01/03/2010

Au PS il manque le courage; comme au PLR et au PDC

 

 

On comprend que le citoyen moyen éprouve de la difficulté à discerner l’anachronisme de la « concordance » en ce début de 21ème siècle et qu’il peine à en déterminer les graves faiblesses en matière de gouvernance. On le comprend d’autant mieux que même les acteurs et les dirigeants politiques du pays paraissent à ce sujet incapables d’élargir leur vision, de « penser à coté » comme aurait dit Einstein.

Les lecteurs du quotidien Le Temps ont pu s’en convaincre une nouvelle fois en prenant connaissance de l’interview de M. Christian Levrat relatée ce lundi. « Le PS va mal et la confiance des électeurs ne se reconstruit que lentement», admet son président. Comment le PS entend-il reconquérir son électorat ? En prenant un rôle de leader dans une année dont les socialistes veulent qu’elle soit de grandes confrontations sociales. En poursuivant sa lutte contre la place financière helvétique, en faisant campagne contre la révision de la loi sur le 2ème pilier et en menaçant de lancer un référendum contre la révision de la loi destinée à assainir la caisse de chômage. Autrement dit, en accentuant encore sa contestation déjà vigoureuse des projets politiques d’un Conseil fédéral … dont fait partie le PS !

Tout démocrate parlementaire responsable admettrait qu’il y a dans cette attitude une incohérence insupportable, surtout s’il s’agit du président d’un parti dit gouvernemental. Pas M. Levrat qui manifestement ne semble pas voir les choses ainsi. Il affirme que le Conseil fédéral est incapable de gouverner correctement, que le pays « manque d’une capacité de réflexion, des moyens de se projeter dans l’avenir, qu’il sombre dans une vie politique de comptable, que la gestion des risques est grossièrement insatisfaisante ». Il n’empêche, il se refuse à toute modification institutionnelle s’agissant de la direction politique du pays. Et surtout, à aucun moment le président du PS n’envisage l’hypothèse que son parti, par élémentaire souci d’honnêteté intellectuelle et de cohérence politique, puisse quitter un Conseil fédéral qui « fait si faux ».

Pourquoi ? Deux explications sont possibles.

La première pourrait se trouver dans l’aveuglement et dans l’incompétence du président du PS. Cette réponse n’est guère crédible car les propos inconsistants de M. Levrat ne suffisent pas à masquer complètement l’intelligence de l’homme.

La seconde paraît plus sérieuse et met en évidence l’absence de courage du chef des socialistes. L’appartenance au Conseil fédéral a amené au PS depuis 1943 un lot de profits non négligeable en termes financiers et de notoriété. Depuis plus d’un demi-siècle le PS, malgré son statut de parti très minoritaire dans le pays, fait en effet partie de l’establishment politique et participe de surcroît directement à la répartition des fruits du pouvoir au plan fédéral comme dans les cantons. Mais ces avantages ne pèsent plus assez pour contrebalancer leurs revers, à savoir la perte de crédibilité du PS aux yeux de ceux qu’il prétend représenter. Leurs électeurs se rendent de mieux en mieux compte, particulièrement depuis une vingtaine d’années, que les élus socialistes ne représentent souvent plus que des alibis commodes pour les partis bourgeois au sein des exécutifs helvétiques, forcés qu’ils sont de cautionner des politiques de droite. Mais les leaders du PS refusent de voir cette réalité. Eux qui songent tous à accéder un jour à un gouvernement cantonal ou au Conseil fédéral, ils ne goûtent que peu l’hypothèse de voir leur parti retourner dans l’opposition. Leur rêve s’effondrerait.

Le renoncement au Conseil fédéral redonnerait pourtant au PS l’honnêteté intellectuelle et la crédibilité perdues, donc un poids politique accru. Il apporterait aussi à la Suisse ce qui lui manque depuis longtemps, à savoir une opposition sérieuse, cohérente et capable de peser efficacement sur la vie politique du pays. Mais surtout cette démarche spectaculaire obligerait enfin les radicaux-libéraux et les démo-chrétiens à prendre les responsabilités qu’ils fuient avec une constance affligeante. Ce serait en effet l’heure de vérité pour les deux partis « historiques » qui, trop faibles pour gouverner seuls, ne pourraient plus échapper à la question politique essentielle : pour résoudre les problèmes qui se posent au pays, pour construire l’avenir de la Suisse, allons-nous nous entendre avec l’UDC ou avec le PS ?

Pierre Kunz

15:07 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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