09/09/2009

Genève, centre de la région : un atout ?

 

Hier soir, à Thônex, s’est tenue la première audition publique mise sur pied dans le cadre des travaux de la Constituante. C’est la Commission 4, celle chargée de l’organisation territoriale et des relations extérieures, qui a organisé cette soirée. Exercice aussi innovant que délicat dont plusieurs enseignements intéressants et utiles doivent être tirés.

Il y a lieu de mentionner d’abord que près de la moitié des constituants étaient présents. Voilà qui démontre l’engagement et le sérieux des élus. Mais voilà qui souligne aussi le peu d’empressement de la population car ces élus formaient la plus large partie de l’assistance. Il faut admettre que cette population a été peu informée de l’évènement. Manifestement, lorsqu’à l’avenir d’autres réunions publiques seront programmées, il conviendra de les annoncer de manière plus intense dans les médias.

Le déroulement de la soirée a mis en évidence aussi que l’audition publique d’experts ne constitue pas un gage d’intérêt des habitants de la région. La problématique traitée et les thèses discutées mardi se sont avérées trop vastes et trop « institutionnelles ». Elles convenaient certes particulièrement à l’information des constituants mais elles restaient mal appréhendables par les citoyens présents.

S’agissant des informations et des expériences apportées par les orateurs (les maires d’Annemasse et de Ferney-Voltaire, le président du Conseil régional du district de Nyon et M. Claude Haegi), on retiendra deux éléments essentiels.

Le premier de ces éléments réside dans le constat qu’il ne s’agit pas pour les constituants d’imaginer et de « faire » la région. Celle-ci existe depuis longtemps, elle se construit jour après jour essentiellement grâce aux populations, à coup d’initiative privées. Il y a longtemps que les populations se sont appropriées la région même si celle-ci n’est pas institutionnalisée, si elle n’existe pas politiquement.

Le Comité régional franco-genevois, certes lourd et soumis a des contraintes politiques et administratives considérables, à suffi au cours des trois dernières décennies pour encadrer et à matérialiser les quelques coopérations transfrontalières publiques que nous connaissons. La constitution d’une nouvelle institution régionale de concertation, envisagée par certains afin d’activer les collaborations régionales, a été reçue froidement par les quatre intervenants principalement parce que cette idée fait abstraction des réalités politiques : les pouvoirs de décision français, genevois et suisse sont difficilement compatibles. Cela étant, les autorités politiques sont contraintes de restreindre leurs initiatives à la solution de problème techniques et pratiques.

Il n’empêche, la Constituante dispose d’une opportunité unique de marquer la naissance dans la constitution genevoise d’une région franco-valdo-genevoise, dont Genève constitue autant le moteur que le bénéficiaire, et de donner à cette dernière visibilité et accélération.

Le deuxième enseignement concerne l’équilibre socio-économique de la région. Et sur ce plan on peut dire qu’il y a eu unanimité chez les quatre intervenants pour souligner combien il revenait, de toute urgence, à Genève de résoudre le problème fondamental de cette région, celui qui explique tous ses déséquilibres et les tensions qui y règnent : cesser d’exporter, comme nous le faisons depuis trente ans, en France et en Pays de Vaud les logements de ceux travaillent dans le canton.

Une conclusion assez générale peut être tirée de la soirée. Elle concerne l’ensemble des travaux de la Constituante, particulièrement des auditions. Il s’agit du heurt inéluctable entre d’une part les ambitions et les idéaux exprimés par les constituants, d’autre part les réalités et les coutumes invoquées, soulignées par les experts et les praticiens. Ce heurt des conceptions dites « progressistes » et de celles défendues par les « conservateurs », qui soit dit en passant n’ont rien à voir avec les notions de gauche et de droite, sera présent en permanence et cadrera fortement le texte qui sortira des travaux de la Constituante. C’est un heurt bénéfique. A condition qu’il n’étouffe pas toute ambition réformatrice.

Pierre Kunz

10:02 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.