16/01/2010

Le logement et ses "défenseurs"

 

 

Pour les uns, ceux qui en Suisse et à Genève en particulier profitent du système et qui sont bien logés, il peut paraître amusant d’assister à l’agitation perpétuelle de la question du logement. Pour les autres, qui ne font pas partie de la vaste majorité formant la catégorie précédente, les frustrations sont constantes et innombrables. Ces autres, ce sont les derniers arrivés sur le marché, soit les jeunes et les immigrants, mais aussi tous ceux qui, disposant d’un revenu accru ou voyant leur famille s’agrandir, aimeraient s’installer dans un autre logement, plus vaste. Ce sont ceux qui ne trouvent pas l’objet recherché à un prix raisonnable.

Tous les analystes locaux sérieux connaissent depuis longtemps les causes de cette situation. Et régulièrement l’OCDE attire l’attention des autorités helvétiques sur ces causes. Tout récemment l’organisation a publié un nouveau rapport dans lequel elle insiste en particulier sur les conséquences de la manière désastreuse dont fonctionne le marché du logement en Suisse. On y lit que dans notre pays la cherté des loyers freine la croissance dans la mesure où ces dépenses absorbent une trop grande part du revenu. Certains ménages doivent en effet consacrer jusqu’à 40 % de leur salaire pour se loger.

L’OCDE, rapporte le quotidien Le Temps qui traite de ce rapport, met en cause la trop grande protection des anciens locataires face à ceux qui emménagent dans les immeubles neufs. Cette protection ancrée dans un droit du bail excessivement rigide mène naturellement dans un canton comme Genève, qui applique ce droit d’une manière particulièrement vigoureuse, à la création d’un double marché. L’un où se disputent les logements avantageux qui restent acquis à la majorité privilégiée, l’autre où se négocient les logements chers destinés à la minorité défavorisée. Cette protection amène aussi, très naturellement, le corporatisme dans les métiers du bâtiment, les blocages de toutes natures, la démission des constructeurs, la pénurie générale que nous connaissons et, en fin de compte, l’obligation faite au tiers de la population active du canton de s’établir au-delà de ses frontières.

En considérant cette situation un observateur naïf pourrait conclure qu’il suffirait d’une volonté politique ferme pour remédier aux maux dont souffrent les Genevois en matière d’habitat. Cette volonté existe … mais malheureusement pas du côté des autorités. Elle reste l’apanage des soi-disant « défenseurs des locataires », de l’Asloca pour être précis, et des formations politiques qui depuis trente ans trouvent dans cette croisade leur fonds de commerce électoral.

Quant au gouvernement genevois, qui connaît pourtant bien les effets calamiteux de la situation dans les domaines de l’environnement et des finances publiques, il a pour sa part renoncé il y a bien des années à engager l’effort de convaincre 90 % des électeurs de libéraliser partiellement le marché conformément aux recommandations de l’OCDE, d’en réduire les multiples contraintes et donc de renoncer en partie, dans leur intérêt bien compris et dans celui de leurs enfants, à ce qu’ils croient constituer leur protection.

Et il reste improbable malheureusement que le nouveau Conseil d’Etat rompe avec l’attitude qu’ont affichée depuis plusieurs décennies ses prédécesseurs et qu’il apporte le changement. Même s’il a promis de faire construire 2500 logements en 2010.

Pierre Kunz

 

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