26/05/2009

LaMal, de rustine en rustine vers le cercueil

 

Les primes de nos assurances maladie vont donc augmenter de 15 % en moyenne. Voilà qui ne constitue une surprise que pour ceux qui n’ont pas encore compris, ou qui feignent de ne pas avoir encore compris, que le système d’assurance santé helvétique, fondé sur la LaMal est rongé de l’intérieur et que rien ne permettra de la sauver.

En fait notre système ne présente qu’un seul avantage, il est énorme. Il oblige tous les acteurs, année après année, à regarder de face ses coûts et à les couvrir. D’où les empoignades annuelles que nous connaissons.

Mais il s’agit d’un système qui porte en lui les germes de son démantèlement inéluctable : aucun des acteurs, qu’il s’agisse des politiciens, des médecins, des assureurs ou des assurés, n’a en effet l’ambition sérieuse d’en limiter les coûts. Ils n’y ont même aucun intérêt. Le monde politique n’entend pas déplaire à ses électeurs, les médecins doivent penser à leurs revenus, les assureurs ne sont invités qu’à équilibrer leurs comptes et les cotisants veulent, conformément à ce qui leur a été promis, les soins les meilleurs pour tous.

De réformette et pseudo-réforme, de promesse intenable en discours démagogique le Conseil fédéral et le parlement évitent depuis des années de retirer les clous qu’au moment où ils ont fait accepter la LaMal au peuple suisse ils ont enfoncés dans le cercueil de notre système d’assurance santé.

Ces clous sont en premier lieu la promesse intenable d’une médecine à « une vitesse », c’est-à-dire la meilleure, la plus sophistiquée pour tous. En est découlé un catalogue de soins dits « de base » extrêmement vaste et excessivement coûteux.

En deuxième lieu on doit mentionner les médecins qui, en acceptant de se soumettre à la LaMal, ont obtenu certes une certaine sécurité mais ont simultanément perdu de facto leur statut de profession libérale et se sont livrés aux mains des politiciens. A tel point que d’aucun ose aujourd’hui envisager publiquement de faire salarier les praticiens par l’Etat.

Par ailleurs l’obligation de contracter, à savoir celle faites aux assureurs de « travailler » avec tous les médecins, donne à ces compagnies une excuse aisée aux hausses annuelles des primes.

Enfin, dans les cantons, les ministres de la santé se sont vu offrir un véritable fauteuil ré-électoral. Dès l’origine ils ont reçu carte blanche pour orienter l’activité des hôpitaux vers un usage abusif de la médecine ambulatoire, payée par les cotisants. Ce qui leur a permis notamment de trouver les ressources nécessaires d’une part au subventionnement des primes payées par leurs électeurs, d’autre part de favoriser, dans les hôpitaux universitaires, la course permanente des corps professoraux aux équipements de santé les plus perfectionnés, quel qu’en soit le coût et le taux d’utilisation.

Quand la fin interviendra-elle ? Difficile à dire car la Suisse est un pays riche et conservateur, peu disposé au chambardement même quand il souffre. Mais gageons que dans cinq ans la LaMal aura vécu, que l’obligation de contracter aura été suspendue, que les hôpitaux seront forcés d’être plus raisonnables, que le catalogue des soins de base aura été nettement réduit et que les primes seront partiellement payées en proportion du revenu des assurés.

Pierre Kunz

09:34 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

17/05/2009

Retraites : le choc dont personne ne veut encore parler

L’enquête de Swisscanto, dont le résultat a été publié la semaine dernière, n’a au fond qu’un seul mérite, celui de chiffrer de manière relativement précise les dégâts occasionnés par la crise boursière sur l’équilibre des caisses de pension privées helvétique. Tant il est vrai qu’il n’était jusque là pas réservé aux polytechniciens de comprendre qu’une large partie de ces caisses étaient depuis un an en sous-couverture.

Les observateurs attentifs savent en effet depuis bien des années que, s’ajoutant à l’évolution démographique et à la péjoration du rapport actifs/non actifs, il suffirait d’une baisse marquée des marchés boursiers et/ou d’une chute des taux d’intérêt pour que les institutions de prévoyance se retrouvent en majorité dans les chiffres rouges. Et que, bien évidemment, elles soient forcées d’envisager de faire supporter, au titre de leur assainissement, des sacrifices à leurs rentiers et à leurs cotisants.

Ces sacrifices, auxquels les employeurs seront d’ailleurs amenés à participer sous forme de renflouements des caisses et de l’augmentation de leurs propres cotisations, n’apparaissent choquants qu’aux yeux de ceux qui ont naïvement cru que dans une structure fondée sur la capitalisation les prestations de retraites peuvent être garanties en toutes circonstances et pour toujours. Dans ce domaine comme dans d’autre le réveil est douloureux même si, il convient de la souligner, dans son ensemble la formule des trois piliers (AVS, caisse de pension et épargne privée) que nous connaissons constitue certainement le système le plus efficace du monde, à condition qu’on le considère à l’aune du réalisme et de l’honnêteté politique et que la responsabilité individuelle n’en soit pas exclue.

Or c’est précisément ce manque d’honnêteté politique qui, particulièrement en Suisse romande, masque le deuxième choc, à venir, dans le secteur des caisses de pension. Il s’agit de l’état autrement grave des institutions de prévoyance publiques telles que la CIA genevoise. Nous allons bientôt apprendre que le taux de couverture de cette dernière, dont les prestations sont plus généreuses que la quasi-totalité des caisses privées du canton, s’est probablement abaissé en-dessous de 60 % et que l’effort de son assainissement, ajouté à celui des autres caisses publiques du canton en sous-couverture, portera sur 3 à 5 milliards de francs.

Certes, rien n’oblige à procéder à court terme à cet assainissement, celui-ci pouvant s’opérer sur plusieurs décennies. Il n’en reste pas moins que ce sont les contribuables qui devront prendre en charge quasiment l’entièreté de cette coûteuse opération de renflouage. Des contribuables qui auront été obligés de consentir de pénibles sacrifices pour remettre à flots leur propre caisse de pension et qui ne manqueront pas, on les comprend, de manifester bruyamment et violemment leur révolte.

Mais de cela les autorités cantonales, genevoises en particulier, semblent se moquer. Elles ont bien entamés une lente procédure de réunification de certaines caisses. Mais cette procédure demeure essentiellement cosmétique, n’apporte pas de mieux en matière de désendettement et ne vise absolument pas à remettre en cause le principe de la primauté des prestations ou à accroître la part de cotisation à charge fonctionnaires. L’Etat continue donc de promouvoir le déséquilibre des caisses de prévoyance publiques et à payer … ce que les contribuables de demain devront rembourser.

Voilà pourtant qui ne retient pas le ministre en charge de cette problématique, M. David Hiler, de poursuivre sa campagne pour sa réélection au nom … du développement durable. Allez comprendre !

Pierre Kunz

 

15:24 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/05/2009

Isolation des bâtiments : l'écologie s'encouble aux réalités économiques

Les chroniqueurs de la TdG de ce jour paraissent découvrir que les locataires vont devoir in fine supporter le coût des rénovations destinées à rendre l’habitat moins gourmand en énergie. Et ils s’étonnent que les députés doivent se résoudre à cette formule dans la rédaction de la nouvelle loi sur l’énergie.

La surprise affichée par le monde journalistique est curieuse. Elle donne l’impression qu’il n’a jamais compris que, dans une économie libérale, ce sont toujours les consommateurs qui paient les coûts de production des produits et des services qu’ils achètent. S’il n’en allait pas ainsi les entreprises qui vendent ces produits et ces services ne couvriraient pas leurs frais et fermeraient rapidement leurs portes. C'est une réalité incontournable également dans le logement.

Les défenseurs des locataires prétendent comme d’habitude que « le secteur du logement n’est pas un secteur économique comme les autres, qu’il couvre un domaine essentiel qui doit être soustrait à la loi du marché ». Et ils affirment, parce que les locataires sont subitement confrontés aux conséquences et aux coûts de la protection de l’environnement, « qu’on se paye de leur tête ». Puisque, disent-ils, « grâce à l’augmentation consécutive de la valeur de leur bien immobilier » les vrais bénéficiaires des travaux seront les propriétaires, il revient à ceux-ci d’en supporter intégralement la charge.

Ce n’est pas, contrairement à ce qu’affirme le chroniqueur de la TdG, la position de nos députés qui est stupide mais bien la manière de raisonner de l’Asloca. Tout simplement parce qu’il est faux de croire que la valeur d'un immeuble peut croître si sa valeur de rendement baisse. Or c’est bien ce qui se passerait si les travaux d’isolation revenaient intégralement à charge du propriétaire sans adaptation des loyers à la hausse. En fait, dans le meilleur des cas, la valeur du bien va demeurer inchangée.

De ce qui précède, il convient de tirer un enseignement et une interrogation.

En premier lieu, il est bon de souligner l’aspect exemplaire du problème posé. Nous commençons à comprendre que la lutte contre le réchauffement climatique à un coût. Contrairement au contenu des discours lénifiants – par exemple la société à 2000 watts atteignable sans réduction du confort des Suisses - dont nos élus fédéraux et cantonaux ont ditillés au cours des dernières années, nous sommes tous condamnés à en supporter une part, même dans les domaines moins anecdotiques que celui du carburant de nos bagnoles. « Les bons offices » attendus en l’occurrence de Robert Cramer n’y changeront rien. Misons plutôt sur la baisse des frais de chauffage qui accompagneront l’augmentation des loyers.

Deuxièmement, on peut désormais espérer que les citoyens de ce canton vont commencer à se poser quelques questions quant aux priorités fixées par le Conseil d’Etat en matière énergétique. La première venant à l’esprit est évidemment celle-ci : au lieu d’investir 200 millions de francs dans la construction au Lignon d’une usine à gaz destinée à fabriquer de l’électricité - que paradoxalement notre gouvernement nous incite par ailleurs à économiser - ne vaudrait-il pas mieux affecter cette somme au subventionnement partiel des travaux entrepris par les propriétaires afin de limiter les hausses de loyer qui en seront inéluctablement la conséquence ?

Pierre Kunz

16:52 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook