux que rien ne viendra troubler, tant il est probable qu’ils ont déjà trouvé une multitude d’excuses à leur inconséquence.

Et la Suisse ?

Elle est certes dans une situation meilleure que celle de nos voisins, notre endettement n’étant pas aussi « hénaurme » que le leur. Mais ne croyons pas que notre pays est resté à l’abri des appétits politiciens dénoncés plus haut. Songeons simplement à l’aveuglement volontaire de nos autorités, principalement en Suisse romande, s’agissant du grave déséquilibre financier des caisses de retraite publiques.

A Genève par exemple ces caisses, en l’état, ne sont pas en mesure de verser toutes les rentes qu’elles continuent pourtant de promettre aux futurs pensionnés. Le trou total se situe entre 5 et 6 milliards de francs. Ne croyons pas qu’il restera sans conséquence sur les rentiers. Sans compter que de surcroît, comme pour l’UBS, l’Etat, donc le contribuable genevois, devra apporter une aide massive, irrécupérable elle. Pourtant les politiciens qui ont pendant trente ans nié le problème n’y songent plus depuis longtemps. Ils n’auront, contrairement aux banquiers, pas de comptes à rendre devant la justice.

Pierre Kunz

 

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