25/08/2009

L'assurance-maladie, les Américains et ... les Suisses

 

 

 

Le président Obama a donc mis en consultation son projet d’assurance-maladie universelle. Comme les connaisseurs de la société américaine s’y attendaient, cette ambition se heurte à d’énormes oppositions venant de tous les milieux et de toutes les couches sociales américaines. Quant aux lobbies opposés à la réforme proposée, ils se livrent à une surenchère stupéfiante de mauvaise foi et de caricatures.

Il faut dire que les inquiétudes alimentant l’écho que trouvent ces lobbies sont renforcées par la crise que connaît le pays. Après les désastres économiques et financiers qui se sont succédés depuis un an et demi, inimaginables voici encore dix-huit mois, tout paraît désormais possible aux yeux d’Américains plus méfiants que jamais, même les pires scénarios en matière de santé.

Reconnaissons, nous les Helvètes qui vivons depuis une dizaine d’années à l’ère de la LaMal et qui en subissons les conséquences, que les Américains ont quelques raisons de s’inquiéter. Qu’au-delà des exagérations et des arguments malhonnêtes, ils sont fondés à craindre, au vu de ce qui se passe dans les systèmes de santé européens, des dérives proches de celles auxquelles nous assistons de ce coté-ci de l’Atlantique.

De quoi ont-ils peur ? Que les coûts du système semi-public de santé envisagé explosent et avec eux les impôts et les primes d’assurance. Que l’on s’achemine vers le rationnement des soins. Que la réforme signifie à terme la fin pour le patient de la liberté de choix du médecin. Que la qualité de la médecine et des établissements hospitaliers diminue. Qu’en fin de compte le monde politique, au nom de « la même médecine de qualité pour tous », entraîne le pays dans un système de santé entièrement socialisé.

Des craintes, admettons-le, qui ne sont pas farfelues. Même si les « death panels », dont il est prétendu qu’ils pourraient être établis pour sélectionner ceux qui auront le droit de vivre encore et ceux à qui l’accès à certaines prestations médicales seront refusées, ne sont évoqués que par les opposants les plus malhonnêtes.

Ne stigmatisons-nous pas en Europe la médecine anglaise, déjà entrée officiellement dans l’ère du rationnement ? Ne sommes-nous pas tous en Suisse régulièrement outrés par les hausses des primes d’assurance ? Qui ne craint pas la fin de la liberté de contracter ? Le ministre vaudois de la santé n’a-t-il pas proposé récemment de fonctionnariser une partie des médecins indépendants ?

Les Américains se trouvent placés devant un choix de société crucial. La grande majorité des citoyens de ce pays ont conservé un attachement très fort pour la liberté et une grande méfiance à l’égard de l’égalitarisme cultivé sur le Vieux Continent. D’où leurs appréhensions.

Les Européens, qui devraient être échaudés par leurs propres expériences en la matière, affichent pourtant surprise et incrédulité devant ce qui se passe entre New York et Los Angeles. Leur « Européo-centrisme » les empêche probablement d’imaginer que les structures sanitaires (mais cela vaut aussi pour les autres domaines) que leurs élus ont élaborées au nom de la justice et de l’égalité sociale ne sont pas obligatoirement ce qui se fait de mieux et qu’elles ne répondent peut-être pas réellement à l’intérêt général.

Pierre Kunz

18:59 Publié dans Société - People | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.