20/02/2010

L'architecte cantonal, patron de l'urbanisme ou "acteur culturel" ?

 

 

C’est évidemment le fruit d’une coïncidence amusante mais elle mérite d’être soulignée. La décision prise par le Conseil d’Etat de concrétiser enfin la loi de 1995 instituant la fonction d’architecte cantonal, a été publiée deux jours après que les deux principaux quotidiens genevois ont consacré chacun un long et élogieux article au sujet des deux principales concurrentes de Genève, Lyon et Zurich.

Sous le titre « Zurich, la bâtisseuse forcenée » Le Temps du 16 févier décrivait le nombre impressionnant des nombreux et importants chantiers qui donnent à Zurich « des airs du Berlin des années 1990 avec des projets privés et publics mammouths ». Des chantiers qui, rapporte la journaliste Anne Fournier, « sont le résultat d’une stratégie politique tissée avec patience. Le dynamisme a suivi. Oubliés les élans anti-construction qui dans les années 1989-1999 faisaient que tout projet immobilier d’importance paraissait suspect ».

Le même jour la Tribune de Genève, pour sa part, titrait que « Lyon récolte les fruits de ses grands projets urbains ». Avec un clin d’œil non dissimulé aux autorités genevoises Christian Bernet indiquait dans son article que « Lyon tenait à faire le point sur les projets urbains que notre grande voisine a lancés. Il faut dire que Lyon a autre chose à montrer que des projets sur papier. D’énormes chantiers, poursuivait-il, s’ouvrent un peu partout, des quartiers entiers surgissent et la ville peut se réjouir de l’audace qu’elle a eue de faire appel à de grands noms de l’architecture ». Le nouveau quartier de Confluence, imaginé dès 1995, est l’élément phare de cette énorme transformation urbaine et la deuxième partie de cet aménagement a été confiée aux architectes bâlois Herzog et de Meuron.

Ces deux articles mettent bien en lumière les enjeux qui conditionnent l’avenir de Genève. Notre canton doit absolument s’extraire de sa paralysie et de ses blocages en matière d’urbanisme. Le ou la futur(e) architecte cantonal(e) pourrait grandement contribuer à la renaissance attendue. Encore faut-il que Genève se redonne une vraie gouvernance, que nos autorités retrouvent l’ambition et le volontarisme qui les caractérisaient dans les années 1950-1970 et que la personne désignée à la nouvelle fonction, contrairement à ce qui semble se dessiner, soit considérée autrement par le Conseil d’Etat que comme « un acteur culturel » et comme l’assistant du chef du DCTI.

Pierre Kunz

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12/02/2010

La Constituante va-t-elle institutionnaliser la démagogie ?

 

 

Genève est le canton de Suisse où les droits populaires sont le plus souvent utilisés par les tribuns, les lobbies et certains partis politiques, cela malgré le fait que les exigences en matière de récolte de signatures sont les plus sévères du pays. On connaît les « curiosités constitutionnelles » et la paralysie du marché du logement qui ont résulté des mœurs singulières observables au bout du Léman.

Ces mœurs et le constat de ses conséquences devraient inciter chacun des constituants genevois à surmonter, le temps de sa mission, sa myopie partisane et militante et à chausser les lunettes qui lui permettent de considérer l’horizon institutionnel du canton à la lumière des problèmes qui l’assiègent et des défis qui l’attendent dans le siècle nouveau. Il apparaît malheureusement que c’est trop demander à une majorité d’entre eux.

Est-ce trahir la discrétion des travaux de commissions que de révéler aujourd’hui ce que nombre de Genevois présument déjà et qu’ils se verront confirmer dans les semaines à venir au sujet du sort qu’une majorité des élus à la Constituante entendent réserver aux droits populaires ? Est-ce abusif de dire aux Genevois aujourd’hui déjà que, incapables de se libérer des boutiques partisanes auxquelles ils appartiennent, ces constituants majoritaires ont décidé … de réduire encore et fortement le nombre des signatures requises pour faire aboutir un référendum et une initiative ? Est-il outrancier de demander à cette majorité si elle a réellement compris le sens de sa mission ? Est-il déplacé de lui demander pourquoi elle se refuse à considérer objectivement l’histoire des droits populaires à Genève et les chiffres qui ont été recensés à son attention ?

Ces chiffres (arrondis) sont pourtant éloquents :

Année       corps électoral           Nbre de signatures requises                En % des votants

de réf.         à l'époque                  Référendum    Initiative               Référendum    Initiative


1879             17'000                        3'500            -----                      20,0           -----

1891             18'500                        2'500            2'500                      13,5            13’5

1905             25'100                        2'500            2'500                               10 %

1937             50’000                        3'500            5'000                       7,0             10,0

1960            153'000                        7'000          10'000                       4,5              6,5

2005            223'600                        7'000          10'000                       3,1              4,5

2010            240'000                        7'000          10'000                       2,9              4,2

Ce tableau montre que depuis l’introduction les droits populaires dans le canton il n’a jamais été aussi aisé de faire aboutir une initiative et un référendum. Pas étonnant que l’indispensable équilibre devant exister entre le parlement et la rue ait été rompu depuis longtemps, avec tous les dégâts qui en ont résulté.

Si le pouvoir est remis encore davantage à la rue, à la démagogie et à l’émotionnel à quoi servira demain le Grand Conseil ? Et comment le gouvernement pourra-t-il encore agir efficacement ?

Pierre Kunz

 

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05/02/2010

La Constituante réformera-t-elle Genève ?

Sur le blog « Gazette de la Constituante » Jean-François Mabut ne se pose pas cette question. Il affirme en titre à son billet d’aujourd’hui que « la Constituante ne réformera pas Genève ». Est-il trop pessimiste ?

Il est vrai que d’une part « le réalisme, la sagesse et l’expérience » dont se réclament bien trop fréquemment les élus les plus anciens de l’Assemblée constituante, d’autre part les visions idéalistes voire utopistes défendues par les plus jeunes constituent un cocktail aussi lourd que difficilement buvable pour ceux qui se voudraient simplement réformateurs. Car des réformes, notre charte fondamentale en a réellement besoin, tant elle est désuète et handicapante pour le canton. C’est particulièrement vrai dans le domaine des institutions, c’est-à-dire de la gouvernance de Genève, dont une des commissions se préoccupe intensément mais dont les membres ne parviennent pas, malheureusement, à trouver le courage et l’ambition de se mettre d’accord sur autre chose qu’un statu quo à peine égratigné.

Pourtant il n’est pas exagéré d’affirmer qu’aujourd’hui Genève constitue l’exemple le plus flagrant de l’anachronisme du système politique helvétique actuel. Nulle part ailleurs en Suisse le système fondé sur « la concordance », c’est-à-dire en fait sur l’élection des exécutifs à la proportionnelle, et sur la démocratie directe n’apparaît aussi paralysant et hypothéquant pour l’avenir. Dans aucun autre canton ce système n’a conduit à une inefficacité gouvernementale aussi évidente, à un rôle aussi insignifiant et déplacé du Grand Conseil, à un gaspillage aussi éhonté des richesses publiques et n’a ouvert la porte à des excès démagogiques et populistes à hauteur de ceux que nous connaissons.

Depuis quelques années un problème supplémentaire se pose au bout du lac. Jusque dans les années 1980 Genève, fière de sa richesse et de sa renommée internationale, a contemplé la Berne fédérale et les autres cantons de haut. Nous nous voyions bien davantage dans notre costume de République que dans celui de canton et considérions avec négligence voire un certain dédain les nombreux chantiers législatifs et financiers ouverts à Berne, même s’ils nous concernaient autant les autres cantons. Actuellement encore nos élus dans la Berne fédérale, en particulier ceux de la Chambre haute, ne rencontrent que rarement le Conseil d’Etat pour, à l’occasion de réunions de travail sérieuses, évoquer avec lui les enjeux nationaux touchant Genève.

Avec ces constats affligeants, quasiment la totalité des membres de la commission concernée sont d’accord. De manière difficilement compréhensible - peut-être parce qu’ils restent trop à l’écoute des recommandations partisanes et de l’avis des conseillers d’Etat et des députés en place - ils peinent à s’engager sur la voie des réformes. C’est probablement le sentiment très vif de cet immobilisme pénible qui mène Jean-François Mabut à la conclusion que la Constituante ne réformera pas Genève.

Pierre Kunz

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02/02/2010

1er février 2010

 

 

Il est des dates qui, sans que les contemporains se rendent compte de leur importance, marquent l’histoire de manière indélébile et demeurent pour toujours dans les livres et la mémoire collective. Il en fut ainsi avec le 21 juillet 1969, jour où l’Homme a mis le pied sur la lune pour la première fois mais jour où, surtout, grâce aux images offertes par les cosmonautes, les habitants de la planète Terre ont aperçu celle-ci dans sa globalité et sa petitesse. Il est sûr que dès cet instant plus rien ne pouvait arrêter la globalisation, la mondialisation des activités humaines au profit de tous.

Le 1er février 2010 constitue certainement une de ces dates marquantes dans l’histoire de l’humanité. Ce jour-là en effet s’est produit un évènement d’une importance décisive : le président Obama a annoncé aux Américains que leur pays, miné par leur incapacité de vivre selon leurs moyens, par leur endettement public et privé, par la dispersion démesurée de leurs ressources économiques, financières et militaires, allait devoir renoncer à la part la plus symbolique de la conquête spatiale, la colonisation de la lune et la visite de la planète Mars.

Au deuxième jour de février 2010 il est probable que la plupart des Américains n’ont pas encore compris, les autres pays occidentaux non plus, qu’avec ce retrait s’ouvre une ère nouvelle et un monde nouveau. Un monde dans lequel l’Occident ne sera plus le moteur de l’évolution scientifique et économique planétaire, le centre du système relationnel des nations, l’acteur incontournable de la paix et de la guerre.

En se retirant de la lutte pour les espaces interplanétaires les Américains ont admis de facto qu’ils laissaient la voie libre aux peuples des pays émergeants, aux Chinois en particulier. Ces peuples, portés par leur culture millénaire autant que par l’ambition, la force du travail partagé, les talents et la confiance qu’ils se sont redécouverts, s’affirment chaque année davantage et prennent, ou reprennent, leur part des ressources mondiales dont nous les avons privés si longtemps. Ces peuples qui depuis des siècles ont appris la mesure que nous avons perdue dans notre attirance immodérée pour le consumérisme, le matérialisme et l’individualisme.

Le 1er février 2010 marque symboliquement autant que dans la réalité la fin d’un monde, entièrement organisé à l’avantage des vieilles nations industrialisées, au profit de leurs anciens « protectorats ». Certes, dans ce nouvel ordre planétaire l’Occident survivra, il apportera encore son génie et continuera de profiter des richesses de la planète. Pour autant qu’il sache renoncer à la facilité, retrouver le goût de l’effort et renouer avec la méritocratie.

Pierre Kunz

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