30/07/2009

Le "coup d'éclat permanent", version contemporaine de la jacquerie

Jean-Noël Cunéod publie ce jeudi dans la TdG un article consacré à l'impasse de ce qu'il appelle "le coup d'éclat permanent". Dans ce billet, comme d'habitude fermement argumenté et fort bien écrit, le journaliste met en évidence la voie sans issue dans laquelle se sont lancés, en France, les travailleurs adeptes des coups de force (séquestration de dirigeants, menaces de destruction des outils de production, etc) contre les entreprises amenées à procéder à des fermetures d'usines ou des licenciements massifs de personnels.

En complément de cet article il n'est pas inutile de rappeler que ce genre d'évènements est caractéristique de l'histoire de France et en parsème les siècles. Sous l'ancien régime on les apellait des "jacqueries" et plus récemment on les qualifie, généralement de manière totalement excessive, de "révoltes populaires" voire de "révolutions". Certaines prennent d'ailleurs aujourd'hui des formes franchement ubuesques, commes celles menées par José Bové et ses suiveurs contre les champs ensemencés en OGM ou contre McDonald's.

L'histoire montre que toujours on presque ces manifestations de désespoir, car c'est bien de cela qu'il s'agit, ont apporté plus de misère aux malheureux que de réponses à leurs attentes. Et il en ira de même cette fois encore.

Pourquoi les Français se comportent-ils ainsi ? Comment expliquer cette "spécialité culturelle" de notre grand voisin ?

On peut dire qu'il y a d'abord une habitude générale du peuple de France, née probablement dans les vieilles racines monarchiques et impériales du pays, de considérer qu'au "pouvoir", quel que soit le domaine où il s'exerce, appartient le devoir d'apporter le bonheur à ceux qui en dépendent. Aux patrons par exemple de garantir un emploi à tous les demandeurs d'emploi. Comme si, chez eux, l'avenir et le bonheur de nos voisins ne dépendait pas des individus et qu'il ne pouvait venir que "d'en-haut".

Dans le domaine des relations du travail il en découle une manière de concevoir le rapport patron-employé non pas comme une responsabilité commune des uns et des autres mais comme l'une des expressions de la lutte des classes, une lutte que seul l'Etat peut arbitrer. Et quand celui-ci ne peut ou ne veut pas agir, quand ce qu'il propose ne convient pas aux travailleurs s'installe la violence, aveugle et destructrice, de la masse.

Il faut reconnaître que le monde politique français cultive de manière particulièrement égoïste et perverse cette attitude infantile du peuple. Essentiellement parce qu'elle lui confère ce qu'il considère les marques évidentes de son importance et les fondements des privilèges qu'il s'arroge.

Par contre on comprend mal pourquoi le monde syndical français reste incapable de se distancer des modèles anachroniques et auto-destructeurs qu'il affiche depuis un demi-siècle. Des modèles qui privilégient les discours démagogiques et les exigences matérielles à court terme (plus de salaire, plus de congés, plus de "sécurité" de l'emploi, plus de blocages dans le fonctionnement du marché du travail, etc.). Des comportements qui nuisent aux intérêts bien compris et à long terme des salariés (mesure de la santé et du potentiel des entreprises, jugement sur leur gestion, formation et reformation des collaborateurs, flexibilité à l'embauche, etc.).

Des modèles particulièrement condamnables aujourd'hui puisqu'ils qui se refusent à prendre en compte les conséquences inéluctables de la libéralisation mondialisée des échanges sur le monde du travail et la nécessité de repenser la relation patron-travailleur. Le patron ou le directeur général, en 2009 encore moins que dans le passé, ne peut être considéré comme le dépositaire et le responsable de l'avenir de son salarié. Son entreprise, comme depuis toujours, ne saurait survivre sans ses collaborateurs, certes. Mais c'est croire à une fiction, véhiculée par certains courants de pensée politique, de croire que cette entreprise a un rôle prioritairement social. Ce rôle et les décisions qui vont avec ne peuvent être que de nature économique. Plus que jamais par conséquent il appartient au travailleur, avec l'aide de syndicats forts, compétents et cohérents, de veiller en toute indépendance d'esprit, et sans sentimentalisme à l'égard de son employeur, sur son futur et de le construire.

Mais évidemment dans le monde syndical français, généralement inculte économiquement et attaché à des croyances d'un autre âge, il demeure plus aisé de promettre à ses affiliés le maintien des droits acquis et de nouveaux avantages à prendre chez le patronat que de mettre en avant les exigences personnelles et les efforts individuels auxquelles les travailleurs devraient se soumettre.

 

 

 

 

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27/07/2009

Gare des Eaux-Vives, une argumentation futile

 

Les premières escarmouches relatives à la probable votation populaire sur l’avenir du CEVA ne laissent pas d’inquiéter. Les défenseurs du projet officiel font feu de tous bois, même de bois mouillé ou pourri, pour faire valoir leur cause.

Ainsi le Conseil d’Etat, incapable de construire les habitations dont les Genevois ont besoin, en est réduit à agiter son miroir aux alouettes et à affirmer que le seul moyen de sortir Genève de la pénurie de logements est … de construire des kilomètres de rail de chemin de fer !

C’est en tout cas le message qu’il a explicitement fait passer dans un article paru dans la TdG du weekend. M. David Hiler y informe la population que sur les friches de la gare des Eaux-Vives devraient s’ériger « un théâtre, 250 logements et 12'500 mètres carrés d’activités et de commerce pour autant que le référendum en cours d’annihile pas le projet ferroviaire CEVA ! »

Cette argumentation paraît bien futile et on voudrait que le gouvernement explique avec sérieux ce qui empêche, en l’absence du CEVA, la mise en valeur immobilière immédiate de ce périmètre fort bien desservi par le réseau actuel des TPG. Qu’il nous dise en quoi la nouvelle Comédie, les logements, les activités artisanales, industrielles et commerciales dont il parle auraient besoin du CEVA.

En vérité la mue du quartier de la gare des Eaux-Vives, envisagée depuis des lustres, comme tant d’autres projets dans le canton a accumulé les retards. Non pas dans l’attente du CEVA mis en scène par M. Robert Cramer seulement récemment mais tout simplement à cause de l’absence, vieille de trente ans, d’une volonté politique forte au sein du Conseil d’Etat en matière de développement immobilier et de construction de logements.

De ce qui précède il convient de tirer deux conclusions. La première est qu’il n’y a rien de sérieux dans l’argument selon lequel la mise en valeur du quartier de la gare des Eaux-Vives serait liée au CEVA.

La seconde, bien plus préoccupante, est que la réalisation à grands frais du CEVA, loin d’apporter une solution à la pénurie de logements dans notre canton, risquerait bien de la renforcer encore parce que nos autorités ne manqueraient pas ainsi de se sentir fondées à continuer d’inviter les Genevois à aller habiter « dans la région », en France voisine et en pays de Vaud.

Pierre Kunz

18:36 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/07/2009

CEVA, une "paille" à deux milliards !

Depuis quelques temps, les blogs foisonnent de propos au sujet du CEVA. Il faut dire que le référendum lancé par les opposants au tracé du RER voulu par nos autorités donnera certainement aux Genevois, et c’est heureux, l’occasion de se prononcer sur le fond de la question. Pas étonnant donc que les défenseurs du projet officiel commencent à fourbir leurs arguments et à les avancer.

Mais, disons-le clairement, il faudra qu’ils se révèlent plus sérieux que jusqu’à ce jour. Car pour l’instant ils en restent à des slogans. Pratiquement aucun chiffre ne vient étayer la valeur de leurs ambitions. On nous dit par exemple que

- le CEVA est " indispensable, prioritaire et urgent " ;

- qu’il est temps de rattraper " les vingt ans du honteux retard que nous avons accumulé sur la Suisse allemande " ;

- que le CEVA est essentiel pour " structurer " la région ;

- qu’il est temps de réaliser enfin ce projet " vieux d’un siècle " favorable au développement de notre canton ;

- qu’il faut faire le CEVA " et " le bouclement autoroutier de Genève " et " les 15'000 logements de Praille-Acacias-Vernets ;

- etc.

Qui voudrait bien, parmi les admirateurs du CEVA, montrer aux Genevois, chiffres à l’appui, en quoi le CEVA leur permettrait de vivre mieux dans vingt ans, dans quarante ans ? Qu’il apporte réellement une solution aux maux dont ils souffrent, eux qui n’ont pas mal à leur région mais qui manquent cruellement de logements et qui suffoquent dans le trafic automobile transfrontalier croissant).

Plus concrètement, eu égard à ces maux, qui voudrait bien répondre aux questions suivantes :

- comment pensent-il que le canton pourrait financer simultanément tous les énormes projets susmentionnés ?

- en quoi le CEVA est-il prioritaire sur la requalification de la zone PAV et les 15'000 logements que le Conseil d’Etat envisage d’y construire ?

- en quoi le CEVA est-il prioritaire sur l’aménagement de la zone d’activité de Colovrex, aménagement qui seul permettra la construction dans un délai décent des logements envisagés ?

- pourquoi le CEVA, s’agissant de la liaison des réseaux ferroviaires français et suisse, apporterait-il par définition une réponse plus favorable que celle d’un tunnel sous-lacustre avec ses avantages complémentaires (fin du cul-de-sac de la gare de Cointrin, ouverture d’une liaison Cointrin-Lausanne ou même Cointrin-Yverdon) ?

Pour l’instant, les quelques données chiffrées dont les Genevois disposent ne manquent pas de les inquiéter. C’est ainsi, aux dire des promoteurs du projet eux-mêmes, qu’en 2030 le CEVA transporterait chaque jour seulement 50'000 passagers, essentiellement des travailleurs frontaliers. Une " paille ", on l’admettra, en comparaison des … 500'000 personnes qui actuellement franchissent journellement la frontière genevoise en automobile.

Une " paille " à deux milliards !

Pierre Kunz

14:26 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

15/07/2009

Il faut ceser de renvoyer les diplômés étrangers ! Oui mais ...

 

 

 

Le député Guillaume Barazzone, nous dit la TdG de ce jour, « maintien sa pression sur le Conseil d’Etat » et l’invite à soutenir activement son combat contre le renvoi, lorsqu’ils ont achevé leurs études, des diplômés étrangers formés dans les universités helvétiques.

G. Barazzone a raison : ce renvoi constitue pour notre pays une aberration économique et scientifique. Economiquement il est bête de priver les entreprises suisses des collaborateurs de talent et très bien formés qu’elles peinent à trouver au sein de la population locale. Scientifiquement il est ridicule d’empêcher ces jeunes cerveaux de demeurer au sein des institutions universitaires ou privées qui aimeraient les embaucher à Bâle, Zurich ou Genève.

Mais G. Barazzone devrait poursuivre son analyse et aborder un plan qu’il omet de considérer, celui des effets pervers de notre gestion publique dans ce domaine, particulièrement à Genève. Voici pourquoi.

L’université de Genève compte un peu plus de 13'000 étudiants. Il est de notoriété publique que ceux-ci ne s’acquittent, lorsqu’ils n’en sont pas exonérés, que d’une taxe symbolique de Fr. 500.- par semestre. Or le coût annuel moyen d’un étudiant varie, suivant les facultés, entre Fr. 15'000.- et 100'000.- Les contribuables genevois et suisses consacrent donc des moyens considérables au fonctionnement de notre alma mater, autrement dit à la formation des jeunes gens qui y suivent des cours.

Nul ne saurait contester le bien-fondé de la prise en charge par les collectivités genevoise et des autres cantons du coût de cette formation pour près de 70 % des étudiants, genevois et suisses. Mais il est plus que contestable que cette gratuité valle aussi pour les plus de 4'000 étudiants étrangers enregistrés dans l’université du bout du lac qui représentent une dépense évaluable entre 60 et 80 millions de francs prélevés annuellement sur les impôts des contribuables du lieu.

Un philosophe du 19ème siècle aimait rappeler que « il faut se méfier des idées généreuses parce que plus elles le sont au départ moins elles le restent à l’arrivée ». En accordant cette gratuité aux étudiants étrangers, ceux provenant des pays pauvres en particulier, le rectorat de l’Université et nos autorités affichent une générosité coupable. Moins en dernière analyse à l’égard des contribuables genevois qu’à celui des régimes souvent corrompus de ces pays qui, au lieu de financer les études de leurs jeunes chez nous et de les obliger à rentrer à la fin de leur formation pour contribuer au progrès sanitaire, social et économique de leur communauté, peuvent investir leurs maigres ressources à des fins discutables.

On comprend en vertu de ce qui précède que G. Barazzone exprime son exaspération devant l’expulsion, à la fin de leur cursus, des étudiants étrangers. D’autant qu’en les chassant de Suisse nous les jetons dans les bras de pays occidentaux ou émergeants particulièrement heureux, eux, de les accueillir. Les autorités suisses doivent effectivement prendre rapidement des mesures pour mettre un terme à une situation stupide.

Mais G. Barazzone devrait également inviter ces autorités, qui aiment afficher leurs ambitions dans le domaine de l’aide au développement, à revoir non moins urgemment leur manière de concevoir l’accueil de la jeunesse estudiantine des pays pauvres. Et reconnaître que pour Genève et la Suisse former gratuitement et sans contrepartie l’élite intellectuelle de ces pays ne constitue que rarement une aide à leur développement. Au contraire, en agissant ainsi, notre pays contribue à en favoriser l’expatriation des meilleurs sujets.

Pierre Kunz

16:40 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

01/07/2009

Constituante : gaspillage ?

 

Plusieurs milieux se sont émus des dépenses liées au fonctionnement de la Constituante. Ce fut en particulier le cas au sein de la Commission des finances du Grand Conseil qui n’a pas donné son aval au budget 2009 adopté par l’Assemblée constituante à cause du dépassement qu’il fait ressortir par rapport à l’enveloppe initialement accordée par le Grand Conseil.

Il y a de quoi s’étonner des commentaires de certains membres de la Commission des finances qui s’attachent à des points de détails, notamment au prix des ordinateurs remis en prêt aux constituants et aux frais soit disant générés par la coprésidence à quatre de l’Assemblée. Celle-ci n’est en effet pas plus coûteuse que la présidence, unique, du Grand Conseil.

Pourtant les députés « pourfendeurs » de la Constituante, ne pipent mot au sujet du poste le plus important, et de loin, du budget, à savoir les jetons de présence. Et pour cause : ils savent bien que ces jetons, fixés par les députés à Fr. 110.- par heure, sont identiques aux leurs, c’est-à-dire qu’ils sont … à un montant double de ceux que touchent leurs collègues vaudois ou fribourgeois. Pas étonnant donc que l’enveloppe financière globale de la Constituante genevoise atteigne elle-aussi un niveau nettement plus élevé que celle de nos collègues vaudois et fribourgeois.

Néanmoins, certains postes peuvent et doivent effectivement être revus. Les élus du groupe Radical Ouverture, comme ceux des groupes Libéral et GeAvance, ont dès les premiers débats manifestés leur opposition aux « indemnités de groupe » qui leur paraissent abusives et non conformes à la loi. Ils ont également d’emblée rejeté l’idée, et les Fr 660'000.- de dépense annuelle qui vont avec, de servir les groupe par des « assistant parlementaires ». Les onze assistants prévus, un par groupe, peuvent en effet avantageusement être remplacés par trois « secrétaires scientifiques de commission», engagés à temps partiel et à disposition de tous les groupes, dont le coût ne dépasserait pas le quart du montant porté au budget.

Malheureusement ces demandes ont été rejetées par une majorité du Bureau et de la Constituante. Mais on peut espérer, notamment en suite aux péripéties actuelles, que pour les exercices 2010 à 2012 il en ira différemment.

Pierre Kunz

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