21/03/2010

Vous n'aimez pas la croissance ?

 

 

La crise économique et financière qui a frappé le monde en 2008 paraît sous contrôle. Ses effets par contre continuent de s’abattre sur les populations, notamment celles du monde occidental, et nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences des opérations de sauvetage entreprises à hauteur de centaines de milliards de dollars par les pays industrialisés en termes d’inflation et d’accroissement de la fiscalité.

Faut-il pour autant, comme certains le prétendent, remettre en cause le modèle économique qui a tant contribué à l’élévation de notre niveau de vie et au développement des pays du Sud ? Faut-il, pour prévenir désormais les abus commis par le secteur bancaire et financier, jeter le capitalisme et la croissance aux orties ?

Il est inutile de prétendre convaincre les milieux qui mènent contre le capitalisme une lutte de caractère idéologique. Ils n’entendent toujours pas tirer les enseignements de cinq siècles d’histoire capitaliste et de son sous-produit, la démocratie, libre à eux.

Par contre ils sont bien plus inquiétants, ceux qui, au prétexte de l’épuisement des ressources naturelles et des atteintes indéniables du système industriel à l’environnement, ont recommencé de promouvoir la « décroissance » avec le même enthousiasme que celui de leurs prédécesseurs des années 1960 et 1970. Forts des constats de ces deux dernières années économiques désastreuses, ils croient trouver dans le « retour à un mode de vie raisonnable » la solution à tous les maux de la planète.

Ils sont plus inquiétants parce qu’ils semblent n’avoir pas compris que c’est à la croissance économique et à la répartition des richesses nouvelles ainsi créées que le monde occidental doit ses équilibres sociaux. Ils ne semblent pas avoir compris que c’est essentiellement sur la croissance économique que reposent les possibilités, pour les classes les moins favorisées, d’améliorer leur sort et de gravir l’échelle sociale.

Il faut les renvoyer à leurs livres d’histoire, ceux qui prônent la décroissance. Ils y constateront qu’une société dans laquelle « l’ascenseur social » ne fonctionne plus est condamnée aux plus graves troubles. Parce que bien pire qu’une société inégalitaire est une société divisée en classes imperméables. Cette dernière est toujours explosive.

Certes il n’est pas inutile que nous nous posions des questions quant au type de croissance que nous voulons. Il est même indispensable que remettions en cause les pseudo-valeurs matérialistes et hédonistes de l’Occident, que nous modifions considérablement notre manière d’exploiter les ressources naturelles et que nous prenions davantage soin de notre environnement.

Mais pourquoi diable ces objectifs devraient-ils nous mener sur le chemin périlleux de la décroissance ? L’émergence des nouvelles puissances économiques remettront fortement en cause, et violemment, le niveau de vie des Européens. Pour éviter que ce « grand partage » conduise à la réduction de nos conditions d’existence nous devrons travailler dur et mobiliser tout notre savoir. Le dangereux discours de la décroissance, surtout lorsqu’il est accommodé par des intellectuels et des soi-disant « experts »,  ne peut que nuire à cette mobilisation et à ces efforts.

Pierre Kunz

11:49 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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