17/05/2008

CFF Cargo : la Suisse qui gagne et celle qui perd

Voici quelques années des économistes et des journalistes américains ont forgé l'expression "La vieille Europe". Ils désignaient ainsi les pays européens qui, corsetés dans des législations désuètes et figés dans des structures anachroniques et protectionnistes, refusaient de tirer les conséquences, les avantages aussi, de la globalisation des échanges et de l'ouverture des marchés qui se sont précipitées après l'effondrement de l'Union soviétique.

L'économie de notre pays, grâce au dynamisme des entreprises surtout, grâce aussi à la clairvoyance de certains politiciens, en témoigne : il y a  aujourd'hui une Suisse qui gagne. Mais il y a également une "vieille Suisse", une Suisse qui par attachement à des acquis illusoires et par absence de vitalité reste recroquevillée sur elle-même, une Suisse qui prépare par son immobilisme et ses peurs ses difficultés de demain. La conclusion, provisoire n'en doutons pas, de l'affaire CFF Cargo, a bien montré comment se partagent les camps.

Fribourg a gagné parce que les autorités, engagées depuis des décennies dans un considérable et fructueux effort de développement du canton, savent de longue date que ce développement ne saurait intervenir durablement sans décisions courageuses, sans ruptures parfois douloureuses. Elles sont conscientes du nécessaire investissement dans les secteurs économiques à haute valeur ajoutée et de la création d'emplois à qualification toujours plus élevée. Ces autorités, dans l'épreuve CFF Cargo, ont compris que les difficultés financières mettaient l'entreprise en péril. Elles ont su parfaitement négocier pour finalement accepter de renoncer à des postes de travail sans avenir en contrepartie d'engagements considérables autant en investissements qu'en création d'emplois durables.

Le Tessin a perdu. C'est le terme de ces négociations, jeudi dernier, que les employés des ateliers tessinois de CFF Cargo ont choisi pour adresser à leur collègues fribourgeois un message, pathétique tant il apparaît hors contexte, rédigé sur le ton des condoléances invitant leurs collègues à continuer la lutte et en les assurant de leur soutien. Manifestement ces malheureux n'ont pas retenu les leçons de l'histoire industrielle récente du pays, celle de la Boillat en particulier. Mal conseillés par un monde syndical animé par une idéologie en ruine et par des motifs corporatifs, trompés gravement par des Conseillers d'Etat bien peu courageux ou franchement stupides, ils croient probablement sincèrement qu'ils ont pu reprendre leur travail comme si rien ne s'était passé et pour longtemps. Pourtant des temps difficiles les attendent car les réalités de l'entreprise et du marché sont têtues. Ils devront cette fois les affronter seuls, sans le "soutien" du monde politique et des médias.

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