13/02/2009

De l'impossibilité de gouverner en Suisse selon des convictions et un programme

 

 

Lors du weekend dernier il a surtout été question du « oui » clair dit par les Helvètes aux bilatérales. Pourtant un événement politique intéressant lui aussi a marqué ce 8 février. Il s’agit de l’élection manquée du nouveau maire de la ville de Zurich. Ni la radicale-libérale Kathrin ni la socialiste Corine n’ont obtenu la majorité des voix requise à cause de l’étonnante identité du score obtenu par les deux candidates.

Cette égalité presque parfaite n’a pourtant pas vraiment surpris Elmar Ledergerber, maire sortant : « Ce score serré est le reflet d’une campagne sans ferveur dans laquelle aucune des candidates n’a su se profiler ».

On peut disserter longuement au sujet des raisons de ce manque de ferveur. Est-elle due aux candidates elles-mêmes qui ne se fonderaient sur aucun projet de gouvernement ? Seraient-elles fades par nature ? Peu probable.

On est amené à penser qu’il s’agit-il plutôt d’un réflexe de sérieux et d’honnêteté, plus féminin que masculin semble-t-il, consistant à reconnaître d’emblée, lors d’une campagne électorale, que les propos qui y sont tenus et les promesses qui y sont faites ne sauraient engager celui ou celle qui les énonce. D’où dans l’exemple zurichois le constat que sur pratiquement tous les dossiers la radicale et la socialiste, pragmatiques et conséquentes, tombaient d’accord.

En fait on se trouve dans un cas particulièrement illustratif du paradoxe lié au fonctionnement dit « collégial » dont se parent tous les gouvernements de ce pays, qu’il s’agisse de la Confédération, des cantons ou des villes. Une collégialité qui impose aux vainqueurs, le soir même de leur élection, de renoncer à toutes les convictions politiques sur lesquelles ils ont bâti leur carrière.

Il faut reconnaître que ce système, jusqu’à la fin des années septante, a largement bénéficié à notre pays et à ses habitants. Il fut idéal pour que soient réparties dans l’harmonie les fruits de la prospérité inouïe que l’après-guerre a apportée à la Suisse. Mais il a manifestement atteint ses limites parce que les « arrangements de partis » qui le fondaient ne sont plus réalisables lorsqu’il s’agit de répartir entre les citoyens non plus les fruits de la prospérité mais des sacrifices et des renoncements.

Le canton de Genève connaît particulièrement bien les méfaits de la collégialité gouvernementale à laquelle se soumettent actuellement deux socialistes, deux verts, un démo-chrétien, un libéral et un radical. Il est sans guide et pratiquement tous les dossiers y sont en situation de paralysie. Le Conseil d’Etat, depuis longtemps, ne parvient pas à faire autre chose qu’expédier les affaires courantes.

La Constituante genevoise est donc fortement interpellée par les multiples déficiences du mode gouvernemental « collégial » qui prévaut encore en Suisse. Comme au milieu du 19ème siècle les Genevois disposent, d’ici à fin 2012, de l’opportunité historique d’ouvrir pour l’ensemble du pays la voie vers des solutions institutionnelles nouvelles, plus claires, plus homogènes, plus efficaces, mieux adaptées aux défis qui attendent les futures générations et plus compréhensibles par le peuple donc plus démocratiques.

Pierre Kunz

 

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