30/10/2008

Droits de polluer : les errances helvétiques et d'Ecologie libérale

Dans son introduction à l’excellent ouvrage que vient de publier Dominique Wisler (*) l’ancien conseiller d’Etat genevois Guy-Olivier Segond souligne fort opportunément que « la politique n’est pas l’art du possible comme le disent les médiocres, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ».

Fort opportunément parce que la presse de ce jour met en lumière une nouvelle illustration du constat que chacun peut faire depuis longtemps en Suisse, à savoir que les gouvernements du pays et de ses cantons demeurent d’une navrante médiocrité et qu’elles se contentent de gérer avec le moins de heurts possibles les affaires courantes.

C’est cette attitude affligeante qu’illustre la nouvelle tombée ce jour sous des titres comme « Coup de pouce du Conseil fédéral aux centrales à gaz » ou « La moitié des émissions de CO2 pourront être compensées à l’étranger ».  Un coup de pousse et une latitude de compenser les émissions de CO2 qui marquent l’absence d’une politique énergétique cohérente au sein de l’exécutif fédéral et le cynisme d’une autorité qui prétend honorer ses engagements internationaux dans le domaine de la protection climatique tout en cautionnant, soit disant au nom du pragmatisme mais en réalité par faiblesse, une réduction de nos ambitions et des nécessaires efforts écologiques que nous devons consentir.

Parce qu’il faut bien le comprendre : compenser nos accroissements d’émission de CO2 en acquérant à l’étranger des certificats de CO2 à l’étranger, comme cela est prévu, revient à acheter dans les pays en développement des droits pour les usines helvétiques de polluer la planète. Et du même coup à empêcher ces pays de faire usage, eux, des ressources certes polluantes mais dont ils disposent et dont ils auraient besoin pour s’industrialiser.

Or l’acquisition de ces autorisations de polluer, au-delà du fait qu’elles ressemblent fort au droit que s’arrogeait l’Occident d’utiliser les pays du Sud pour y enterrer les déchets toxiques dont nous ne savions que faire, n’est pas nécessaire. D’abord parce que l’affirmation et la mise en œuvre d’une volonté politique claire ainsi que quelques aménagements légaux permettraient avantageusement d’échapper à cette démarche politiquement incohérente et moralement condamnable tout en faisant avancer chez nous la cause des économies d’énergie et celle des entreprises pionnières des technologies vertes. Ensuite parce que l’argument du risque de pénurie d’électricité invoqué par les autorités à l’appui de leur proposition aberrante ne repose sur aucune base sérieuse et ne vise qu’à générer l’inquiétude. Enfin parce que ce n’est pas en important du gaz en lieu et place de l’électricité fabriquée et disponible à l’étranger que l’autonomie énergétique de la Suisse se trouvera accrue, bien au contraire si on prend en compte la situation géopolitique européenne.

Mme Isabelle Chevalley, grande prêtresse d’Ecologie libérale, soutient, nous dit un journaliste, le projet du Conseil fédéral tout en regrettant …. la distorsion de concurrence due au régime fiscal favorable dont bénéficient les centrales à gaz. On lui recommande de réfléchir plutôt à la distorsion qui encombre son discours. Un discours qui se veut pragmatique  mais qui ne vise malheureusement que la médiocrité du court terme plutôt qu’à faire évoluer notre pays conformément aux nécessités écologiques et libérales des décennies à venir.

Le parlement fédéral, qui trop souvent joue la partition de la compromission et des hypocrisies favorisées par notre système politique, saura-t-il, lui, se montrer à la hauteur des vrais enjeux et dire non ?

 

(*) La Démocratie genevoise (Ed Georg, 2008) 

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13/10/2008

Effondrement financier, les pyromanes devenus pompiers

L’histoire présente souvent de bien surprenants paradoxes et la déconfiture des marchés financiers en fournit un bel exemple. Si on fait abstraction un instant des risque économiques graves qui en découlent, n’est-il pas amusant de constater que vingt ans de pratique bancaire totalement débridée en matière de spéculation et de crédit s’achèvent en une paralysie du … crédit interbancaire ? Et n’est-il pas délicieux de voir les chefs d’Etat et les ministres des finances du monde, ces pyromanes d’hier, courir en ces temps troublés dans tous les sens comme des pompiers agitant leur lance à eau ?

Quand on jette un regard sur les deux dernières décennies de mondialisation que la planète à vécues on est amené à conclure que les pays du Sud ont largement profité, en termes de développement économique et social, de la libéralisation des échanges et de leur accès aux marchés mondiaux. Quant aux pays occidentaux, confrontés à de puissants concurrents nouveaux, il faut constater qu’ils ont généralement bien mieux affronté que prévu le délicat exercice d’équilibrisme auquel ils ont dû se livrer, cela grâce d’une part à des mesures internes adéquates et d’autre part à la régulation intelligente des marchés internationaux des biens définie dans le cadre de l’OMC. Les taux de chômage ont certes grimpé, mais sans exploser, pour se réduire depuis. Leurs économies, après une période de stagnation, se sont restructurées favorisant la reprise de la croissance. Enfin, le pouvoir d’achat de leurs habitants, même s’il a tendu à se répartir de manière moins égalitaire, n’a pas globalement fléchi comme on pouvait s’y attendre il y a vingt ans.

On comprend aisément pourquoi et on sait comment les pays émergents ont progressé. Mais à quel prix ce miracle de croissance s’est il produit dans nos pays industrialisés ? La réponse apparaît aujourd’hui de manière évidente : elle réside dans la déréglementation, au cours des années quatre-vingts, des marchés financiers !

On est fondé aujourd’hui à affirmer que cette déréglementation et la passivité affichée depuis dans ce secteur par les autorités politiques, américaines d’abord, européennes et japonaises ensuite, ont été voulues et sciemment programmées. Dans quel but ? Conserver le mieux possible, même artificiellement, le pouvoir d’achat des populations du Nord en dépit des assauts concurrentiels livrés par les entreprises des pays émergeants. Comment ? En ouvrant les vannes du crédit hypothécaire et à la consommation. Dans quel but ? Eviter à tout prix les peurs, les frustrations et les rejets au sein des sociétés occidentales soumises à l’épreuve de la mondialisation.

Le crédit à vaste échelle a donc été politiquement voulu par les dirigeants occidentaux, en « attendant de voir », dans l’attente « de conditions moins délicates » afin de permettre aux populations du Nord, américaines et européennes surtout, de vivre au-dessus de leurs moyens. Cynisme ? Certes, mais pas tant que cela chez des gouvernants habitués depuis toujours à abuser de l’endettement public à des fins électorales.

Il s’agissait donc d’une réponse caractéristique de la manière dont fonctionnent nos Etats-nations : ils sont démocrates et électoralistes. Et il s’agissait d’un réflexe non moins caractéristique des élus de ces Etats : masquer les réalités et reporter sur d’autres, leurs successeurs, le devoir politiquement peu valorisant d’affronter les conséquences de ces réalités.

Il est naïf de penser que MM. Reagan, Volcker puis Greenspan aux USA, et leurs partenaires européens et japonais ne comprenaient et ne mesuraient pas les risques et les conséquences possibles désastreuses de la volatilité liées à la dérégulation des marchés financiers. Mais ils ont considéré que ces risques et ces conséquences, futurs, étaient moins embarrassants que les difficultés politiques et sociales immédiates, découlant des programmes d’austérité qui, à cause de la globalisation, allaient nécessairement succéder à l’Etat providence. Des bouleversements et des restrictions que les consommateurs et contribuables occidentaux vont bel et bien devoir supporter quand même dans les années à venir à cause des faramineux programmes de sauvetage mis en œuvre par les Etats et parce que nous attend un resserrement  sérieux du crédit, celui qui a si généreusement lubrifié les marchés de biens et services jusqu'à hier.

Voilà ce qui nous fait dire que les politiciens qui, en ces semaines pesantes, jouent aux pompiers à grand renfort de réunions au sommet, sont ceux qui ont chaussés les bottes des bouteurs de feu en exercice voici une vingtaine d’années.

17:18 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook