03/09/2009

"La faim dans le monde"

 

 

 

A l’occasion de l’actuelle édition du Forum Medias Nord-Sud, les quotidiens de ce jour font la part belle à Mme Liliane Ortega, membre de la Direction au développement et à la coopération (DDC). Cette collaboratrice de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey en profite pour dire ce qu’elle a sur le cœur. Malheureusement les émotions qu’elle exprime sont si peu empreintes de recul, de nuances et de bon sens qu’elles en deviennent caricaturales.

« Le monde, dit-elle, n’a jamais été aussi riche. Et pourtant une personne sur sept est sous-alimentée. Notre modèle est en faillite ». Il est possible qu’en ce début de millénaire 15 % des habitants de la planète ne sont pas en mesure de se nourrir convenablement. Mais peut-elle pour autant prétendre que notre modèle économique, sous-entendu celui du libre échange mondialisé, en est la cause et en faillite ? L’exemple chinois, grand bénéficiaire de l’ouverture des marchés mondiaux à ses entreprises et à ses travailleurs, où en trente ans 400 millions de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté, montre exactement le contraire de ce qu’affirme avec une légèreté coupable Mme Ortega.

« Il y a une politique volontaire, déclare-t-elle ailleurs, pour maintenir les pays pauvres dans une dépendance alimentaire. Des pays ont été menés à abandonner l’agriculture ; ils sont aujourd’hui contraints d’importer des vivres. Un estabishment international croit détenir les réponses à la faim Le résultat est qu’un milliard de personnes sont sous-alimentées dans le monde ». Il s’agit d’une suite d’affirmations et de jugements fondés sur une observation simpliste, totalement erronée même, du monde.

Ce n’est pas « on », sous entendu les multinationales assoiffées de profit, mais bien leurs élites corrompues qui ont amenés les pays dont il question à abandonner une agriculture dont ils sont dépendants. Au surplus le renoncement à certains secteurs de la production agricole ne constitue pas par définition un crime ; à condition bien sûr que le pays qui les abandonne soit capable de produire d’autres biens, industriels par exemple, ou services exportables sur les marchés mondiaux et générateurs des devises qui permettront l’importation à des conditions favorables de certains des vivres nécessaires à l’alimentation de sa population. Là aussi, lorsque ces équilibres ne sont pas respectés, ce n’est pas « l’establishment international » qui est en cause mais bien l’impéritie et la corruption des élites des pays pauvres.

Des pays pauvres qui, Mme Ortega devrait le savoir, ont d’autant plus de probabilité de sortir de leur sous-dévelopement qu’ils sont en mesure de participer au libre-échangisme mondialisé. Et c’est là que se situe le vrai problème, à savoir le protectionnisme des états industrialisés qui prive les pays pauvres d’un accès suffisant à leurs marchés. Voilà le vrai scandale, celui que Mme Ortega devrait souligner.

Pierre Kunz

15:22 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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