17/05/2009

Retraites : le choc dont personne ne veut encore parler

L’enquête de Swisscanto, dont le résultat a été publié la semaine dernière, n’a au fond qu’un seul mérite, celui de chiffrer de manière relativement précise les dégâts occasionnés par la crise boursière sur l’équilibre des caisses de pension privées helvétique. Tant il est vrai qu’il n’était jusque là pas réservé aux polytechniciens de comprendre qu’une large partie de ces caisses étaient depuis un an en sous-couverture.

Les observateurs attentifs savent en effet depuis bien des années que, s’ajoutant à l’évolution démographique et à la péjoration du rapport actifs/non actifs, il suffirait d’une baisse marquée des marchés boursiers et/ou d’une chute des taux d’intérêt pour que les institutions de prévoyance se retrouvent en majorité dans les chiffres rouges. Et que, bien évidemment, elles soient forcées d’envisager de faire supporter, au titre de leur assainissement, des sacrifices à leurs rentiers et à leurs cotisants.

Ces sacrifices, auxquels les employeurs seront d’ailleurs amenés à participer sous forme de renflouements des caisses et de l’augmentation de leurs propres cotisations, n’apparaissent choquants qu’aux yeux de ceux qui ont naïvement cru que dans une structure fondée sur la capitalisation les prestations de retraites peuvent être garanties en toutes circonstances et pour toujours. Dans ce domaine comme dans d’autre le réveil est douloureux même si, il convient de la souligner, dans son ensemble la formule des trois piliers (AVS, caisse de pension et épargne privée) que nous connaissons constitue certainement le système le plus efficace du monde, à condition qu’on le considère à l’aune du réalisme et de l’honnêteté politique et que la responsabilité individuelle n’en soit pas exclue.

Or c’est précisément ce manque d’honnêteté politique qui, particulièrement en Suisse romande, masque le deuxième choc, à venir, dans le secteur des caisses de pension. Il s’agit de l’état autrement grave des institutions de prévoyance publiques telles que la CIA genevoise. Nous allons bientôt apprendre que le taux de couverture de cette dernière, dont les prestations sont plus généreuses que la quasi-totalité des caisses privées du canton, s’est probablement abaissé en-dessous de 60 % et que l’effort de son assainissement, ajouté à celui des autres caisses publiques du canton en sous-couverture, portera sur 3 à 5 milliards de francs.

Certes, rien n’oblige à procéder à court terme à cet assainissement, celui-ci pouvant s’opérer sur plusieurs décennies. Il n’en reste pas moins que ce sont les contribuables qui devront prendre en charge quasiment l’entièreté de cette coûteuse opération de renflouage. Des contribuables qui auront été obligés de consentir de pénibles sacrifices pour remettre à flots leur propre caisse de pension et qui ne manqueront pas, on les comprend, de manifester bruyamment et violemment leur révolte.

Mais de cela les autorités cantonales, genevoises en particulier, semblent se moquer. Elles ont bien entamés une lente procédure de réunification de certaines caisses. Mais cette procédure demeure essentiellement cosmétique, n’apporte pas de mieux en matière de désendettement et ne vise absolument pas à remettre en cause le principe de la primauté des prestations ou à accroître la part de cotisation à charge fonctionnaires. L’Etat continue donc de promouvoir le déséquilibre des caisses de prévoyance publiques et à payer … ce que les contribuables de demain devront rembourser.

Voilà pourtant qui ne retient pas le ministre en charge de cette problématique, M. David Hiler, de poursuivre sa campagne pour sa réélection au nom … du développement durable. Allez comprendre !

Pierre Kunz

 

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