13/10/2008

Effondrement financier, les pyromanes devenus pompiers

L’histoire présente souvent de bien surprenants paradoxes et la déconfiture des marchés financiers en fournit un bel exemple. Si on fait abstraction un instant des risque économiques graves qui en découlent, n’est-il pas amusant de constater que vingt ans de pratique bancaire totalement débridée en matière de spéculation et de crédit s’achèvent en une paralysie du … crédit interbancaire ? Et n’est-il pas délicieux de voir les chefs d’Etat et les ministres des finances du monde, ces pyromanes d’hier, courir en ces temps troublés dans tous les sens comme des pompiers agitant leur lance à eau ?

Quand on jette un regard sur les deux dernières décennies de mondialisation que la planète à vécues on est amené à conclure que les pays du Sud ont largement profité, en termes de développement économique et social, de la libéralisation des échanges et de leur accès aux marchés mondiaux. Quant aux pays occidentaux, confrontés à de puissants concurrents nouveaux, il faut constater qu’ils ont généralement bien mieux affronté que prévu le délicat exercice d’équilibrisme auquel ils ont dû se livrer, cela grâce d’une part à des mesures internes adéquates et d’autre part à la régulation intelligente des marchés internationaux des biens définie dans le cadre de l’OMC. Les taux de chômage ont certes grimpé, mais sans exploser, pour se réduire depuis. Leurs économies, après une période de stagnation, se sont restructurées favorisant la reprise de la croissance. Enfin, le pouvoir d’achat de leurs habitants, même s’il a tendu à se répartir de manière moins égalitaire, n’a pas globalement fléchi comme on pouvait s’y attendre il y a vingt ans.

On comprend aisément pourquoi et on sait comment les pays émergents ont progressé. Mais à quel prix ce miracle de croissance s’est il produit dans nos pays industrialisés ? La réponse apparaît aujourd’hui de manière évidente : elle réside dans la déréglementation, au cours des années quatre-vingts, des marchés financiers !

On est fondé aujourd’hui à affirmer que cette déréglementation et la passivité affichée depuis dans ce secteur par les autorités politiques, américaines d’abord, européennes et japonaises ensuite, ont été voulues et sciemment programmées. Dans quel but ? Conserver le mieux possible, même artificiellement, le pouvoir d’achat des populations du Nord en dépit des assauts concurrentiels livrés par les entreprises des pays émergeants. Comment ? En ouvrant les vannes du crédit hypothécaire et à la consommation. Dans quel but ? Eviter à tout prix les peurs, les frustrations et les rejets au sein des sociétés occidentales soumises à l’épreuve de la mondialisation.

Le crédit à vaste échelle a donc été politiquement voulu par les dirigeants occidentaux, en « attendant de voir », dans l’attente « de conditions moins délicates » afin de permettre aux populations du Nord, américaines et européennes surtout, de vivre au-dessus de leurs moyens. Cynisme ? Certes, mais pas tant que cela chez des gouvernants habitués depuis toujours à abuser de l’endettement public à des fins électorales.

Il s’agissait donc d’une réponse caractéristique de la manière dont fonctionnent nos Etats-nations : ils sont démocrates et électoralistes. Et il s’agissait d’un réflexe non moins caractéristique des élus de ces Etats : masquer les réalités et reporter sur d’autres, leurs successeurs, le devoir politiquement peu valorisant d’affronter les conséquences de ces réalités.

Il est naïf de penser que MM. Reagan, Volcker puis Greenspan aux USA, et leurs partenaires européens et japonais ne comprenaient et ne mesuraient pas les risques et les conséquences possibles désastreuses de la volatilité liées à la dérégulation des marchés financiers. Mais ils ont considéré que ces risques et ces conséquences, futurs, étaient moins embarrassants que les difficultés politiques et sociales immédiates, découlant des programmes d’austérité qui, à cause de la globalisation, allaient nécessairement succéder à l’Etat providence. Des bouleversements et des restrictions que les consommateurs et contribuables occidentaux vont bel et bien devoir supporter quand même dans les années à venir à cause des faramineux programmes de sauvetage mis en œuvre par les Etats et parce que nous attend un resserrement  sérieux du crédit, celui qui a si généreusement lubrifié les marchés de biens et services jusqu'à hier.

Voilà ce qui nous fait dire que les politiciens qui, en ces semaines pesantes, jouent aux pompiers à grand renfort de réunions au sommet, sont ceux qui ont chaussés les bottes des bouteurs de feu en exercice voici une vingtaine d’années.

17:18 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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