15/01/2010

Ca jase autour du jatropha

 

 

On nous apprend ce jour qu’une entreprise entend construire en Argovie une usine de production d’agro-diesel à partir d’une plante originaire du Brésil. Cette plante, le jatropha, permet de produire du carburant de manière plus avantageuse qu’à partir de celles utilisées jusqu’à présent un peu partout dans le monde. D’une part elle est cultivable sur des terres peu propices aux cultures vivrières et d’autre part elle ne porte pas atteinte à l’environnement puisqu’elle ne requiert que peu d’eau et pas d’engrais ni pesticides.

Pourtant une vingtaine d’associations prétendant défendre les peuples en développement et l’environnement de la planète s'opposent, aux dires de la presse, à la construction de cette usine. Voilà qui paraît absurde.

Il est donc probable que l’on se trouve une fois encore face à des associations incapables de comprendre les problèmes qu’elles prétendent traiter et les enjeux qui leur sont liés. Et dans le cas d’espèce on ne peut que demeurer pantois en lisant l’argument qu’elles invoquent pour justifier leur opposition à l'utilisation du jatropha pour poduire du diesel en Suisse : «  Il est planté en Afrique sur des terres de bonne qualité et se substitue aux cultures vivrières. La plante n’étant pas comestible, les paysans qui se concentrent sur sa production n’ont aucun débouché si les prix s’effondrent ; en outre ils n’ont plus de terrains disponibles pour les cultures alimentaires ».

Il faut souligner que si, suivant l’avis de ces associations, les pays d’Afrique renoncent par principe idéologique aux échanges internationaux, fussent-ils de biens agricoles, on voit mal comment ils pourront un jour sortir de leur sous-développement. S’agissant du jatropha, on peut supposer que dans le bilan des échanges d’un pays comme le Mozambique, cité, l’exportation de cette plante sur les marchés mondiaux voire la production locale de agro-diesel se révèle positive et qu'elle permet au pays de trouver en contrepartie et plus aisément, sur ces mêmes marchés internationaux, les produits agricoles et manufacturés nécessaires à sa population.

L’attitude de ces associations, dont Swissaid, si elle reste un inconvénient pour les promoteurs de l’activité industrielle envisagée, constitue par contre un réel obstacle au développement des populations qu’elles affirment vouloir défendre. Et on comprend d’autant moins ces associations qu’elles s’affichent par ailleurs dans le camp des défenseurs de l’environnement. Or chacun sait que les agro-carburants sont nettement moins nocifs à ce titre que les carburants fossiles qu’ils remplacent.

Ces incohérences n’effraient pas non plus certains politiciens suisses. Opposé vraisemblablement par principe aux agro-diesels et probablement en invoquant le « principe de précaution » un conseiller national socialiste, M. Rudolph Rechsteiner, a réclamé un moratoire de cinq ans sur l’importation d’agro-carburants. Sans succès car si la bêtise est universellement répartie elle n’est pas générale.

Pierre Kunz

18:26 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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