15/07/2009

Il faut ceser de renvoyer les diplômés étrangers ! Oui mais ...

 

 

 

Le député Guillaume Barazzone, nous dit la TdG de ce jour, « maintien sa pression sur le Conseil d’Etat » et l’invite à soutenir activement son combat contre le renvoi, lorsqu’ils ont achevé leurs études, des diplômés étrangers formés dans les universités helvétiques.

G. Barazzone a raison : ce renvoi constitue pour notre pays une aberration économique et scientifique. Economiquement il est bête de priver les entreprises suisses des collaborateurs de talent et très bien formés qu’elles peinent à trouver au sein de la population locale. Scientifiquement il est ridicule d’empêcher ces jeunes cerveaux de demeurer au sein des institutions universitaires ou privées qui aimeraient les embaucher à Bâle, Zurich ou Genève.

Mais G. Barazzone devrait poursuivre son analyse et aborder un plan qu’il omet de considérer, celui des effets pervers de notre gestion publique dans ce domaine, particulièrement à Genève. Voici pourquoi.

L’université de Genève compte un peu plus de 13'000 étudiants. Il est de notoriété publique que ceux-ci ne s’acquittent, lorsqu’ils n’en sont pas exonérés, que d’une taxe symbolique de Fr. 500.- par semestre. Or le coût annuel moyen d’un étudiant varie, suivant les facultés, entre Fr. 15'000.- et 100'000.- Les contribuables genevois et suisses consacrent donc des moyens considérables au fonctionnement de notre alma mater, autrement dit à la formation des jeunes gens qui y suivent des cours.

Nul ne saurait contester le bien-fondé de la prise en charge par les collectivités genevoise et des autres cantons du coût de cette formation pour près de 70 % des étudiants, genevois et suisses. Mais il est plus que contestable que cette gratuité valle aussi pour les plus de 4'000 étudiants étrangers enregistrés dans l’université du bout du lac qui représentent une dépense évaluable entre 60 et 80 millions de francs prélevés annuellement sur les impôts des contribuables du lieu.

Un philosophe du 19ème siècle aimait rappeler que « il faut se méfier des idées généreuses parce que plus elles le sont au départ moins elles le restent à l’arrivée ». En accordant cette gratuité aux étudiants étrangers, ceux provenant des pays pauvres en particulier, le rectorat de l’Université et nos autorités affichent une générosité coupable. Moins en dernière analyse à l’égard des contribuables genevois qu’à celui des régimes souvent corrompus de ces pays qui, au lieu de financer les études de leurs jeunes chez nous et de les obliger à rentrer à la fin de leur formation pour contribuer au progrès sanitaire, social et économique de leur communauté, peuvent investir leurs maigres ressources à des fins discutables.

On comprend en vertu de ce qui précède que G. Barazzone exprime son exaspération devant l’expulsion, à la fin de leur cursus, des étudiants étrangers. D’autant qu’en les chassant de Suisse nous les jetons dans les bras de pays occidentaux ou émergeants particulièrement heureux, eux, de les accueillir. Les autorités suisses doivent effectivement prendre rapidement des mesures pour mettre un terme à une situation stupide.

Mais G. Barazzone devrait également inviter ces autorités, qui aiment afficher leurs ambitions dans le domaine de l’aide au développement, à revoir non moins urgemment leur manière de concevoir l’accueil de la jeunesse estudiantine des pays pauvres. Et reconnaître que pour Genève et la Suisse former gratuitement et sans contrepartie l’élite intellectuelle de ces pays ne constitue que rarement une aide à leur développement. Au contraire, en agissant ainsi, notre pays contribue à en favoriser l’expatriation des meilleurs sujets.

Pierre Kunz

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