09/01/2010

L'identité nationale ? Du blabla !

 

 

Nos voisins français ont l’habitude des grands débats aussi pompeux que vains. Les échanges verbaux et scripturaux que l’on observe actuellement dans l’Hexagone au sujet de la question de « l’identité nationale » illustre à merveille ce constat.

Qu’est-ce qu’ils entendent, au fond, ceux qui utilisent les mots « identité nationale »? Probablement qu'elle découle des évènements historiques d’un pays, de sa configuration géographique, de ses institutions politiques, des origines de sa population, de sa démographie, de la variété de ses expressions culturelles, de ses mythes, de l’état de son économie. Mais alors ne devrait-on pas plutôt et plus modestement parler des caractéristiques d’un pays et d’un peuple ?

Car si l’identité nationale recouvre effectivement toutes ces caractéristiques, elle ne peut être qu’en perpétuelle évolution. Si on pouvait en prendre une photo aujourd’hui chacun comprend qu’elle ne correspondrait plus demain à la réalité. A chaque instant les citoyens, dans leurs fonctions et leurs initiatives laborieuses, artistiques, sociales, scientifiques, philosophiques, sportives, vestimentaires (!), contribuent à cette évolution. Même s’ils restent très peu conscients du changement qu’ainsi ils entretiennent en permanence. Comme d’ailleurs les acteurs de la scène politiques dont jusqu'à ce jour on n’a jamais rencontré un seul représentant préoccupé par les conséquences de ses décisions sur l’identité nationale.

En quoi par conséquent une vaste enquête destinée à demander aux Français ce qu’ils pensent de l’identité nationale, de ce qu’elle implique, de ses exigences, peut-elle apporter quelque progrès au fonctionnement de leur société ? A supposer que cette enquête débouche sur une liste de références communes et cohérentes à une majorité de Français, que fera-t-on de ceux qui, citoyens eux-aussi, agissent, pensent et ressentent les choses différemment ? Les forcera-t-on à se soumettre ? Légiférera-t-on dans ce but ? Ouvrira-t-on des classes spéciales en vue de « redresser » leurs enfants ? Menacera-t-on de les exclure du pays ? Recommencera-t-on l’opération à intervalle régulier ?

L’identité nationale ça n’existe pas. L’idée de rechercher puis de décréter une identité nationale ne peut donc naître que chez un intellectuel déraisonnable ou chez un politicien avide de présence médiatique. Ou alors dans un esprit perturbé par la peur. Peur de l’autre, peur de l’avenir, peur du changement.

Qui en Suisse pourrait prétendre définir notre identité nationale ? Nos différences ne nous rassemblent-elles pas plus, ne nous identifient-elle pas davantage que ce que nous avons en commun ? Qui a déjà trouvé sous la plume d’un sociologue ou d’un historien suisse les mots « identité nationale » ?

Pierre Kunz

10:53 Publié dans Société - People | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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