30/04/2010

La dette n'est pas le problème

 

 

 

Au moment où la Grèce risque de s’effondrer sous le poids de sa dette, où l’euro plonge et où les marchés « se tâtent » pour sélectionner, parmi la longue liste des pays du Vieux continent gravement endettés, la prochaine cible de leurs assauts cette affirmation peut paraître provocante. Et pourtant …

L’appétit des spéculateurs qui jouent sur la déconfiture d’un pays, n’est pas tant aiguisé par l’ampleur de la dette de ce dernier mais bien par l’estimation de sa capacité à la rembourser. Cet appétit et les craintes des prêteurs s’avèrent évidemment d’autant plus fortes que l’avenir du pays en question semble sombre, que sa résilience paraît faible.

Or quels sont les facteurs qui affectent le plus fortement cette résilience, autrement son aptitude à rebondir, et ses perspectives de redressement ? Les uns insisteront sur la capacité du gouvernement à réformer ses politiques publiques, sur le courage qu’il saura montrer pour mettre en œuvre un programme d’austérité. Les autres souligneront le nécessaire programme de réforme des conditions-cadre de l’économie. Mais ces efforts peuvent-ils suffire à long terme ? Les pays européens qui sont déjà dans la tourmente, ou qui risquent bien de s’y trouver bientôt, disposent-ils encore réellement des moyens de garantir leur avenir et le niveau de vie de leurs citoyens ? Une telle détermination et un tel courage suffiront-ils ?

On trouve indirectement une réponse inquiétante à ces questions en parcourant le dernier ouvrage de Joel Kotkin, « The Next Hundred Million : America en 2050 ».Le professeur américain dans un intéressant exercice de prévision démographique y note que, entre 2000 et 2050, la population des USA âgée de 15 à 65 ans y croîtra de 42 % alors qu’en Europe cette même population se réduira de 25 % durant la même période.

Quelles conséquences ? Pour l’Amérique, qui recensera dans qutre décennies 400 millions d’habitants, le problème, considérable, consistera pour son économie à créer en nombre suffisant les emplois destinés à cet afflux d’actifs, problème d’autant plus délicat qu’il s’agira pour une large part d’immigrants mal formés. Mais pour les pays européens, dont la population au vu des pronostics migratoires et de fertilité ne devrait grossir que faiblement, le défi, si rien ne change, paraît presque insurmontable : comment le Vieux continent pourra-il dans un tel environnement simultanément maintenir sa capacité de production et son rang dans l’économie mondiale, faire face à son immense endettement et garantir à ses inactifs de plus en plus nombreux le niveau de vie auquel ils pensent avoir droit ?

On admettra qu’à cet éclairage la dette, bien plus qu’un grave problème financier, peut apparaître comme le symptôme d’une catastrophe encore à venir.

Pierre Kunz

15:20 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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