05/02/2010

La Constituante réformera-t-elle Genève ?

Sur le blog « Gazette de la Constituante » Jean-François Mabut ne se pose pas cette question. Il affirme en titre à son billet d’aujourd’hui que « la Constituante ne réformera pas Genève ». Est-il trop pessimiste ?

Il est vrai que d’une part « le réalisme, la sagesse et l’expérience » dont se réclament bien trop fréquemment les élus les plus anciens de l’Assemblée constituante, d’autre part les visions idéalistes voire utopistes défendues par les plus jeunes constituent un cocktail aussi lourd que difficilement buvable pour ceux qui se voudraient simplement réformateurs. Car des réformes, notre charte fondamentale en a réellement besoin, tant elle est désuète et handicapante pour le canton. C’est particulièrement vrai dans le domaine des institutions, c’est-à-dire de la gouvernance de Genève, dont une des commissions se préoccupe intensément mais dont les membres ne parviennent pas, malheureusement, à trouver le courage et l’ambition de se mettre d’accord sur autre chose qu’un statu quo à peine égratigné.

Pourtant il n’est pas exagéré d’affirmer qu’aujourd’hui Genève constitue l’exemple le plus flagrant de l’anachronisme du système politique helvétique actuel. Nulle part ailleurs en Suisse le système fondé sur « la concordance », c’est-à-dire en fait sur l’élection des exécutifs à la proportionnelle, et sur la démocratie directe n’apparaît aussi paralysant et hypothéquant pour l’avenir. Dans aucun autre canton ce système n’a conduit à une inefficacité gouvernementale aussi évidente, à un rôle aussi insignifiant et déplacé du Grand Conseil, à un gaspillage aussi éhonté des richesses publiques et n’a ouvert la porte à des excès démagogiques et populistes à hauteur de ceux que nous connaissons.

Depuis quelques années un problème supplémentaire se pose au bout du lac. Jusque dans les années 1980 Genève, fière de sa richesse et de sa renommée internationale, a contemplé la Berne fédérale et les autres cantons de haut. Nous nous voyions bien davantage dans notre costume de République que dans celui de canton et considérions avec négligence voire un certain dédain les nombreux chantiers législatifs et financiers ouverts à Berne, même s’ils nous concernaient autant les autres cantons. Actuellement encore nos élus dans la Berne fédérale, en particulier ceux de la Chambre haute, ne rencontrent que rarement le Conseil d’Etat pour, à l’occasion de réunions de travail sérieuses, évoquer avec lui les enjeux nationaux touchant Genève.

Avec ces constats affligeants, quasiment la totalité des membres de la commission concernée sont d’accord. De manière difficilement compréhensible - peut-être parce qu’ils restent trop à l’écoute des recommandations partisanes et de l’avis des conseillers d’Etat et des députés en place - ils peinent à s’engager sur la voie des réformes. C’est probablement le sentiment très vif de cet immobilisme pénible qui mène Jean-François Mabut à la conclusion que la Constituante ne réformera pas Genève.

Pierre Kunz

16:15 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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