27/08/2009

Rationnement des soins médicaux

 

 

 

Jean-François Mabut a fait une brève réponse à mon billet de mardi dernier. Sur le ton badin de Gilles s’adressant au Genevois qui demandait au Vaudois où sont ses fleuves, il dit « attendre avec intérêt la liste des propositions pour ne pas tomber dans le rationnement et les « death panels » que craignent les Américains.

JFM sait bien qu’en Amérique comme en Europe les soins sont rationnés. Que nous ne disposons pas tous du même accès aux hôpitaux, aux médecins les plus réputés, aux interventions les plus adéquates et aux médicaments les meilleurs.

En Grande Bretagne c’est officiellement qu’on est entré dans l’ère du rationnement. Celui-ci est avoué, reconnu par ceux qui, politiciens et acteurs, ont élaboré et font fonctionner le système. Chez nous aucun politicien et aucun médecin ne reconnaît, malgré les évidences, que nous ne sommes pas tous soignés avec la même efficacité et le même confort. Soit parce que nous ne sommes pas tous assurés de la même manière soit parce que notre âge amène les praticiens à considérer que tel traitement ou telle intervention ne se justifie pas.

Chacun peut comprendre que ce rationnement a toujours existé. Quand les moyens médicaux sont limités par l’urgence, l’espace ou les équipements les praticiens ont de tout temps été amenés à effectué des choix. « Je consacre mon temps, mon énergie et les moyens médicaux et techniques à disposition à sauver tel malade plutôt que tel autre parce que pense que ce dernier à moins de chances de s’en sortir ». Du côté des patients il est évident que certains ont toujours pu s’offrir sans compter, parce que pour eux « la santé n’a pas de prix », des services et des actes médicaux inaccessibles au commun des mortels en les achetant au prix fort.

Nous ne sommes donc pas égaux en la matière. La promesse d’un accès aux soins les plus efficaces pour tous, chère à une large tranche des politiciens helvétiques, constitue donc bien une hypocrisie. Mais reconnaître cette évidence n’est guère « correct ». Le monde politique et les acteurs de la santé, sauf en Grande Bretagne, se gardent bien par conséquent d’admettre officiellement qu’ils pratiquent une forme de rationnement.

Les Américains, très conscients de ces réalités et de ces inégalités, sont davantage disposés que nous à les accepter parce que, comme dans leur existence en général, la majorité d’entre eux, continuent de privilégier la liberté au détriment de l’égalitarisme caractéristique du Vieux Continent et à préférer la responsabilité individuelle à celle de l’Etat. Ils acceptent donc d’être contraints de limiter individuellement leur couverture d’assurance-maladie mais pas de se voir imposer ces limites ou une « assurance de base » par l’autorité publique.

La plupart des Américains perçoivent que leur système d’assurance-santé actuel doit être amélioré, qu’il n’est pas sain que ce soient les employeurs qui en demeurent les acteurs principaux, que Medicare et Medicaid sont des institutions insuffisamment dotées. Ils sont prêts à les réformer. Mais aujourd’hui comme hier ils demeurent méfiants à l’égard des déclarations des célébrités aisées, comme feu le sénateur Ted Kennedy qui a souvent prétendu que « la cause de sa vie était que tout Américain devait pouvoir recevoir le même traitement qu’un sénateur » sans jamais bien sûr expliquer les détails de sa croisade.

Non pas parce qu’ils seraient plus égoïstes que nous. Simplement parce qu’en premier lieu ils sont moins disposés à croire aux promesses de leurs élus et parce qu’en second lieu ils sont convaincus que l’individu responsable doit et peut rester maître de la conduite de son existence même dans des domaines aussi délicats que celui de la santé.

Pierre Kunz

 

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