13/05/2009

Isolation des bâtiments : l'écologie s'encouble aux réalités économiques

Les chroniqueurs de la TdG de ce jour paraissent découvrir que les locataires vont devoir in fine supporter le coût des rénovations destinées à rendre l’habitat moins gourmand en énergie. Et ils s’étonnent que les députés doivent se résoudre à cette formule dans la rédaction de la nouvelle loi sur l’énergie.

La surprise affichée par le monde journalistique est curieuse. Elle donne l’impression qu’il n’a jamais compris que, dans une économie libérale, ce sont toujours les consommateurs qui paient les coûts de production des produits et des services qu’ils achètent. S’il n’en allait pas ainsi les entreprises qui vendent ces produits et ces services ne couvriraient pas leurs frais et fermeraient rapidement leurs portes. C'est une réalité incontournable également dans le logement.

Les défenseurs des locataires prétendent comme d’habitude que « le secteur du logement n’est pas un secteur économique comme les autres, qu’il couvre un domaine essentiel qui doit être soustrait à la loi du marché ». Et ils affirment, parce que les locataires sont subitement confrontés aux conséquences et aux coûts de la protection de l’environnement, « qu’on se paye de leur tête ». Puisque, disent-ils, « grâce à l’augmentation consécutive de la valeur de leur bien immobilier » les vrais bénéficiaires des travaux seront les propriétaires, il revient à ceux-ci d’en supporter intégralement la charge.

Ce n’est pas, contrairement à ce qu’affirme le chroniqueur de la TdG, la position de nos députés qui est stupide mais bien la manière de raisonner de l’Asloca. Tout simplement parce qu’il est faux de croire que la valeur d'un immeuble peut croître si sa valeur de rendement baisse. Or c’est bien ce qui se passerait si les travaux d’isolation revenaient intégralement à charge du propriétaire sans adaptation des loyers à la hausse. En fait, dans le meilleur des cas, la valeur du bien va demeurer inchangée.

De ce qui précède, il convient de tirer un enseignement et une interrogation.

En premier lieu, il est bon de souligner l’aspect exemplaire du problème posé. Nous commençons à comprendre que la lutte contre le réchauffement climatique à un coût. Contrairement au contenu des discours lénifiants – par exemple la société à 2000 watts atteignable sans réduction du confort des Suisses - dont nos élus fédéraux et cantonaux ont ditillés au cours des dernières années, nous sommes tous condamnés à en supporter une part, même dans les domaines moins anecdotiques que celui du carburant de nos bagnoles. « Les bons offices » attendus en l’occurrence de Robert Cramer n’y changeront rien. Misons plutôt sur la baisse des frais de chauffage qui accompagneront l’augmentation des loyers.

Deuxièmement, on peut désormais espérer que les citoyens de ce canton vont commencer à se poser quelques questions quant aux priorités fixées par le Conseil d’Etat en matière énergétique. La première venant à l’esprit est évidemment celle-ci : au lieu d’investir 200 millions de francs dans la construction au Lignon d’une usine à gaz destinée à fabriquer de l’électricité - que paradoxalement notre gouvernement nous incite par ailleurs à économiser - ne vaudrait-il pas mieux affecter cette somme au subventionnement partiel des travaux entrepris par les propriétaires afin de limiter les hausses de loyer qui en seront inéluctablement la conséquence ?

Pierre Kunz

16:52 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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