27/11/2008

M. Hiler amuse les Genevois

En préambule à son plan financier quadriennal 2006-2009 (PFQ), présenté en juin 2007, le Conseil d’Etat notait qu’il « est destiné à devenir le principal instrument de planification et de gestion du Conseil d’Etat comme du Grand Conseil ». Et il insistait, en lettres grasses, sur le paragraphe suivant : « le PFQ s’inscrira comme un moyen ordinaire de la politique financière et non plus comme un outil de gestion de crise ». En d’autres termes le Conseil d’Etat s’engageait alors redresser structurellement les finances cantonales.

Rappelons que sa stratégie, pour chacune des quatre années couvertes par le PFQ, se trouvait résumée en quatre repères clairement chiffrés.

1.    Réduire les effectifs de l’Etat, établissements autonomes compris, de 1,25 % par an.

2.    Abaisser les frais généraux et administratifs de 1,25 % par an.

3.    Faire décroître le volume global des subventions de 1,25 % par an.

4.    Respecter strictement un accroissement de 1 % par an seulement des dépenses portées au budget de fonctionnement.

Comment se sont concrétisés ces engagements solennels ?

En cette fin d’année 2008, en particulier à l’éclairage du budget de fonctionnement 2009, le constat est cruel. Il est aujourd’hui patent que ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, a renoncé à tenir ses promesses de saine gestion, qu’il a comme eux cédé aux sirènes de la facilité amenée par des recettes exceptionnellement élevées, qu’il a enterré ses ambitions de réformes du fonctionnement de l’Etat et qu’il est tombé dans les travers habituels de la démocratie genevoise, la gestion démagogique à court terme.

Les comptes 2008, lorsqu’ils seront officialisés à la fin de l’hiver prochain, montreront en effet que

1.    les effectifs de l’Etat au lieu de diminuer ont gonflé,

2.    les frais généraux ont certes baissé mais de manière insignifiante au regard du budget général des dépenses,

3.    la masse des subventions, loin de se réduire, a fortement grossi.

Quant au budget 2009 en discussion au Grand Conseil, il met en évidence que le gouvernement a littéralement ouvert la vanne des dépenses et qu’à l’échéance du PFQ on restera fort éloigné de l’objectif de 1 % d’augmentation annuelle.

Pourtant, si l’on s’en remet aux médias et aux députés du Grand Conseil on est amené à conclure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes genevois. Ce constat laisse les citoyens attentifs à la fois pantois et amers.

Il montre que pratiquement aucun journaliste ne s’est donné la peine de ressortir le dossier PFQ 2006-09 de ses tiroirs avant de rédiger son commentaire au sujet du budget de l’an prochain afin de jauger celui-ci avec le recul requis. Même un vieux renard comme J.-Fr. Mabut en est arrivé, voici quelques jours, à encenser notre ministre des finances pour « sa capacité à contenir les dépenses de l’Etat !»

Quant aux députés du Grand Conseil, ils ont semble-t-il, complètement oublié le PFQ, ils retombent dans leur traditionnelle chasse aux mouches et ne paraissent mobilisés que par les directeurs chers à M. Beer et par la question du treizième salaire que le Conseil d’Etat veut offrir aux fonctionnaires.

Et pendant ce temps notre ministre des finances amuse les uns et les autres en brouillant une nouvelle fois la vision qu’on peut avoir de son action. Cette fois c’est en présentant aux députés et à la presse une réforme certes nécessaire, celle du budget établi par prestation, mais qui ne changera rien au constat établi plus haut : le Conseil d’Etat n’a pas su s’élever à la hauteur de sa tâche la plus important de la législature. Les Genevois s’en rendront compte avant longtemps avec le retour des déficits.

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24/11/2008

Constituante, l'audace d'oser

Qui, à Genève comme partout en Suisse, n’a pas été interpellé par la ferveur, l’enthousiasme et l’engagement populaire qui ont marqué récemment l’élection américaine ? Et qui, au bout du lac, ne ressent pas, en pénible contre-point, la fadeur et la désaffection qui caractérisent la vie politique genevoise ?

Nous devons nous rendre à l’évidence : nos institutions, en particulier le mode électoral du gouvernement, ses règles de fonctionnement, l’aménagement du territoire, le rôle des communes, la fiscalité et les conditions relatives aux droits populaires, ne répondent plus

ni à l’environnement géopolitique, économique, social et médiatique de notre canton,

ni au fractionnement croissant de la politique genevoise,

ni à l’état de notre société, plus dispersée et plus individualiste que jamais.

Cette obsolescence affadit notre démocratie, lui enlève sa saveur et sa part de rêve. Elle pousse nos concitoyens, notamment notre jeunesse, à la démobilisation, au désintérêt, à l’amertume.

Depuis le 19 octobre dernier les élus à l’Assemblée constituante sont dépositaires de la mission et au bénéfice de l’immense privilège de rédiger le projet rassembleur d’une nouvelle constitution pour Genève.  Qu’ils se gardent d’oublier la responsabilité qui accompagne cette mission et ce privilège. Une responsabilité qui doit leur donner l’audace d’oser,  d’oser le changement et les réformes.

Oser remettre en question nos systèmes et nos schémas lorsqu’ils se sont révélés médiocres et inefficaces.

Oser emprunter des voies nouvelles, inconnues, lorsque les chemins traditionnels se perdent dans l’incohérence et la déresponsabilisation.

Oser repenser ce qu’on appelle les « acquis » lorsqu’ils sont devenus paralysants et inéquitables, en particulier pour les jeunes générations.

Oser renoncer aux habitudes lorsqu’elles brisent les enthousiasmes, les ambitions et les rêves de nos concitoyens.

Qu’ils se convainquent, comme cet ancien conseiller d’Etat radical, que contrairement à ce que prétendent les médiocres, la politique n’est pas l’art du possible. La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Et ce qui est nécessaires aujourd’hui c’est de redonner de la fraicheur, de la vitalité, du rêve et de l’authenticité à notre démocratie.

 

 

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09/11/2008

L'avenir des déchets nucléaires hevétiques

 

La première réflexion qui vient à l’esprit du lecteur lorsqu’il prend connaissance du rapport de la Nagra relatif au choix des sites envisagés pour le stockage des déchets nucléaires résultant des activités hospitalières et industrielles suisses est que le fonctionnement de notre pays est lent, certes, mais diablement efficace lorsque une véritable volonté politique anime nos dirigeants.

C’est en 1978 que le Conseil fédéral a lancé le projet, confié à la Nagra, de préparer le dépôt sur sol helvétique de ces déchets. Les études très sérieuses menées par cette entreprise ont rapidement révélé qu’il est possible de stocker durablement et sûrement les déchets radioactifs en Suisse. Mais très vite, dès le milieu des années nonante, le dossier s’est heurté à l’hostilité générale des cantons et des communes et les autorités fédérales ont compris que l’étape suivante devait impérativement consister dans l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’énergie, nucléaire plus précisément, donnant les pleins pouvoir à Berne et privant les cantons de leurs prérogatives en la matière. Ce fut chose faite en 2005 et la voie se trouvait ainsi ouverte au redémarrage du projet.

Il a donc suffi d’une part que le Conseil fédéral prenne pleinement la mesure de l’enjeu, qu’il décide d’assumer ses responsabilités puis se fixe un objectif clair, d’autre part qu’il planifie intelligemment son action. Reconnaissons en l’occurrence son mérite et son efficacité : les autorités cantonales ont perdu leur capacité de nuisance et le gouvernement fédéral peut désormais entreprendre les consultations relatives au choix définitif des lieux de stockage qui devraient être exploitables vers 2018.

Dans l’immédiat on comprend que les autorités politiques des régions concernées réagissent avec vigueur. Elles jouent ainsi, verbalement, le rôle que leurs électeurs attendent d’eux. Mais gageons que ces réactions épidermiques s’estomperont voire disparaîtront au cours des années à venir à l’occasion des larges consultations qui s’annoncent. La solidité des arguments scientifiques présentés saura réduire les inquiétudes des uns. Quant aux autres, ils ne manqueront pas de se révéler sensibles aux avantages financiers considérables et aux emplois nouveaux qui accompagneront l’implantation de ces déchetteries.

Reste que, c’est certain, le peuple suisse sera appelé à voter car le sujet donnera lieu à referendum contre l’ouverture des zones de stockage, où qu’elles soient situées. Il est en effet invraisemblable que le PS et les Verts, qui d’ores et déjà rejettent le projet et qui ont politiquement tant gagné depuis trois décennies grâce à leur posture antinucléaire, renoncent à leur opposition dogmatique.

Et ne croyons pas que les démonstrations les plus convaincantes et la plus élémentaire honnêteté intellectuelle dissuaderont ces milieux, eux qui n’hésitent pas aujourd’hui à réclamer simultanément la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et une société à 2000 Watts mais qui par ailleurs sont favorables à la construction d’usines à gaz et au développement de la production d’électricité à partir du charbon, tout en s’opposant à l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires suisses existantes.

Mais, avouons-le, même si les milieux antinucléaires n’existaient pas dans leur opposition de principe il faudrait les inventer. Il est en effet impensable que les Helvêtes, en toute connaissance de cause, ne s’expriment pas sur l’avenir qu’ils entendent donner au nucléaire dans leur pays.

 

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