05/05/2010

Crise financière ; les politiciens vont-ils payer ?

 

 

Depuis deux ans les milieux politiques dans leurs discours, relayés par les médias et leurs articles, ne se sont pas privés de lyncher les principaux acteurs de la banque et de la finance internationale. Il y avait de quoi, certes : cupidité des individus, tricheries en tous genres, vente de produits malsains, déontologie et éthique bafouées, interventions publiques de sauvetage massives et forcées, etc.

Et depuis deux ans ces mêmes milieux politiques et ces mêmes médias se sont astreints à réclamer bruyamment, au motif de leur responsabilité personnelle dans ces actes malfaisants, la condamnation des coupables en justice.

La déconfiture de la Grèce et les présentes attaques auxquelles se livrent les marchés contre l’euro à la lumière du déséquilibre profond des finances publiques portugaises, espagnoles, italiennes, françaises même, a déjà mis en évidence de nombreuses réactions officielles et médiatiques outragées contre d’une part les spéculateurs avides de profits faciles, d’autre part contre l’exigence d’une austérité « meurtrière » du FMI et de la BCE. Elles sont pourtant moins appuyées qu’à l’époque où le FMI intervenait dans les pays en développement. Pourquoi ?

On admet enfin, dans les pays du Vieux continent, que les règles comptables, financières et monétaires s’appliquent ici aussi, que les prestations publiques, fussent-elles sociales, ont un coût et qu’elles doivent être financées par des recettes. On est bien forcé de reconnaître par ailleurs que dans une union monétaire, les déficits publics des membres ne peuvent plus être effacés par la dévaluation et qu’ils sont insupportables par conséquent dans la durée. A défaut d’une gestion équilibrée la crise ne peut qu’éclater un jour et seuls demeurent alors le FMI et la BCE pour jeter une bouée de sauvetage, cure d’austérité comprise pour les populations. Les difficultés helléniques obligent donc à un exercice d’humilité généralisé dans une Europe qui vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens

A l’éclairage de ce constat il est important que soit soulignée la responsabilité exclusive de la classe politique dans les graves problèmes financiers que rencontrent les pays mentionnés plus haut. La responsabilité des déséquilibres budgétaires et des endettements massifs qui en furent la conséquence réside entièrement chez les générations de politiciens qui ont gouverné les pays en question depuis la fin des années 1980. Dans ces milieux la démagogie l’a depuis systématiquement emporté sur le réalisme et l’équilibre. Et les promesses électorales démesurées se sont dangereusement imposées face à l’honnêteté, au parler-vrai et au courage. Le leitmotiv « D’abord on gagne et on voit ensuite » fut l’unique règle de conduite qui guida l’action de ceux qui aspiraient au pouvoir.

La légèreté et la cupidité de certains financiers et banquiers ont fait subir des milliards de pertes aux épargnants et aux contribuables. Il est probable que quelques uns seront punis en justice pour cela. Mais qu’en sera-t-il des politiciens qui, par insouciance et avidité du pouvoir, ont laissé des « ardoises » colossales à leurs successeurs et mis en péril l’avenir de nations entières ? Malgré la colère des citoyens floués, parce que le système démocratique est ainsi conçu, il ne se passera rien. Nombre d’entre eux coulent d’ailleurs des jours heureux que rien ne viendra troubler, tant il est probable qu’ils ont déjà trouvé une multitude d’excuses à leur inconséquence.

Et la Suisse ?

Elle est certes dans une situation meilleure que celle de nos voisins, notre endettement n’étant pas aussi « hénaurme » que le leur. Mais ne croyons pas que notre pays est resté à l’abri des appétits politiciens dénoncés plus haut. Songeons simplement à l’aveuglement volontaire de nos autorités, principalement en Suisse romande, s’agissant du grave déséquilibre financier des caisses de retraite publiques.

A Genève par exemple ces caisses, en l’état, ne sont pas en mesure de verser toutes les rentes qu’elles continuent pourtant de promettre aux futurs pensionnés. Le trou total se situe entre 5 et 6 milliards de francs. Ne croyons pas qu’il restera sans conséquence sur les rentiers. Sans compter que de surcroît, comme pour l’UBS, l’Etat, donc le contribuable genevois, devra apporter une aide massive, irrécupérable elle. Pourtant les politiciens qui ont pendant trente ans nié le problème n’y songent plus depuis longtemps. Ils n’auront, contrairement aux banquiers, pas de comptes à rendre devant la justice.

Pierre Kunz

 

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