29/03/2009

Derrière le minaret

On l’a probablement compris, la question – oui ou non à la construction de minarets sur notre sol – à laquelle les Suisses seront bientôt appelés à répondre reste anecdotique. Le véritable enjeu soulevé par la votation réside dans une interrogation bien plus vaste : faut-il considérer l’Islam comme une idéologie dangereuse, incompatible avec notre société occidentale ou, au contraire, simplement comme une autre religion européenne ?

La réponse qu’il reviendra à chacun de donner à cette question est délicate à dégager car brouillée par de nombreux facteurs. Brouillée d’une manière générale chez nous par les peurs. Brouillée à l’extérieur par les excès meurtriers des extrémistes, par l’image que nous envoient les régimes autocratiques des pays musulmans, par l’archaïsme des structures sociales et politiques de ces derniers, par l’intolérance religieuse qui y règne encore. Il s’agit par conséquent de prendre ses distances à l’égard des passions qui brûlent la raison.

L’histoire, heureusement, montre la voie à suivre. Qu’on se remémore, au sortir de guerres de religion ravageuses, le pas gigantesque qu’a dû accomplir l’Europe lorsque les Catholiques ont finis par reconnaître aux Réformés le droit d’afficher leurs convictions et d’exercer leurs cultes dans des lieux visibles. Qu’on se rappelle, au 19ème siècle, la tolérance dont nos ancêtres ont fait preuve quand Genève a accordé aux Juifs et aux Orthodoxes non seulement la liberté cultuelle mais encore des terres pour y ériger leurs églises.

Les Etats européens, la Suisse, Genève ont-ils aujourd’hui des motifs, en ont-ils jamais eus, de regretter d’avoir su accepter et respecter l’autre ? D’avoir su l’intégrer avec sa différence religieuse ?

Ils sont nombreux – près d’un cinquième des Européens selon certaines enquêtes – ceux qui demeurent convaincus que l’Islam est tout simplement incompatible avec la démocratie et les droits de l’homme. D’ailleurs une partie des Musulmans eux-mêmes le pensent. Mais n’est-ce pas avoir décidemment bien peu de foi dans nos institutions que de croire qu’une minorité aussi peu nombreuse que celle des Musulmans en Europe et en Suisse pourrait les mettre en danger ? N’est-il pas raisonnable au contraire, comme nos aïeuls, de se persuader de la valeur et de la capacité intégratrice de notre civilisation ?

Il est indispensable certes que nous contribuions concrètement à cette intégration, en particulier en autorisant, dans le cadre de notre législation, les Musulmans à ériger fièrement leurs lieux de culte et en leur accordant toute liberté de les utiliser. Mais aussi, comme les Français le font depuis plusieurs années, comme les Allemands l’ont entrepris ce mois, de veiller que les imams ne restent pas coupés de la société laïque dans laquelle ils sont appelés à vivre, qu’ils soient en tout cas largement éduqués en Suisse, qu’ils parlent notre langue. En exigeant par ailleurs que la lumière soit faite en permanence sur l’origine des moyens financiers dont disposent les communautés religieuses. C’est en particulier sur ces points qu’entendent légiférer les élus radicaux à la Constituante genevoise.

Pierre Kunz

16:53 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

21/03/2009

En Afrique, bientôt la fin du tabou OGM

Le magazine Newsweek nous apprend cette semaine que l’entreprise Pannar, spécialiste sud-africain des semences, en collaboration avec l’université de Cape Town, a réalisé une percée significative dans ses recherches visant, par modification génétique du mais, à rendre inopérante l’une des maladies les plus ravageuses de cette céréale dans les pays du sud de l’Afrique.

Cette percée, scientifiquement remarquable, mérite une autre marque d’attention.

Manifestement, un obstacle important vient ainsi d’être levé. Il s’agit du tabou, inspiré primairement par les reflexes européens anti-OGM et par une surdité coupable de l’industrie agro-alimentaire et du monde politique du Vieux Continent au sujet des problèmes des nations pauvres.

A l’évidence les risques de crise alimentaire mondiale, les craintes liées au réchauffement climatique, celles concernant l’approvisionnement en eau et la diminution généralisée des stocks de céréales ont joué un rôle déterminant dans les efforts entrepris par l’Afrique de sud. Sans les nouvelles technologies de production alimentaire on voit mal en effet comment la planète pourra nourrir les neufs milliards d’habitants qui la peupleront en 2050. Sans elles comment les agriculteurs se révèleront-ils capables de produire plus de nourriture sur moins de terres cultivables ?

Il vaut la peine de rappeler ici qu’avec la mondialisation des échanges le protectionnisme agricole des Européens, clairement à l’origine de « la lutte menée contre les OGM », a dans les faits favorisé les initiatives productives des pays émergeants et renforcé le commerce des biens agricoles entre eux autant que la recherche en matière de biotechnologies.

L’Afrique du sud est ainsi devenue le huitième producteur mondial de céréales génétiquement modifiées. L’Inde pointe au quatrième rang s’agissant de la production de coton renforcé par le génie génétique. Pekin s’est finalement décidé à investir 2,9 milliard de dollars sur dix ans dans un plan de développement de céréales génétiquement modifiées. Et on comprend qu’avec le développement des marchés alimentaires asiatiques des pays gros producteurs de ces produits, comme le Brésil et l’Argentine, se sentent bien plus libres de renoncer aux marchés européens et leurs exigences strictes.

Il n’empêche, en Afrique où les structures agricoles et les conditions de production sont encore extrêmement primitives, le chemin vers une meilleure productivité et la fin de la malnutrition demeure long et incertain. C’est ainsi que, outre l’Afrique du sud, seuls quelques pays - Burkina Faso, Egypte, Kenya, Ghana et Uganda – ont franchi le pas des biotechnologies.

Pierre Kunz

15:39 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

14/03/2009

Equal Pay Day.-

Parce qu'ils se contentent de les faire circuler sans mise en question, sans enquête critique, les médias contribuent grandement au développement des idées "toutes faites". Ces idées que d'aucuns qualifient de "vérités évidentes".

C'est ainsi que perdurent des constats d'un autre temps mais dont personne n'ambitionne de montrer qu'ils n'ont plus cours. C'est ainsi aussi que se développent en "certitudes" des propos qui naissent souvent dans le discours d'un politicien ou d'une politicienne en campagne électorale.

Quelques illustrations de ces pseudo évidences véhiculées avec une constance aussi curieuse qu'agaçante.

"Les inégalités sociales n'ont cesser de croître au cours des trois décennies".

"Les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres".

"Depuis le début de la globalisation le nombre de chômeurs n'a cessé de croître dans le monde".

"La crise alimentaire met en péril l'existence de 900 millions de personnes sur la planète".

"La paupérisation de la population genevoise progresse".

"Aux USA les pauvres, parce qu'ils n'ont pas d'assurance maladie, ne peuvent se faire soigner et on les laisse mourir dans la rue".

La dernière en date de ces "évidences" concerne les inégalités salariales entre les hommes et les femmes dans notre pays. Je n'ai lu aucun article de presse ni entendu aucun commentateur de TV ou de radio, mardi dernier, jour du "Equal Pay Day,-" questionnant la validité de l'affirmation selon laquelle dans notre pays les femmes, à travail et qualifications égales, sont encore souvent moins bien rémunérées que les hommes.

On me répondra peut-être que c'est parce qu'il en va bien ainsi dans la pratique. Qui voudrait bien, dans ce cas, me faire connaître des exemples concrets en citant la raison sociale et le siège d'entreprises qui pratiquent encore en Suisse cette discrimination scandaleuse ?

Merci d'avance.

Pierre Kunz

 

10:38 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

04/03/2009

Elle va revenir, vive l'inflation !

 

 

Quelques journalistes attachés à la rubrique économique de leur média ont commencé à aborder le sujet. Une inflation considérable s’invite comme la conséquence inéluctable des centaines de milliards de roubles, de dollars, d’euros et de livres déversés par les Etats dans l’économie mondiale au prétexte de la lutte contre la crise. Comment pourrait-il en aller différemment dans des pays qui croulent déjà sous leur dette publique et qui ne sont pas capables de financer leurs interventions autrement qu’en faisant fonctionner la planche à billets ?

Il faut comprendre que ces Etats, Suisse comprise, ont tous avantage, à moyen et long terme, à laisser s’envoler le niveau des prix. Dans l’immédiat certes, grâce aux taux d’intérêt historiquement bas qui prévalent, la dette publique ne les émeut guère. Mais cette situation extraordinaire ne saurait durer. Ils trouveront alors nécessaire de rembourser une part aussi large que possible de leurs créanciers. Une opération qui leur apparaîtra politiquement et financièrement relativement aisée puisque la dette contractée en unités monétaires lourdes sera remboursée en monnaie dévalorisée par l’inflation à laquelle nous devons nous attendre.

Cette évolution, vue à travers les lunettes des ministres des finances, offre donc au moins un aspect extrêmement positif. De surcroît, notre génération, celle qui a creusé les trous financiers de nos finances publiques, coûtera au final moins cher qu’imaginé aux générations futures. Mais l’inflation apporte d’autres avantages.

Certes, notait récemment un économiste, l’inflation met à mal « l’épargne dormante », celle des bas de laine, des dépôts peu rémunérateurs et des revenus de baux de longue durée. Elle met aussi en péril les rentes des non actifs, parce que celles-ci croissent rarement au rythme de l’inflation, contrairement aux revenus du travail.

Pour ces derniers l’inflation s’avère plutôt, on l’a vu lors de la dernière forte période de hausse des prix, comme un lubrifiant de la croissance économique et de l’augmentation du pouvoir d’achat. Elle allège, comme pour les Etats, le poids des dettes à rembourser, favorise la consommation, rogne les privilèges des classes aisées et maintient, en termes réels, la valeur des patrimoines immobiliers, en particulier au sein de la classe moyenne. Voilà pourquoi, l’histoire en témoigne, les temps de forte inflation s’accompagnent rarement de troubles sociaux. L’inflation tend en effet à favoriser la jeunesse, l’investissement, la prise du risque entrepreneurial et la mobilité sociale.

Amis de la toile, vivez-vous de rentes ? Alors attendez-vous à quelques turbulences. Possédez-vous un avoir ? S’il dort sur un compte d’épargne ne le considérez plus en sécurité. Apprêtez-vous à le gérer de manière plus ambitieuse. Préparez-vous, pour le protéger, à l’investir dans du capital-actions plutôt qu’en obligations ou en bons d’Etat. Disposez-vous à soutenir des projets innovants. A défaut, achetez votre logement.

En agissant ainsi vous vous contribuerez par ailleurs à la croissance de l’économie du pays.

Pierre Kunz

 

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