21/03/2009

En Afrique, bientôt la fin du tabou OGM

Le magazine Newsweek nous apprend cette semaine que l’entreprise Pannar, spécialiste sud-africain des semences, en collaboration avec l’université de Cape Town, a réalisé une percée significative dans ses recherches visant, par modification génétique du mais, à rendre inopérante l’une des maladies les plus ravageuses de cette céréale dans les pays du sud de l’Afrique.

Cette percée, scientifiquement remarquable, mérite une autre marque d’attention.

Manifestement, un obstacle important vient ainsi d’être levé. Il s’agit du tabou, inspiré primairement par les reflexes européens anti-OGM et par une surdité coupable de l’industrie agro-alimentaire et du monde politique du Vieux Continent au sujet des problèmes des nations pauvres.

A l’évidence les risques de crise alimentaire mondiale, les craintes liées au réchauffement climatique, celles concernant l’approvisionnement en eau et la diminution généralisée des stocks de céréales ont joué un rôle déterminant dans les efforts entrepris par l’Afrique de sud. Sans les nouvelles technologies de production alimentaire on voit mal en effet comment la planète pourra nourrir les neufs milliards d’habitants qui la peupleront en 2050. Sans elles comment les agriculteurs se révèleront-ils capables de produire plus de nourriture sur moins de terres cultivables ?

Il vaut la peine de rappeler ici qu’avec la mondialisation des échanges le protectionnisme agricole des Européens, clairement à l’origine de « la lutte menée contre les OGM », a dans les faits favorisé les initiatives productives des pays émergeants et renforcé le commerce des biens agricoles entre eux autant que la recherche en matière de biotechnologies.

L’Afrique du sud est ainsi devenue le huitième producteur mondial de céréales génétiquement modifiées. L’Inde pointe au quatrième rang s’agissant de la production de coton renforcé par le génie génétique. Pekin s’est finalement décidé à investir 2,9 milliard de dollars sur dix ans dans un plan de développement de céréales génétiquement modifiées. Et on comprend qu’avec le développement des marchés alimentaires asiatiques des pays gros producteurs de ces produits, comme le Brésil et l’Argentine, se sentent bien plus libres de renoncer aux marchés européens et leurs exigences strictes.

Il n’empêche, en Afrique où les structures agricoles et les conditions de production sont encore extrêmement primitives, le chemin vers une meilleure productivité et la fin de la malnutrition demeure long et incertain. C’est ainsi que, outre l’Afrique du sud, seuls quelques pays - Burkina Faso, Egypte, Kenya, Ghana et Uganda – ont franchi le pas des biotechnologies.

Pierre Kunz

15:39 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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