13/03/2010

La Suisse, son image, ses doutes

La presse du weekend consacre plusieurs pages d’interviews, de réflexions et de commentaires à l’image de la Suisse dans le monde. Immanquablement y surgissent les questions relatives aux évènements qui sont à l’origine des difficultés que nous rencontrons depuis la fin des années 1980.

C’est Montesquieu qui, voici près de deux siècles et demi, nous a appris à déceler sous les causes apparentes les causes profondes d’un évènement. S’agissant des symptômes de nos problèmes et des préoccupations qui en conséquence assombrissent nos humeurs, on s’accorde facilement pour relever l’affaire des fonds en déshérence, le grounding de Swissair, le désastre de Swissair, la montée des populismes, les coûts de notre système de santé ou encore le déséquilibre de nos institutions de prévoyance. Mais le consensus fait défaut en ce qui concerne les causes profondes de nos maux qui sont institutionnels.

Les observateurs avisés ont compris que notre pays est confronté depuis deux décennies aux mêmes bouleversements que nos voisins : la disparition progressive des protectionnismes, la mondialisation des échanges, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la concurrence internationale rendue plus féroce, la lourdeur des Etats sociaux occidentaux. S’ajoute à ces facteurs une caractéristique propre à la Confédération, son mode de gouvernance incompatible avec les exigences de cet environnement nouveau. Un système unique au monde fondé sur la « concordance », soit sur l’élection de notre gouvernement fédéral et des exécutifs cantonaux à la proportionnelle.

Comme le relève un observateur avisé, Jean-Louis Bourlanges, la Suisse est en deuil d’une mission historique évanouie depuis la chute du Mur. Elle a longtemps voulu et pu être un arbitre, elle doit devenir un acteur. Or pour être un acteur la Suisse doit être en mesure de décider. Décider du rôle qu’elle entend jouer, de la stratégie qu’elle peut mettre en œuvre pour atteindre ses objectifs et des ressources qu’elle veut utiliser à cet effet.

Mais comment le Conseil fédéral pourrait-il s’engager dans un processus décisionnel aussi ambitieux dans le cadre de la concordance ? Comment pourrait-il convaincre les Chambres d’abord, la population ensuite, composé qu’il est de ministres défendant des visions aussi divergentes que celle des élus socialistes et UDC ? Comment un tel collège pourrait-il se rassembler sur autre chose que des choix médiocres et la conservation du statu quo ?

Si notre pays et les cantons, dans leur sphère de compétences, entendent répondre aux défis qui nous attendent encore il est nécessaire que le monde politique ose affronter la cause profonde de nos handicaps. Il est indispensable qu’il trouve le courage de rompre avec nos modes de gouvernance anachroniques. Car, souligne Beat Kappeler dans Le Temps de ce jour « les atteintes à l’image de la Suisse proviennent des manquements du gouvernement lui-même ». Des manquements qui expliquent son imprévoyance, son inaction et ses réactions inadéquates ou tardives.

Pierre Kunz

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