14/01/2009

Deux milliards pour le CEVA ou pour le logement ?

Depuis que le Vert Robert Cramer a accédé au Conseil d’Etat genevois il n’a eu de cesse de « vendre » le CEVA à ses administrés. Et il se pourrait bien qu’il se soit montré assez malin pour parvenir à ses fins.

Comment a-t-il fait ? Et plus généralement comment les politiciens parviennent à jouer si aisément avec les milliards sans que les citoyens ne bronchent ?

Lisez le journal Le Temps de ce jour, amis de la toile. Vous comprendrez comment le monde politique s’y prend et comment il utilise « les experts » pour faire accepter aux citoyens crédules ses projets, notamment lorsqu’ils sont objectivement indéfendables et qu’ils constituent seulement des échappatoires à la solution de problèmes que ce monde politique préfère éviter ou n’a pas la volonté d’affronter. Vous constaterez qu’il recourt à des méthodes finalement assez simples.

Première règle : conceptualiser. Il s’agit tout d’abord de voir grand, très grand, d’exprimer une vision large et profonde puis de mandater quelques « experts » afin qu’ils apportent du vernis pseudo-scientifique à ces rêveries. Elles deviennent ainsi doublement difficiles à contester. S’agissant du CEVA, M. Cramer s’emploie depuis des lustres à l’inscrire dans un concept purement imaginaire, attractif à première vue mais vide de tout contenu politique réel : l’agglomération franco-genevoise. Car cette région n’existe qu’au plan des échanges économiques, seulement sous les pieds des marchands et des consommateurs qui lui ont donné vie voici des siècles déjà.

Deuxième règle : mixer, bien mélanger. La technique consiste ici à multiplier les chantiers, à faire croire, toujours avec l’aide des « experts », que tout se tient, que les éléments présentés sont étroitement liés, interdépendants. C’est ce que vise en particulier le conseiller d’Etat genevois en intégrant le CEVA au réseau de transport ferroviaire valdo-genevois. Voilà qui est habile car si en effet nul ne conteste la nécessité et l’intérêt pour notre canton de renforcer le réseau, actuellement insuffisant, de ses liaisons ferroviaires avec les villes lémanique vaudoises, le conseiller d’Etat genevois n’a jamais pu démontrer l’utilité de l’investissement pharaonique envisagé pour le CEVA, et encore moins sa rentabilité, même à très long terme.

Troisième règle : dessiner en couleur. Il faut que l’œil puisse voir concrètement la beauté du concept et l’interdépendance que M. Cramer convoque à l’appui de ses ambitions. Pour cela rien de tel qu’un magnifique graphique coloré, genre réseau du Métro parisien ou du Tube londonien. Ca fait sérieux et ça flatte l’égo de citoyens qui se croyaient partie d’un ensemble de 450'000 habitants et qui subitement s’imaginent au coeur d’une mégalopole quatre fois plus importante.

Et le tour est joué ! Le Grand Conseil, tout aussi crédule que la population et soumis de surcroît à d’intenses pressions, vote les dépenses requises en refoulant ses incertitudes.

Pourtant il est évident, aujourd’hui plus que jamais avec l’ouverture de l’autoroute Annecy-Genève, que le CEVA est totalement déraisonnable, que les deux milliards de francs qu’il impliquera pour transporter chaque jour quelques milliers de frontaliers ne seront jamais rentabilisés et que cet investissement ne pourra entrainer qu’une réduction marginale du trafic des frontaliers savoyards.

L’avenir de Genève, les conditions de son développement ne se trouvent pas dans le CEVA mais bien dans la construction des 30'000 logements qui manquent actuellement dans le canton et dans une traversée routière du lac. Mais ce sont là des défis complexes et politiquement chargés. Et bien évidemment, pour le Conseil d’Etat il est plus aisé de les éviter en empruntant des chemins de traverse, quitte à ce que ces divagations enfoncent encore davantage Genève dans l’endettement public.

Pierre Kunz

17:37 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.