17/08/2009

La dette publique genevoise et la presse

 

 

 

On sait depuis longtemps pourquoi le Grand Conseil genevois est si peu enclin à jouer le rôle de critique d’un gouvernement au sein duquel la plupart des partis politiques sont représentés. Chacun se trouve évidemment plus ou moins directement amené par le système à protéger son ou ses « poulains ».

Cela étant, jusqu’à il y a quelques années, on pouvait au moins compter sur le « quatrième pouvoir », celui des médias, pour tenir le flambeau de la contestation et de la critique et pour informer les citoyens sur les erreurs, les faiblesses et les promesses non tenues du Conseil d’Etat.

Est-ce parce les journalistes négligent la préparation des interviews qu’ils réalisent ? Est-ce plutôt parce qu’ils ne disposent plus du temps et des moyens de se livrer à l’indispensable travail de recherche et d’enquête précédant la rédaction de leurs articles ? Ou encore parce qu’ils ne comprennent pas les éléments des problèmes traités ?

Quelle que soit la réponse à ces questions il s’avère, à la lecture de l’article intitulé « La dette du canton tombe à 10 milliards » publié par la TdG de ce jour, qu’il y manque tout ce qui fait la qualité d’un article de fond : le rappel des données constitutives du problème abordé et la critique factuelle et vigoureuse de l’action du Conseiller d’Etat mis sur le grill. Le journaliste se contente de rapporter les propos du ministre des finances genevois, sans contester ni relativiser ses affirmations. Bref, comme on dit au Café du commerce, il se limite « servir la soupe électorale à un David Hiler » ravi de n’avoir pas à s’expliquer sur l’échec de sa politique.

Marc Bretton aurait pu au moins commencer par rappeler à M. Hiler que la dette publique n’est que le résultat de l’accumulation des déficits et des bonis annuels et que si elle reste et de loin la plus lourde du pays c’est parce que les finances du canton ne sont plus sous contrôle depuis deux décennies, la législature qui s’achève ne faisant pas exception. Il aurait dû souligner que l’objectif prioritaire du gouvernement, annoncé clairement lors de sa prise de fonction, était de contrôler les dépenses, précisément de diminuer de 5 % en quatre ans le nombre des fonctionnaires et de limiter à drastiquement la hausse vertigineuse des subventions. Or ces promesses n’ont pas été tenues puisque le personnel de l’Etat a crû et que la masse des subventions a suivi le trend démesuré des dernières années.

Le journaliste aurait pu aussi indiquer à ses lecteurs l’ampleur des coûts qui accompagneront immanquablement l’assainissement des caisses de pension publiques genevoises, un assainissement chiffré entre 4 et 6 milliards de francs et que le Conseil d’Etat, au delà de la fusion anecdotique de la CEH et de la CIA, avait promis d’engager dès 2010, ce qui ne sera manifestement pas le cas.

Si donc la dette a diminué, si elle paraît plus présentable, c’est clairement pour des motifs qui n’ont rien à voir avec une saine gestion des deniers publique. Ce résultat est surtout la conséquence des circonstances favorables qu’a connues Genève durant la législature, à savoir d’une part des recettes fiscales exceptionnellement élevées et d’autre part le report d’une partie de la dette cantonale sur celle des entreprises publique autonomes, report fictif puisque le canton reste caution de ces entreprises.

La diminution de la dette est certes bonne à prendre. Mais gare aux désillusions à venir et … à la mauvaise foi programmée de ceux qui tenteront de faire croire qu’ils ne sont pour rien dans les déficits très lourds qui ne manqueront pas de s’afficher dés 2011.

Pierre Kunz

17:38 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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