09/11/2008

L'avenir des déchets nucléaires hevétiques

 

La première réflexion qui vient à l’esprit du lecteur lorsqu’il prend connaissance du rapport de la Nagra relatif au choix des sites envisagés pour le stockage des déchets nucléaires résultant des activités hospitalières et industrielles suisses est que le fonctionnement de notre pays est lent, certes, mais diablement efficace lorsque une véritable volonté politique anime nos dirigeants.

C’est en 1978 que le Conseil fédéral a lancé le projet, confié à la Nagra, de préparer le dépôt sur sol helvétique de ces déchets. Les études très sérieuses menées par cette entreprise ont rapidement révélé qu’il est possible de stocker durablement et sûrement les déchets radioactifs en Suisse. Mais très vite, dès le milieu des années nonante, le dossier s’est heurté à l’hostilité générale des cantons et des communes et les autorités fédérales ont compris que l’étape suivante devait impérativement consister dans l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’énergie, nucléaire plus précisément, donnant les pleins pouvoir à Berne et privant les cantons de leurs prérogatives en la matière. Ce fut chose faite en 2005 et la voie se trouvait ainsi ouverte au redémarrage du projet.

Il a donc suffi d’une part que le Conseil fédéral prenne pleinement la mesure de l’enjeu, qu’il décide d’assumer ses responsabilités puis se fixe un objectif clair, d’autre part qu’il planifie intelligemment son action. Reconnaissons en l’occurrence son mérite et son efficacité : les autorités cantonales ont perdu leur capacité de nuisance et le gouvernement fédéral peut désormais entreprendre les consultations relatives au choix définitif des lieux de stockage qui devraient être exploitables vers 2018.

Dans l’immédiat on comprend que les autorités politiques des régions concernées réagissent avec vigueur. Elles jouent ainsi, verbalement, le rôle que leurs électeurs attendent d’eux. Mais gageons que ces réactions épidermiques s’estomperont voire disparaîtront au cours des années à venir à l’occasion des larges consultations qui s’annoncent. La solidité des arguments scientifiques présentés saura réduire les inquiétudes des uns. Quant aux autres, ils ne manqueront pas de se révéler sensibles aux avantages financiers considérables et aux emplois nouveaux qui accompagneront l’implantation de ces déchetteries.

Reste que, c’est certain, le peuple suisse sera appelé à voter car le sujet donnera lieu à referendum contre l’ouverture des zones de stockage, où qu’elles soient situées. Il est en effet invraisemblable que le PS et les Verts, qui d’ores et déjà rejettent le projet et qui ont politiquement tant gagné depuis trois décennies grâce à leur posture antinucléaire, renoncent à leur opposition dogmatique.

Et ne croyons pas que les démonstrations les plus convaincantes et la plus élémentaire honnêteté intellectuelle dissuaderont ces milieux, eux qui n’hésitent pas aujourd’hui à réclamer simultanément la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et une société à 2000 Watts mais qui par ailleurs sont favorables à la construction d’usines à gaz et au développement de la production d’électricité à partir du charbon, tout en s’opposant à l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires suisses existantes.

Mais, avouons-le, même si les milieux antinucléaires n’existaient pas dans leur opposition de principe il faudrait les inventer. Il est en effet impensable que les Helvêtes, en toute connaissance de cause, ne s’expriment pas sur l’avenir qu’ils entendent donner au nucléaire dans leur pays.

 

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