10/01/2009

Les gouvernements sont plus forts que les marchés !

Le vrai problème auquel la planète se heurte aujourd’hui ne réside ni dans une liquéfaction du capitalisme ni dans l’échec de la démocratie libérale mais dans une mondialisation que nous nous sommes révélés incapables de maîtriser et dont nous n’avons pas su mesurer les limites et les obligations.

Au-delà de la réglementation insuffisante du secteur financier, la clé de la crise se trouve bel et bien dans l’apparition des nouveaux acteurs économiques exportateurs massifs, dans la consommation exacerbée de l’Occident et dans la nouvelle répartition des fruits de la richesse mondiale. Or depuis trois décennies nous avons, au sein du monde occidental, continué d’agir et de consommer comme si ces bouleversements n’auraient aucune incidence sur nos existences.

En Europe et aux USA les politiciens au pouvoir depuis les années quatre-vingt, par aveuglement ou par cynisme, sont restés ancrés dans les grands rituels et les schémas d’un passé qui voyait l’Occident maître du monde et de sa destinée. Ainsi, malgré une ponction fiscale et parafiscale grandissante, les Etats ont poursuivi leur dégringolade dans l’endettement, leurs administrations  ont massivement gonflé en même temps que grandissait le gaspillage de ressources, les systèmes d’aide sociale ont continué à s’alourdir, les marchés du travail ne se sont pas assouplis, les politiques migratoires sont demeurées aussi naïves qu’incohérentes.

Pire, les autorités européennes et américaines ont délibérément trompé leurs concitoyens en faisant croire que chacun, en contrepartie de quelques efforts de « formation continue », allait pouvoir conserver son emploi et voir son salaire continuer de croître, que les temps de travail allaient poursuivre leur courbe descendante et que les retraites pourraient être réclamées de plus en plus tôt à l’appui de pensions toujours plus élevées. Trompé comment ? En niant les échéances démographiques, en libérant les vannes du crédit hypothécaire et en encourageant la surconsommation à crédit. Ce que leurs électeurs ne pouvaient plus escompter acquérir comme dans le passé, avant la mondialisation, par leur labeur et leur épargne on allait le leur offrir à crédit !

Alors que faire ?

D’abord rappeler avec force que la mondialisation est fondamentalement saine, porteuse de paix et d’une plus grande égalité entre les peuples. Exclure donc le recours aux solutions protectionnistes unilatérales de la première moitié du 20ème siècle aux si dramatiques conséquences. Surtout exiger des autorités occidentales qu’elles cessent de laisser leurs citoyens croire plus longtemps au mirage d’une existence et d’un avenir sans responsabilité individuelle et sans risques qu’elles ont cultivés au cours des dernières décennies. Exiger de ces autorités qu’elles reconnaissent que notre futur économique et notre solidarité sociale se trouvent dans notre aptitude au travail, notre imagination, notre esprit d’entreprise et dans notre efficacité.

Rappeler aussi que la mondialisation n’est pas une fatalité. Elle peut être encadrée par des décisions politiques claires. Les gouvernements sont appelés à dépasser leurs actuelles interventions conjoncturelles dispersées et souvent inadéquates, à collaborer, à réguler la libéralisation des activités économiques et à rééquilibrer les échanges mondiaux entre les pays développés, importateurs compulsifs, et les pays émergeants, exportateurs massifs. Les premiers doivent mettre un terme aux déséquilibres chroniques de leur balance des paiements et à l’accumulation des déficits budgétaires qui contribuent années après années à l’endettement externe et interne démesuré des collectivités publiques. Pour les seconds, il s’agit de réduire le volume des exportations et de consacrer une part plus élevée de leurs ressources productives à la consommation intérieure de biens et services.

Il faut décidément le rappeler, lorsqu’ils font preuve d’une solide ambition et d’une vraie détermination, les gouvernements sont plus forts que les marchés.

Pierre Kunz

11:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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