07/01/2010

Faut-il interdire la burqa ?

 

 

Sur les ondes de France Inter, mercredi soir, le député UMP Jean-François Coppé, dépositaire d’une proposition de loi exigeant l’interdiction du port de la burqa sur le territoire français, a démontré bien malgré lui l’absurdité de son projet.

Comme il fallait s’y attendre, dans son argumentation l’ancien porte-parole du gouvernement s’est surtout posé en grand défenseur de la femme. Il a longuement insisté sur « le devoir de la société laïque, républicaine et moderne française de promouvoir la dignité et les libertés des femmes, celle de montrer leur visage en particulier ». Mais est-ce que la manière dont le corps de la femme est instrumentalisé à des fins publicitaires dans nos médias est compatible avec le devoir qu’il invoque ? Nombreux sont ceux qui en doutent. M. Coppé ne devrait-il pas dès lors exiger aussi une loi destinée à rendre aux femmes occidentales « leur dignité » ?

Dans la même logique on peut aussi trouver des problèmes du côté des hommes, des orthodoxes juifs par exemple. Certains peuvent considérer que la manière dont ceux-ci se vêtent, se coiffent et ne se rasent pas ne peut être que le résultat d’une pression familiale inadmissible, incompatible avec notre vision de la liberté individuelle. M. Coppé ne devrait-il pas là également exiger un effort législatif pour mettre un terme à « cet abus » ?

Ce qui ne va pas dans le discours de M. Coppé n’est pas sa préférence, que bien sûr l’auteur de ces lignes partage, de croiser dans la rue des femmes non dissimulées. Ce qui est inacceptable c’est sa détermination d’imposer à celles qui ne le veulent pas de se vêtir – ou de se dévêtir - comme les occidentales. Au prétexte de lutter contre les provocations de certains extrémistes il écarte dans sa démarche la liberté individuelle de ses concitoyens et la liberté des familles à vivre leur religion comme elles l’entendent.

Suivre M. Coppé revient en fait à réclamer l’exact contraire des fondements et des objectifs d’un Etat laïc et républicain. Celui-ci impose certes des obligations sévères à ses serviteurs, les fonctionnaires, qui ne sont pas autorisés à porter des signes religieux distinctifs. Mais il garantit par contre à chacun de ses citoyens le droit de croire ou de ne pas croire, de pratiquer sa religion comme il le juge bon et de se vêtir comme il l’entend.

Il n'est pas question ici de défendre le communautarisme et ce que d’aucuns appellent « le multiculturalisme ». Celui-ci, l’histoire l’a montré et l’actualité internationale en témoigne chaque jour, est incompatible avec le fonctionnement harmonieux d’une société. Mais il ne s’agit pas non plus, à l’opposé, d'exiger l’assimilation rapide de ceux qui sont installés depuis peu dans notre pays. Il s’agit d’y favoriser l’intégration progressive de ces derniers. Il s’agit, en toute confiance dans nos valeurs, dans notre culture et dans la force de celles-ci, de reconnaître et d’accepter que les immigrants de première et de deuxième générations ont besoin de temps pour s’adapter à nos coutumes et les adopter. Sans pour autant faire la moindre concession s’agissant du respect de l’ordre juridique auquel nous nous sommes soumis.

Dans un tel contexte chacun comprend que tout interdit du type de celui concernant le port de la burqa venant compléter l’arsenal législatif d’une société ne saurait favoriser le « vivre-ensemble ». Il ne peut que contribuer à créer et à exacerber les tensions.

D’ailleurs, comment faire respecter une telle loi. Va-t-on créer une brigade d’agents, à l’image de ceux qui répriment les stationnements interdits, destinée à amender les femmes voilées ? Les touristes de Moyen Orient qui fréquentent les centres commerciaux en été seront-elles concernées ?

Pierre Kunz

 

 

13:05 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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