22/08/2008

Freysinger et les minarets

Selon Oskar Freysinger "l'islamisation est un fait avéré et le minaret est le symbole de cette islamisation". A la lecture de propos aussi simplistes, rapportés par la TdG jeudi, on ne saurait rester sans réactions. 

Surtout pour s'étonner qu'un politicien suisse, au surplus chargé de l'enseignement des adolescents valaisans, pour soutenir son initiative dite "anti-minarets" se contente de sa queue de cheval et de l'air du temps pour clamer que l'islamisation de la Suisse est incontestable. Car cette affirmation est tout simplement sans fondement.  

On compte dans notre pays au maximum 400'000 musulmans dont une très large partie n'est pas pratiquante et parmi eux les islamistes prosélytes sont quasi inexistants. Ils ne représentent donc même pas 6% de la population helvétique. Quel diable le Valaisan voit-il dans les quelques mosquées et leur minaret que la communauté musulmane aimerait ériger dans quelques unes de nos villes ?

Manifestement Freysinger, trop occupé par la politique politicienne, n'a plus le temps de s'informer sur la marche du monde et sur les grands mouvements des populations qui l'occupent. Manifestement Freysinger a perdu les repères qui permettent habituellement à ceux qui prétendent contribuer à la formation de l'opinion publique d'accomplir honnêtement leur travail. Manifestement il n'est pas au courant en particulier des bouleversements démographiques qui marquent le Moyen Orient depuis quelques années. Il convient donc d'éclairer sa lanterne.

Nombre des signataires de l'initiative "anti-minarets" l'ont endossée au prétexte qu'il n'y a aucune raison de favoriser le développement de lieux de cultes pour ceux qui, dans leurs pays, refusent de reconnaître les religions chrétiennes. Comme Freysinger, ils seront intéressés d'apprendre, Newsweek le relevait récemment, qu'avec le nombre croissant de Chrétiens travaillant dans les Emirats et en Arabie saoudite on note des signes clairs de tolérance grandissante à l'égard de la pratique religieuse de ces communautés.

Elles vivent certes dans des conditions précaires, mais une vingtaine de paroisses catholiques existent désormais sur la péninsule arabique. Par ailleurs, en mars dernier, a été inaugurée à Doha, au Qatar, la première église chrétienne du pays. Enfin, récemment, le chef de l'Eglise copte égyptienne s'en rendu à Abu Dhabi pour y rencontrer des membres du gouvernement.

Et dans ce contexte d'ouverture s'est inscrit un événement très important, à savoir l'invitation adressée récemment au pape Benoît XVI par le roi Hamad de Bahrain de se rendre en visite officielle dans son pays.

Si les attitudes changent au sein des pays musulmans les plus fermés ce n'est évidemment pas à cause de l'anti-islamiste de certains milieux suisses et européens. C'est parce que la démographie dans la péninsule arabique se modifie rapidement et dans des termes qui montrent par comparaison tout le ridicule des craintes que Freysinger évoque d'une "Ueberfremdung musulmane".

Aujourd'hui, 35 % des habitants de Bahrain sont des étrangers. Au Koweit la part des travailleurs étrangers s'élève à 60 % et dans les Emirats arabes unis ce chiffre monte à 80 %. Globalement, sur les 35 millions d'habitants de la péninsule arabique, on dénombre aujourd'hui près de la moitié d'étrangers. Or une très large proportion de ces gens est chrétienne, originaire principalement des Philippines et du sud de l'Inde. La pression s'accentue donc sur les autorités pour qu'elles accordent à ces populations les droits liés à l'exercice de leurs convictions religieuses.

A l'éclairage de ces informations l'initiative dite "anti-minarets" n'apparaît donc plus seulement condamnable en termes politiques, sociaux et éthiques. Elle se révèle également anachronique, d'autant plus nuisible à l'image de la Suisse. Il est par conséquent nécessaire, comme elles en ont l'intention, que les autorités fédérales traitent rapidement ce texte. Et qu'elles lui tordent clairement le cou avant de la soumettre au peuple.

 

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06/08/2008

SIG et RE, une si bizarre ambition

Au prétexte de  "diversifier ses sources et de mieux assurer l'approvisionnement énergétique de leur territoire" les SIG et RE entendent investir dans les énergies polluantes. Les SIG en construisant une centrale à gaz à Genève, RE en achetant une part du capital-action  d'une centrale à charbon située en Allemagne du nord.

Il est étonnant que les gouvernements des deux cantons lémaniques n'aient pas d'emblée mis leur veto à ces projets, tant ceux-ci paraissent manquer de sens. Sans compter qu'ils sont à l'évidence incompatibles avec les objectifs contraignants que s'est donnée la Suisse dans le cadre d'accords internationaux et contraires à la volonté mainte fois exprimée par les autorités genevoises et vaudoises.

La prétention affichée par les SIG et RE "d'accroître la sécurité énergétique de leur canton" laisse songeur. Faire en effet passer le taux d'auto-approvisionnement de 20 à 30 % ne représente qu'un progrès marginal en terme de sécurité qui ne saurait justifier le coût de l'investissement envisagé et ses conséquences. Et ce progrès devient carrément fictif lorsque l'investissement en question est effectué à 1000 kilomètres des frontières vaudoises.

Il serait bon de rappeler aux SIG et à RE que la mission que le peuple leur demande de remplir n'est pas de produire de l'électricité mais de l'acquérir, de la fournir et de la distribuer au meilleur prix possible. Si ces sociétés se trouvent en mesure de produire sur leur sol de l'énergie à un coût inférieur à ceux du marché ou proche de ces derniers, tant mieux. Encore faut-il, étant donné les enjeux climatiques, que cette énergie soit propre, renouvelable.

Quant à l'argument  "des incertitudes liées à l'obligation d'acheter sur les marchés" invoqué par un dirigeant de RE, il laisse, lui, pantois. Les SIG et RE sont actionnaires d'EOS, grand fabricant d'électricité en Suisse romande. Or ce contrôle ne saurait équivaloir dans une économie libérale à un contrôle des prix. Les deux distributeurs le savent bien, eux qui ont été forcés par la pression des marchés internationaux et par les impératifs de gestion d'EOS d'accepter récemment une hausse massive des prix de l'électricité livrée par leur filiale. Car ce sont bien les marchés qui déterminent le prix de l'électricité comme celui de toutes les énergies.

Ce qui précède paraît mener à une double conclusion.

En forme d'étonnement d'abord. Comment se peut-il que les dirigeants des SIG et de RE en soient réduits à proposer d'investir les ressources de leur entreprise dans un secteur d'activité condamné à moyen terme. Ils seraient mieux avisés s'ils se préoccupaient davantage de l'efficacité de leur gestion interne et s'ils cherchaient à améliorer la fiabilité et l'ampleur du réseau de leurs fournisseurs.

En forme de leçon de réalisme ensuite. Il serait bon que que les distributeurs suisses d'énergie se rendent à l'évidence : il convient de céder à Berne la haute main sur la politique énergétique du pays. Seule la Confédération à la capacité de définir cette politique et dispose des moyens de la mettre en oeuvre de manière cohérente et durable. Une politique, comme le dit clairement la constitution fédérale, "destinée à promouvoir un approvisionnement énergétique suffisant, diversifié, économiquement optimal et respectueux de l'environnement".

 

 

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