24/04/2010

"Ce socialisme qui dépense sans compter"

Les chroniques que publie chaque samedi Beat Kappeler dans Le Temps sont toujours savoureuses et pertinentes. Son article de ce jour se termine par la critique d’une conseillère nationale qui s’exprime manifestement sans savoir de quoi elle parle et qui vire dans « ce socialisme qui dépense sans compter ».

La politique genevoise illustre de manière permanente le constat de Beat Kappeler. Le dernier exemple de cette vocation réside dans une motion déposée par trois députés réclamant du Conseil d’Etat que, chaque année, il établisse un rapport sur l’évolution de la pauvreté à Genève.

Voilà une initiative qui découle très directement du misérabilisme cultivé habilement depuis longtemps par la gauche genevoise. Il s’agit, comme dans les plus insupportables opérations commerciales de certaines entreprises privées, de fabriquer « un marché » susceptible de générer des volumes et des profits, en l’occurrence des destinataires d’allocations et des voix électorales. Et, dans un pays riche comme le nôtre, où la pauvreté n’est définie que de manière relative, quoi de plus aisé que de gonfler le marché de la précarité puis de l’exploiter politiquement et médiatiquement ?

Mme Micheline Calmy-Rey, lorsqu’elle était encore conseillère d’Etat, avait modernisé la technique en se référant pour la première fois au « seuil de pauvreté ». Manipulant sans vergogne les chiffres de l’Hospice général elle avait prétendu dans un discours officiel, tenu en 2002, que « 15 à 20 % des habitants du canton vivent en dessous ou près du seuil de pauvreté ».

Passons sur les innombrables propos caricaturaux et démagogiques qui depuis ont été tenus, au parlement et dans les médias, sur la pauvreté à Genève. Passons aussi sur la multitude des initiatives parlementaires de nos élus réclamant l’accroissement et la multiplication des allocations à des destinataires que seuls l’intérêt bassement électoral et une vision dramatiquement pessimiste de l’être humain peuvent pousser à considérer comme pauvres.

La manière la plus communément utilisée par la gauche pour fabriquer un marché politique à Genève consiste, comme c’est le cas ici, dans un premier par une affirmation. « La pauvreté augmente » dit Caritas. Puis de prétendre qu’on ne sait pas pourquoi, que les explications traditionnelles de la pauvreté ne suffisent plus à expliquer le phénomène, que moult sujets échappent aux statistiques, etc. Enfin de réclamer la création d’un observatoire permanent ou la publication par le gouvernement d’un rapport annuel sur la question.

Or quelle est la réalité ? Tendanciellement la pauvreté n’augmente pas à Genève, sauf parmi la population illégalement établie dans le canton. Les causes de cette pauvreté sont parfaitement appréhendées, comme en témoignent les études nombreuses réalisées et publiées par les autorités fédérales et cantonales du pays. Ces causes varient certes avec le temps et la conjoncture mais peu et les variations sont régulièrement intégrées aux politiques publiques. Dans la plupart des cas, la pauvreté n’est heureusement pas un état définitif mais transitoire. Après une certaine période une large part de la population concernée s’en échappe, notamment grâce aux moyens mis eu œuvre sur le plan social, du chômage et des revenus. La catégorie subsiste mais les sujets ne sont plus les mêmes.

Quels objectifs peuvent donc poursuivre nos trois élus, sinon faire du marketing politique et dépenser sans compter ?

Pierre Kunz

 

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