09/12/2009

Faire voter et élire les étrangers ?

Au sein de la Constituante, la Commission chargée des droits politiques recommande que la future constitution genevoise accorde, au plan communal, l’ensemble des droits politiques aux étrangers à condition que ceux-ci aient résidé au moins durant huit ans en Suisse. Il faut soutenir cette proposition.

Accorder dans ces conditions les droits politiques aux étrangers n’a rien à voir avec du sentimentalisme voire de l’humanitarisme. Il s’agit, très prosaïquement, de reconnaître deux évidences.


Reconnaître d’abord que dans bien des cas les communes seront ravies de pouvoir compter, dans le fonctionnement de leurs autorités, sur la contribution de personnes dépourvues d’un passeport suisse, certes, mais bien intégrées et prêtes à s’engager, alors que trop souvent les résidents suisses se désintéressent de la vie publique.

Observer ensuite les réalités de la vie communale. C’est là que les gens, les Suisses et les étrangers, tissent leurs relations sociales, envoient leurs enfants à l’école, s’engagent dans la vie associative. C’est là aussi que, selon toutes vraisemblances, ils se feront enterrer. Participer à la gestion communale paraît par conséquent et tout simplement s’inscrire dans le « vivre ensemble » pour les uns comme pour les autres.

Certains, au sein de la Constituante, voudraient aller plus loin et élever les droits politiques des étrangers au plan cantonal. Ils font fausse route.

En premier lieu parce qu’on éprouve bien de la peine à discerner l’intérêt que trouveraient les citoyens genevois dans une telle « avancée ». Il serait même inéquitable à leur égard de s’engager dans cette voie car le passeport suisse impose encore à son détenteur des responsabilités et des devoirs qui ne sont pas ceux de l’étranger.

D’autre part la plus grande méfiance s’impose à l’égard de ce qu’il faut bien appeler « le conformiste égalitariste » et le relativisme sous toutes ses formes qui caractérisent et guident les milieux qui se manifestent dans ce dossier. Il faut le dire clairement, la nationalité suisse n’est pas une coquille vide, elle comporte quelques privilèges et cela est bon. L’exercice des droits populaires cantonaux et fédéraux est l’un de ces privilèges et il est d’autant moins justifié de l’abattre que les étrangers eux-mêmes ne le contestent pas.

Il convient aussi de souligner que la Constituante a été élue pour rédiger une nouvelle constitution susceptible de recueillir l’adhésion d’une vaste majorité des Genevois. Ses membres n’ont pas été choisis pour se livrer à de l’activisme dans le domaine des bons sentiments mais bien pour doter notre canton d’une charte fondamentale solide et mieux adaptée que l’actuelle aux défis du 21ème siècle.

Or tout laisse penser que l’assemblée constituante ne sera pas capable de remplir sa mission si elle suit ceux qui en son sein sont tellement animés par les bons sentiments qu’ils en oublient d’entendre leur raison.

Pierre Kunz

12:08 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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