19/06/2009

Pour une élection politique du Conseil fédéral

 

 

Le Conseiller national Antonio Hodgers signe ce jour un article intéressant dans les colonnes de la TdG. Un article qu’il termine par les mots suivants : « Il est temps de prendre l’élection du Conseil fédéral pour ce qu’elle est avant tout : un choix politique ».

Il faut saluer cette ambition. Mais en même temps regretter que l’auteur n’insiste pas sur la réforme que cette ambition implique dans nos mœurs électorales. Il est dommage qu’il ne montre pas dans son papier que, dans le cadre des institutions politiques du pays, cette ambition est irréaliste. Dans le contexte actuel nous sommes en effet condamnés à des élections fondées sur les calculs d’apothicaire des partis et sur la mesquinerie des règlements de compte individuels.

A propos du Conseil fédéral, au sujet des gouvernements cantonaux aussi, on nous a tellement parlé, depuis un demi-siècle, de concordance, de collégialité, de représentation des minorités et des régions linguistiques que plus personne ne semble se soucier de ce qu’est un gouvernement et ce que signifie « gouverner ». Il est donc bon de procéder à un rappel.

Gouverner, dit le Larousse, c’est « diriger à l’aide d’un gouvernail ; c’est exercer la direction suprême des intérêts de l’Etat ». On doit compléter cette définition en rappelant qu’en démocratie les intérêts de l’Etat sont ceux perçus et énoncés par le peuple et le parlement.

Le cirque médiatique qui s’est développé autour de la succession Couchepin, la manière dont les partis politiques et les cantons se manifestent à cette occasion déçoivent mais ne surprennent pas ceux qui attendent du Conseil fédéral une vision de l’avenir de notre pays, un projet politique qui l’illustre et une stratégie pour le mettre en œuvre. Pour eux le remplacement d’un ministre démissionnaire devrait se résumer au choix d’une personnalité adhérant à cette vision, ce projet et cette stratégie.

Or dans les péripéties du moment il est question de tout sauf de politique. Et ce n’est guère étonnant puisque le Conseil fédéral ne dispose pas du gouvernail, pas de programme de gouvernement.

Tel parti revendique le siège qu’il a perdu quelques années auparavant, tel autre celui qu’il n’a encore jamais réussi à obtenir. Tel canton fait le forcing pour qu’au sein du Conseil fédéral on reparle la langue de Dante, tel autre se manifeste parce qu’il n’y est plus représenté depuis longtemps. Où s’est perdu dans ces égoïsmes l’intérêt général du pays ? Où se manifeste dans ces particularismes la politique ? Qui fait la part, dans ces questions d’intendance et ces particularismes, de l’efficacité gouvernementale et de l’avenir de la Suisse ?

Questions naïves, répondront ceux qui savent que les institutions gouvernementales helvétiques sont anachroniques et incompatibles avec une saine et efficace gouvernance. Des institutions qui depuis les années 1930 ont peu à peu privilégié la mise en place de gouvernements, cantonaux et fédéral, élus à la proportionnelle. Des gouvernements dont on dit qu’ils sont « consensuels  et collégiaux» mais qui, dans les faits, à Berne comme et dans les cantons, ne guident pas la Suisse. Le pays et les cantons sont simplement administrés par des collèges sans couleur politique, sans orientation claire, sans programme de législature et par des ministres surprotégés, jamais appelés à assumer leurs responsabilités d’homme d’Etat … sauf lorsqu’ils font preuve d’allant et d’esprit réformateur.

C’est cette faiblesse institutionnelle, qui se révèle chaque jour plus dangereuse pour notre pays dans le monde peu prévisible et férocement compétitif qui nous entoure désormais, que nous devons surmonter. D’ici là les Suisses et les parlementaires fédéraux continueront à élire leurs gouvernements, cantonaux et fédéral, dans une grande loterie et au tire-pipe. La succession Couchepin ne fera pas exception.

Pierre Kunz

12:51 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook