28/04/2010

Sur qui pleure Isabelle Chevalley ?

 

 

Je n’ai pas lu l’ouvrage (*) que la grande prêtresse d’Ecologie libérale vient de publier et n’en ai pas l’intention. Mais cette publication fournit l’occasion et un bon motif de revenir sur l’action et le bilan du lobby pro-environnemental que la Vaudoise a créé.

A la lecture des reflets du livre que donnent les médias on ne peut s’empêcher de s’interroger : Isabelle Chevalley demande-t-elle réellement « pardon aux générations futures » ou, plutôt, se lamente-t-elle simplement du peu de résultats qu’Ecologie libérale a obtenu depuis sa création ? Des lamentations qui paraissent bien étranges lorsqu’on analyse d’une part le positionnement du mouvement sur l’échiquier politique, d’autre part l’incohérence fréquente des opérations qu’il a menées.

Il est curieux qu’Isabelle Chevalley ne se soit pas rendu compte que son initiative a rapidement été utilisée par une multitude de politiciens moins préoccupés par la protection de l’environnement que par le vernis « écolo » fourni à leur personnage par leur adhésion à Ecologie libérale. Ce lobby a permis en effet à nombre de d’entre eux d’ajouter à leur CV politique un paragraphe commode pour la suite de leur carrière. Pas étonnant donc qu’ils aient limité, pour la plupart, leur « engagement » à la signature du formulaire d’inscription.

Isabelle Chevalley, amère, met en cause l’activisme des lobbies du pétrole, de la pharma et de l’électricité pour expliquer les blocages rencontrés par Ecologie libérale et ses résultats médiocres. Il est piquant qu’une lobbyiste comme elle se donne de telles excuses. Croyait-elle que ces puissants allaient demeurer sans réaction à la naissance d’Ecologie libérale ?

On mettra sur le compte d’une naïveté pardonnable cet aveuglement et cette amertume. Par contre la fréquente incohérence des idées défendues successivement ou simultanément par son mouvement restent, elle, inexcusables. Comment par exemple Isabelle Chevalley a-t-elle pu adopter une position aussi peu nuancée s’agissant de l’énergie nucléaire ? Comment, elle qui prétendait en priorité limiter les émissions de gaz à effet de serre, a-t-elle pu défendre les projets des électriciens de construire des centrales à gaz ? Comment expliquer sa méfiance viscérale et si peu raisonnable à l'égard des OGM ?

L’auteure se plaint aussi du rôle des élus « beaucoup trop influencés et déconnectés de la base ». On lui répondra que le rôle des lobbies, Ecologie libérale comprise, est précisément d'influencer le monde politique. Activité qui s’avère évidemment délicate quand les lobbies en question sont incohérents et qu’ils défendent sans nuance des thèses dites « scientifiques » entachées du soupçon de manipulation et de protectionnisme.

Gageons qu’Isabelle Chevalley, ambitieuse et forte, a tiré au moins une leçon de ses échecs : la politique tient davantage du combat de catch que de la danse.

Pierre Kunz

 

(*)Message aux générations futures, éditions G d’Encre

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