18/03/2010

Un président "permanent" pour Genève ?

 

 

Lors du débat que la TdG a organisé hier soir à Uni Mail les quatre conseillers d’Etat présents (un Vaudois, un Bâlois et deux Genevois) sont tombés d’accord non seulement pour dire tout le bien qu’ils pensaient du système présidentiel institutionnalisé dans le Pays de Vaud et à Bâle, mais encore pour vanter la décision prise à ce sujet par la Commission 3 (Institutions) de la Constituante genevoise. Rappelons que cette décision vise à donner à Genève un président, désigné par le collège gouvernemental mais sans ascendant sur eux, pour toute la durée de la législature.

Les raisons de cette belle unanimité, contestée par le seul Pascal Sciarini, politologue ? Elles sont d’ordre purement pratique. On a invoqué l’utilité administrative de l’institution d’un département présidentiel et l’intérêt d’une présidence durable s’agissant de la représentation du canton à l’extérieur.

On peut comprendre, de la part de conseillers d’Etat en place, qu’ils apprécient une évolution destinée à simplifier leur tâche et, accessoirement, à auréoler leur carrière politique. Mais on ne peut que s’étonner qu’aucun d’eux n’ait évoqué les attentes des Genevois dans cette affaire et admis les graves difficultés liées actuellement à l’exercice du pouvoir exécutif.

Peu préoccupés par l’intendance du Conseil d’Etat, qu’attendent surtout nos concitoyens ? Que le gouvernement entreprenne de gouverner le canton. Qu’il explique où il entend mener Genève. Qu’il prenne des décisions, quitte à commettre des erreurs, pour résoudre les problèmes qui empoisonnent la vie de la population : pénurie de logements, état de crise permanent à l’école et dans la police, encombrement du système routier, hausse incontrôlée des dépenses publiques, etc.

Or la réforme votée en Com3 n’apporte pas de réponse à ces préoccupations. Avec son nouveau président le Conseil d’Etat, même si les personnes qui le composent sont de grande qualité, restera prisonnier de son mode d’élection à la proportionnelle, de sa géométrie hasardeuse et de son fonctionnement collégial et « consensuel ». Il restera incapable de s’élever au dessus de l’immobilisme, des compromis médiocres et conjoncturels. Ce « comité paritaire administratif » (Robert Badinter dixit) ne pourra pas mieux gouverner qu’aujourd’hui.

Hier soir un chemin a pourtant été ouvert par le Bâlois Guy Morin. Il a indiqué que dans son canton le président n’est pas désigné par le collège gouvernemental mais élu par le Souverain au suffrage universel, ce qui lui donne une légitimité incontestable et un ascendant sur ses collègues. Un tel système, a-t-il souligné, conduira immanquablement vers une élection dans laquelle s’affronteront à l’avenir des listes de coalition. Avec l’obligation pour les « têtes de liste », soit les candidats à la présidence du Conseil d’Etat, d’annoncer leur programme politique.

En adoptant cette procédure électorale la Constituante genevoise pourrait donc non seulement permettre au Conseil d’Etat de résoudre ses problèmes pratiques mais aussi de satisfaire aux exigences d’une gouvernance moderne. Osera-t-elle ?

Pierre Kunz

09:14 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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