18/05/2010

Coalition PLR-PDC; ils ont osé !

 

Les turbulences qui déstabilisent les marchés, soulignent les déséquilibres abyssaux des finances publiques dans les pays occidentaux, mettent en péril les structures et l’avenir politique des partis au pouvoir en Europe, ne sont manifestement pas étrangères à la nouvelle. Le PLR et le PDC, d’autant plus inquiets face aux troubles économiques et sociaux qui se dessinent à l’horizon de la Suisse comme ailleurs qu’ils ont une forte conscience de leur rôle institutionnel dans ce pays, ont entamé des négociations en vue « de gouverner la Suisse ensemble ».

Cette démarche, si elle débouche comme l’espèrent tout ceux qui voient dans la « formule magique » un mode de gouvernance anachronique, marque un pas décisif dans la régénération de la démocratie helvétique. Enfin, les deux partis historiques ont entrepris non pas de se marier, comme le suggèrent depuis longtemps les observateurs naïfs, mais tout simplement de collaborer, de se coaliser avec pour ambition l’élaboration d’objectifs et d’un programme de gouvernement communs. Une ambition réaliste pour deux partis que l’histoire, leurs racines et leur culture respective ont si souvent opposé mais dont les valeurs et la vision du monde sont si proches.

Cette démarche marque aussi les retrouvailles de la Suisse avec les exigences d'une véritable démocratie parlementaire, celle qui se pratique partout dans le monde. Une démocratie dans laquelle, s'agissant de la Suisse, le gouvernement est élu par les Chambres  sur la base d’un programme annoncé à l’avance. Une démocratie dans laquelle les partis jouent leur rôle et assument leurs responsabilités en présentant à l’élection non plus des individus sans profil politique mais une équipe homogène et unie dans ses ambitions pour le pays. Une démocratie où le parlement n’agit pas de manière aléatoire et ne décide plus en fonction de majorités de circonstance mais soutient ou sanctionne le gouvernement sur la base des résultats de sa politique et de son action.

Le cirque politico-médiatique auquel le peuple suisse assiste désabusé depuis une vingtaine d’années a suffisamment mis en évidence l’attitude étriquée et incohérente des partis du centre. Mais il a surtout éclairé d’une lumière crue le comportement discutable des deux partis situés aux marches de l’échiquier politique. Il en a montré les calculs à court terme, électoralistes, et l’absence de fiabilité de l’UDC et du PS s’agissant de la direction du pays. Combien de fois le PS et l’UDC ont-ils pris le contrepied, lors des votations populaires, des décisions du Conseil fédéral auquel ils prétendent pourtant appartenir de plein droit ?

Il n’empêche, le PLR et le PDC n’occupent pas la majorité des sièges au Conseil national. Reste donc pour les deux partis historiques à déterminer avec qui ils pourront s’associer afin de former une majorité parlementaire solide et stable. Les Verts restent trop faibles et les divers groupuscules présents au Conseil national ne comptent pas dans cette affaire. Ce sera donc soit avec le PS soit avec l’UDC.

L’intérêt de la nouvelle constellation proposée par les partis centristes réside dans le choix qu’il rend indispensable. Le gouvernement du pays, si le PLR et le PDC parviennent à concrétiser leur projet, ne sera plus élu à la proportionnelle, conformément au modèle désuet de la « concordance ». L’ambition implicite de la coalition initiée par les libéraux-radicaux et les démo-chrétiens consiste dans la « mise en compétition » des sièges ministériels du troisième larron. Ce sera le PS ou l’UDC  mais plus les deux; et le choix fera l’objet d’âpres négociations à propos du programme politique du futur gouvernement de la Suisse.

Soyons optimistes : la Suisse disposera bientôt, enfin, d’un vrai gouvernement. Un gouvernement qui prendra des décisions, sortira le pays de l’immobilisme, s’avérera capable de l’entraîner dans l’avenir. Un gouvernement dont l’action ne se résumera plus à courir après des trains déjà en branle mais à détecter les pièges à temps.

Pierre Kunz

07:11 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.