28/04/2009

Que valent nos conseillers d'Etat ?

Les médias ont hâte de faire débuter la campagne électorale, surtout celle relative au Conseil d'Etat. Le premier exercice auquel les journalistes et les animateurs radio/TV commencent à se livrer consiste à mobiliser les politiciens et commentateurs de tous horizons afin qu'ils s'expriment sur les conseillers d'Etat candidats à leur réélection et sur le bilan quadriennal de ceux-ci.

Il faut le dire clairement cet exercice ne peut à première vue rester que superficiel et inéquitable. Comment en effet tirer objectivement le bilan individuel d'un conseiller d'Etat qui ne peut agir ... qu'avec l'assentiment de ses six collègues ? Comment juger ces hommes soumis à l'évidence à des institutions visant avant toute chose à les empêcher de prendre la moindre initiative susceptible de perturber la "collégialité" et la bonne entente gouvernementale ?

La manière dont nous concevons, à Genève comme en Suisse, le fonctionnement gouvernemental impose semble-t-il, que l'on juge les résultats du Conseil d'Etat dans son ensemble. C'est la totalité de ce dernier qui mérite la louange ou le blâme, pas les ministre qui, ainsi surprotégés, ont beau jeu de rejeter toute responsabilité dans l'échec de la politique annoncée par leur département respectif en début de législature.

L'honnêteté comande donc, lorsqu'il est question de l'un ou l'autre des conseiller d'Etat, de nuancer le jugement qu'on exprime à son sujet.

Il n'en reste pas moins que même dans un système aussi déresponsabilisant pour les intéressés, un système dans lequel le Grand Conseil lui-même est amené à se priver de son devoir critique, le peuple attend de ses élus, lorsque les problèmes prennent une acuité insupportable, quand l'avenir du canton est en jeu, qu'ils aient le courage de transgresser la règle "sacro-sainte " de la collégialité. Qu'ils outrepassent la coutume paralysante de "l'unité gouvernementale" et de l'inaction. Qu'ils osent engager la lutte contre l'habitude et la facilité conservatrices.

Au cours de la législature qui s'achève les questions les plus essentielles pour l'avenir de Genève ont fait l'objet de déclarations vibrantes du gouvernement genevois. Il s'agit d'une part du frein à l'explosion des dépenses de fonctionnement de l'Etat et d'autre part de la construction de logements. Or aujourd'hui le constat est patent : les dépenses publiques ont grossi de manière totalement démesurée par rapport au PFQ et jamais depuis les années 1950 on n'a construit aussi peu de logements dans le canton qu'entre 2005 et 2009.

Certes, répétons-le, les ministres en charge de ces deux questions, MM. David Hiler et Mark Muller, ne pouvaient agir seuls pour régler ces deux immenses problèmes. Il n'en reste pas moins qu'ils incarnaient, et incarnent toujours aux yeux des Genevois, les engagements que le Conseil d'Etat, en début de législature, a pris sur ces questions dans son Discours de Saint-Pierre. Aujourd'hui il est donc juste que ce soit d'eux que la population exige l'explication de l'échec du Conseil d'Etat dans ces domaines, que ce soit à eux d'abord qu'elle réclame des comptes et qu'elle demande pourquoi ils n'ont pas été capables d'entraîner leurs collègues sur la voie du progrès promis.

Pierre Kunz

 

 

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26/04/2009

La jacquerie, vieille coutume française

 

Nombreux sont ceux qui, en Suisse, ont été stupéfaits en prenant connaissance des coups de force menés depuis quelques temps par le monde ouvrier français. Des opérations violentes qui ont pris la forme de la paralysie d'installations portuaires, du séquestre de dirigeants d’entreprises, de l’envahissement de locaux de ces dernières et du saccage de bâtiments publics. Comment est-il possible que ces agissements aberrants, aussi chimériques qu’improductifs, qu’on croyait caractéristiques de pays à la démocratie encore incertaine, puissent au début du 21ème siècle se produire à notre frontière ?

La « jacquerie », car c’est bien de cela qu’il s’agit, constitue en fait une ancienne coutume gauloise. Ce mot, nous dit le Larousse, signifie « soulèvement des classes pauvres contre les classes riches » et le premier exemple en est celui de l’insurrection paysanne qui éclata dans le Beauvais en 1358. Une insurrection qui se termina mal pour les « jacques » à cause de leur attitude indisciplinée et brutale. Une indiscipline et une brutalité anarchique qui caractérisent les événements, faisant l’objet de ce billet, qu’il faut bien appeler encore aujourd’hui des jacqueries.

Nos voisins n’ont jamais renoncé à la jacquerie et l’histoire récente nous en donne plusieurs illustrations : l’appropriation par les ouvriers des usines Lipp à Besançon en 1973, l’insurrection des mineurs dans le bassin houiller en 1963, la révolte estudiantine de mai 1968 ou encore les opérations de vandalisme menées voici quelques années par José Bové et ses sectateurs. Cette histoire nous montre aussi que chaque fois ces mouvements se sont achevés sur un échec.

Pourquoi donc la France ne parvient-elle pas à s’extraire de ces soubresauts illusoires ? On peut donner une triple réponse à cette question.

En premier lieu il faut mentionner que le droit du travail, en France, ne se décline qu’en termes législatifs. Le monde syndical, faiblement représentatif, divisé et par conséquent porté à l’outrance, tend à n’interpréter ce droit qu’à l’éclairage de la lutte des classes, le plus violemment possible. Fait manifestement défaut, entre le législateur et le monde de l’entreprise, un échelon de lubrification, celui qui est construit chez nous autour du faisceau des conventions collectives et de l’habitude de la négociation.

On ne saurait nier par ailleurs que les Français sont demeurés enracinés dans les reflexes propres à un peuple monarchiste. Ils sont ainsi poussés, chaque fois qu’une crise sociale ou économique survient, à lever la tête vers le pouvoir, à tendre les mains vers lui et à attendre, comme au temps du Roi soleil, qu’il résolve les problèmes de la nation. Comme si le peuple n’y pouvait rien.

Enfin, il y a le populisme et la démagogie si caractéristiques de la vie politique française. Avec un président qui, chaque fois qu’il se trouve confronté à la contestation d’une partie de la population, ne peut s’empêcher de la prendre à son compte et de s’enferrer dans des promesses intenables. Et avec des députés qui, régulièrement se laissent aller à des propositions délirantes, comme celle visant à nationaliser les usines manifestement non rentables que leurs propriétaires entendent fermer.

Dans ces conditions on voit mal la France évoluer vers davantage de pragmatisme et de raison. Tout laisse donc penser que la jacquerie, cette coutume d’un autre âge souvent flattée par des médias mal inspirés, continuera encore longtemps à alimenter l’histoire du pays.

Pierre Kunz

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