22/05/2008

A propos de la productivité des Genevois

La presse nous apprend ce matin que "le Genevois est le plus productif des Romands". L'étude du CREA, commmandée par les banques cantonales romandes, montre que, par habitant, le PIB a atteint Fr. 86'000.- en 2007, soit Fr. 32'210.- de plus (+59,9 %) que le chiffre vaudois.

Cette "Genferei" pour une foi de bon aloi doit cependant être fortement relativisée et il est étonnant que personne parmi les chercheurs le CREA n'ait pris la peine d'attirer l'attention des médias sur le fait qu'il est très délicat de comparer le PIB de cantons dont la composition des actifs, ceux qui produisent la richesse, est extrêment différente. Pour Genève il est tout simplement erroné de calculer un PIB par habitant puisque environ un quart (!) des actifs n'habitent pas sur le territoire cantonal. En tenant compte de ceux qui travaillent à Genève mais qui vivent avec leur famille en France voisine ou dans le canton de Vaud, soit 100'00 à 130'000 personnes, le calcul conduit à un résultat plus nuancé qui se situe probablement entre Fr. 65'000 et Fr. 70'000.- Ce qui reste un excellent résulat mais qui n'apparaît plus aussi mirobolant par rapport à la moyenne suisse de Fr. 64'420.-

En fait le point le plus important de l'étude du CREA réside dans la mise en valeur de de l'atout principal de l'économie genevoise, à savoir sa place financière. Voilà qui nous ramène à l'ambition, qu'il faut saluer, du Conseil d'Etat de renforcer encore ce secteur d'activité en mettant en oeuvre une politique d'accueil pour les gestionnaires des hedge funds. Des gestionnaires qui selon M. David Hiler "constituerait une manne fiscale bienvenue dans le canton". On se permet cependant de lui rappeler que Genève n'est tout simplement pas capable de loger, donc de taxer, ces contribuables potentiels dont la majeure partie serait aujourd'hui forcée d'aller s'établir dans le canton de Vaud qui abrite déjà plus de 20'000 cadres de l'économie genevoise.

Le Conseil d'Etat semble avoir compris ce corollaire essentiel de son ambition en engageant la refonte du plan actuel de l'aménagement cantonal, un plan qui s'est révélé un échec total. Il donne ainsi indirectement suite à ceux qui, dans une initiative invalidée par le TF au motif d'un droit supérieur plus alpestre qu'urbain, réclamaient la construction rapide de 15'000 logements principalement pour les classes moyennes forcées trop souvent de s'établir hors du canton dans lequel elles trouvent leur revenu.

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17/05/2008

CFF Cargo : la Suisse qui gagne et celle qui perd

Voici quelques années des économistes et des journalistes américains ont forgé l'expression "La vieille Europe". Ils désignaient ainsi les pays européens qui, corsetés dans des législations désuètes et figés dans des structures anachroniques et protectionnistes, refusaient de tirer les conséquences, les avantages aussi, de la globalisation des échanges et de l'ouverture des marchés qui se sont précipitées après l'effondrement de l'Union soviétique.

L'économie de notre pays, grâce au dynamisme des entreprises surtout, grâce aussi à la clairvoyance de certains politiciens, en témoigne : il y a  aujourd'hui une Suisse qui gagne. Mais il y a également une "vieille Suisse", une Suisse qui par attachement à des acquis illusoires et par absence de vitalité reste recroquevillée sur elle-même, une Suisse qui prépare par son immobilisme et ses peurs ses difficultés de demain. La conclusion, provisoire n'en doutons pas, de l'affaire CFF Cargo, a bien montré comment se partagent les camps.

Fribourg a gagné parce que les autorités, engagées depuis des décennies dans un considérable et fructueux effort de développement du canton, savent de longue date que ce développement ne saurait intervenir durablement sans décisions courageuses, sans ruptures parfois douloureuses. Elles sont conscientes du nécessaire investissement dans les secteurs économiques à haute valeur ajoutée et de la création d'emplois à qualification toujours plus élevée. Ces autorités, dans l'épreuve CFF Cargo, ont compris que les difficultés financières mettaient l'entreprise en péril. Elles ont su parfaitement négocier pour finalement accepter de renoncer à des postes de travail sans avenir en contrepartie d'engagements considérables autant en investissements qu'en création d'emplois durables.

Le Tessin a perdu. C'est le terme de ces négociations, jeudi dernier, que les employés des ateliers tessinois de CFF Cargo ont choisi pour adresser à leur collègues fribourgeois un message, pathétique tant il apparaît hors contexte, rédigé sur le ton des condoléances invitant leurs collègues à continuer la lutte et en les assurant de leur soutien. Manifestement ces malheureux n'ont pas retenu les leçons de l'histoire industrielle récente du pays, celle de la Boillat en particulier. Mal conseillés par un monde syndical animé par une idéologie en ruine et par des motifs corporatifs, trompés gravement par des Conseillers d'Etat bien peu courageux ou franchement stupides, ils croient probablement sincèrement qu'ils ont pu reprendre leur travail comme si rien ne s'était passé et pour longtemps. Pourtant des temps difficiles les attendent car les réalités de l'entreprise et du marché sont têtues. Ils devront cette fois les affronter seuls, sans le "soutien" du monde politique et des médias.

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05/05/2008

Mme Widmer-Schlumpf et les Machiavel de pacotille

Comme nombre de Romands je me suis assis devant mon écran de TV hier soir. Comme beaucoup de Romands j'ai ressenti un malaise en entendant comment Mme Widmer-Schlumf, visage fermé et yeux clairs, expliquait, à moult reprises et toujours avec les mêmes mots les apparentes contradictions de son comportement de décembre dernier.

Mais j'ai surtout éprouvé de la consternation en écoutant MM. Levrat, en sueur, et Darbellay, crispé, dans leurs dénégations du "coup du 12 décembre". Mais qu'ont-ils donc, me demandais-je, à protéger si vigoureusement, au prix de leur propre crédibilité, la nouvelle conseillère fédérale UDC ? N'y a-t-il pas dans l'attitude de ces deux politiciens encore jeunes mais déjà artistes des calculs politiciens à court terme, généralement peu reluisants mais si typiques de notre démocratie dite de concordance, la preuve évidente de l'accord donné préalablement par Mme Widmer-Schlumpf à l'opération d'éviction de M. Blocher ? La preuve évidente aussi du piège dans laquel ils se sont inutilement enfermé et de l'obligation qu'ils ont manifestement acceptée de défendre, une fois la manoeuvre réussie, l'image et la santé politique du cheval de Troie qu'ils s'étaient choisi ?

A défendre comme ils l'ont fait dimanche soir Mme Widmer-schlumpf les deux alliés de circonstance montraient leurs limites : celles de deux hommes, animés surtout par la jalousie et la haine, empétrés dans un complot qui a certes atteint son but mais dont ils n'avaient à l'évidence pas mesuré les conséquence sur la vie politique du pays. On pardonne volontier tous les gens simples, à la fibre socialiste ou verte, qui stupidement allumaient des bougies et sabraient le champagne sur la Place fédérale le 12 décembre comme si la Gauche avait ce jour-là pris le pouvoir au Conseil fédéral. Mais on ne peut être que consterné par l'attitude de "l'élite politique socialiste et PDC" du pays, une élite qui a cru pouvoir endosser le manteau de Machiavel mais qui a manifestement oublié de lire Le Prince.

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