30/08/2009

Faire élire le Conseil fédéral par le peuple ?

 

 

 

L’UDC, moyennant une initiative populaire, entend convaincre les Suisses de faire élire le Conseil fédéral par le peuple plutôt que par l’Assemblée fédérale. Voilà qui ne constitue pas une idée nouvelle et qui fleure l’opportunisme. Mais voilà qui poussera les citoyens et le monde politique à réfléchir aux causes du mauvais fonctionnement des institutions gouvernementales helvétiques et – qui sait ? – à reconnaître leur inadéquation à l’environnement économique, social et politique bouleversé du pays.

Ne croyons pas pourtant que l’élection par le peuple du Conseil fédéral apportera une réponse satisfaisante. Elle ne suffira pas en effet à remettre en cause le privilège que se sont arrogés depuis 150 ans les partis politiques du pays. Car ce sont bien eux qui, accrochés aux honneurs et aux fruits d’un pouvoir qu’ils se partagent bien plus que mus par l’ambition de servir le pays, sont actuellement les maîtres du jeu.

Afin de changer les règles de ce jeu il est indispensable et prioritaire d’apporter une autre réforme, déterminante, celle d’une élection de l’exécutif fédéral sur listes bloquées. Des listes de candidats coalisés, établies autour d’un programme politique de législature, annoncé avant l’élection et engageant les élus. Des listes respectant bien sûr les équilibres linguistiques, sociaux et culturels subtiles auxquels la Suisse tient.

Donner la parole au peuple ne suffira pas, en effet. Preuves en soient les exécutifs cantonaux, élus au suffrage universel mais qui présentent des faiblesses identiques à celles du Conseil fédéral parce que, là aussi, les partis tirent les ficelles à leur avantage.

Le cas de Genève, où l’élection du Conseil d’Etat est fixée en novembre est exemplaire : 7 sièges à pourvoir, 8 candidats présentés par les partis « sérieux » (ceux qui à gauche et à droite s’entendent pour faire élire leurs poulains), 2 candidats « pour beurre », 5 sièges de facto déjà répartis, un autre quasiment … et un souverain à qui l’on n’aura cessé de faire croire durant la campagne électorale qu’il dispose du dernier mot sur l’avenir politique du canton.

En réalité, au soir déjà de leur sacre, les élus se verront priés de renoncer sans délai, au profit des compromis du collège gouvernemental, aux quelques « idées » et « convictions » qu’ils auront agitées durant la campagne. Un collège « patchwork », comme le dit joliment Pascal Décaillet, qui élaborera un Discours de Saint Pierre sans substance politique, qui mettra le couvercle sur toute ambition réformatrice et le dynamisme de ses membres, cela au prétexte d’une collégialité qui sanctifiera tous les renoncements idéologiques, justifiera toutes les promesses non tenues, écartera par avance toute responsabilité individuelle des conseillers d’Etat et étouffera toute opposition parlementaire sérieuse.

La démocratie dite de « concordance », celle des arrangements partisans obtenus dans les arrière-boutiques, celle du conservatisme, celle des exécutifs fabriqués à la proportionnelles, a apporté au pays, reconnaissons-le, bien des bénéfices et des douceurs durant la deuxième moitié du 20ème siècle. Mais à l’aube du 21ème elle apparaît anachronique et dangereuse pour l’avenir de la Suisse. Il est temps en particulier de revoir le mode électoral et le fonctionnement de nos gouvernements, qu’ils soient élus ou non par le peuple.

Pierre Kunz

11:35 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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