23/04/2008

les ONG et la crise alimentaire mondiale

La TdG, sous la signature de M. OLivier Bot, donne ce jour à diverses ONG et au syndicat Uniterre l'occasion de faire, au prétexte de la crise alimentaire qui secoue la planète, un nouveau "tour de piste médiatique". Comme à l'habitude les propos tenus par les représentants de ces associations se résument à quelques formules, présentées comme des évidences et des généralités, du genre : "Il faudrait déjà que les paysans aient accès aux graines" ou " Les pays du Nord poussent ceux du Sud à signer des accords empêchant les paysans de réutiliser ou de conserver des semences protégées" ou encore "De plus en plus de paysans dépendent d'une armada de textes sur la propriété intellectuelle qui empêchent l'accès des paysans à la propriété des semences".

Au cas ou par chance l'un ou l'une des auteurs cités dans l'article de M. Bot prenait connaissance des interogations qui suivent il serait utile à la cause défendue par eux qu'ils prennent une fois le temps d'y réfléchir sérieusement et d'y répondre objectivement. Ils rendraient plus compréhensible et plus crédible leur combat.

1. Savent-ils que, comme Claude Allègre le rappelle dans son dernier ouvrage, le gène qui empêche de replanter les semences génétiquement modifiées a été mis au point non pas à l'initiative des producteurs mais, au début de l'expérimentation des OGM, à la demande du ministère de l'Agriculture américain par précaution, pour faire en sorte que si un OGM se révélait dangereux pour l'environnement, il ne puisse pas se reproduire ?

2. Pourquoi se scandalisent-ils de la dépendance des paysans du Sud à l'égard des semenciers alors que les agriculteurs de nos pays ont depuis longtemps renoncé, pour des raisons d'efficacité et de productivité, à replanter leurs propres graines, contribuant ainsi massivement à réduire la biodiversité et se mettant volontairement en état de dépendance à l'égard des entreprises qui les livrent.

3. Comment justifient-ils en chiffres leur affirmation selon laquelle les OGM seraient rentables pour les grandes exploitation et destructrices pour les petites ? Ne confondent-ils pas par absence de rigueur ou en toute mauvaise foi les facteurs pécuniers avec d'autres aspects plus globaux tels que les dangers de l'uniformisation des semences, le protectionnisme agricole des pays riches ou le rôle souvent discutable des conglomérats agroalimentaires ?

4. Pourquoi ne nuancent-ils jamais leurs propos sévères par ceux que par exemple Kofi Annan a tenus lors d'une récente conférence sur le continent noir : "Les OGM constituent une chance pour l'Afrique d'accéder au savoir. Le génie génétique représente un espoir considérable pour les pays pauvres" ? Ou ceux de la Kenyanne Florence-Wambgu : "L'agressivitédes Européens à l'égard des OGM relève d'une pathologie de nantis" ?

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12/04/2008

Le Grand Conseil et la crise alimentaire mondiale

Il est souvent question dans les médias, depuis quelques semaines, de la crisealimentaire que certains nous prédisent. Il faut dire que le sujet est grave et en ce printemps les paysans indiens prient le ciel plus intensément que jamais de leur apporter la mousson estivale sans laquelle leurs récoltes risquent de se trouver amenuisées de plusieurs dizaines de pourcents par rapport à une année normale. Dans un article récent de la revue Newsweek les chroniqueurs notent que, pour ce pays comme pour les autres pays en développement, particulièrement les moins favorisés, une mauvaise récolte 2008 de céréales et de riz se traduirait en effet par une véritable catastrophe.

Sous l'influence de facteurs désormais bien identifiés (besoins accrus de la Chine et de l'Inde, priorité donnée à la culture des plantes destinées à la fabrication des biocarburants, protectionnisme agricole des pays occidentaux, démographie galopante, etc.), les stocks alimentaires, qui au cours des dernières décennies permettaient au monde de faire face à de telles occurences, se sont en effet effondrés. D'un haut de 37 % de la consommation mondiale annuelle ces stocks sont tombés aujourd'hui à 17 % car depuis le début du siècle la production mondiale s'est révlée régulièrement inférieure à la consommation des habitants de la planète.

Et à Genève, pendant ce temps ...

Le Grand Conseil genevois a pris l'habitude, au nom "du rôle humanitaire et international de la Cité de Calvin", de s'exprimer fréquemment sur des sujets qui restent fort éloignés de sa sphère de compétences. C'est ainsi que depuis une dizaine d'années il a, à diverses reprises, donné au monde, sous la forme de Résolutions, son avis sur des questions de portée internationale telles que le conflit israélo-palestinien, la question irakienne, le statut des femmes en Afghanistan, la séquestration d'Ingrid Betancourt, etc. Ces résolutions sont souvent pétries de bonnes intentions mais se révèlent presque toujours aussi prétentieuses qu'inutiles. Ces textes demeurent en effet sans portée pratique. Ils n'en donnent pas moins une image décalée des autorités du canton et générent des signaux pas toujours conformes à ce qu'il est convenu d'appeler "l'Esprit de Genève", cet esprit empreint de tolérance, d'empathie et ... de raison.

Notre parlement va à nouveau être saisi, lors de sa session de ce mois, d'une résolution de cette veine. Malgré la crise alimentaire mondiale qui se profile, elle exige au nom du désormais fameux "principe de précaution" que soit limitée la recherche en matière d'OGM et que l'on reporte à plus tard l'utilisation de ces produits. Curieuse façon pour le Grand Conseil d'apporter sa contribution à ce qui sera probablement le plus grand défi de l'humanité au cours des années à venir, à savoir l'alimentation des peuples de la planète. Car, il faut le dire et le redire, jamais une seule étude scientifique sérieuse n'a confirmé les dangers invoqués par les activistes et les protectionnistes brutaux qui suivent José Bové dans sa croisade anachronique et malhonnête.

Notons pour l'anecdote qu'à Genève on est particulièrement incohérent lorsqu'on prétend s'élever contre le développement des OGM. Notre canton n'est-il pas le lieu où a été mis en valeur un OGM très unanimement apprécié, le Gamaret ? Est-ce parce que ce plant, au lieu d'avoir été créé par Monsanto ou Novartis, a été conçu par des stations de recherches agricoles romandes qu'il recommandé et consommé sans restrictions ?

Plus sérieusement, les députés seraient bien inspirés en se penchant sur ce texte de se demander comment les habitants des pays craignant pour leur avenir alimentaire vont interpréter ce genre d'initiative ? Et comment, s'ils approuvent ce texte, les députés genevois seront-ils en mesure de justifier que l'on reporte aux calendres grecques la recherche et la mise sur le marché de variétés de céréales exigeant pour venir à maturité moins d'eau et moins de pesticides, ces variétés qui permettront à nombre de pays d'accroître leur production alimentaire ?

 

 

 

 

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08/04/2008

Et le contexte ?

Schopenhauer s'amusait de la capacité de ses contemporains à considérer que les limites du monde étaient celles fixées par leurs préoccupations du moment. Il verrait qu'aujourd'hui rien n'a changé et que nous sommes toujours incapables de jauger un événement et de juger ses acteurs en tenant compte de son contexte historique, social, économique et géopolitique. Cela vaut pour le commun des mortels comme, malheureusement, pour ceux qui ont la mission de nous informer. La lecture de la presse d'une journée est particulièrement instructive à ce sujet. Prenons par exemple celle de ce 8 avril 2008 et limitons-nous à un journal et à trois cas pour illustrer notre propos.

Ce quotidien titre ce jour dans son cahier spécial que "Plus de 1600 logements ont été construits en 2007" dans le canton. Bonne nouvelle, se dit-on. Pourtant il n'en est rien car c'est plus du double d'habitations qu'il aurait fallu mettre sur le marché pour commencer, commencer seulement, à surmonter la pénurie  qui règne à Genève. De ce rappel il n'y a pas trace.

On lit aussi dans les colonnes de ce journal que "L'air reste toujours aussi pollué" dans notre pays. Et cela étant chacun serait en droit de s'inquiéter. Or, en fait, il n'existe aucune raison de s'affoler puisque les relevés effectués année après année par les services cantonaux de protection de l'air indiquent qu'en trente ans la qualité de notre air s'est améliorée de magnière extrêmement significative, même si depuis deux ou trois ans on note une certaine stagnation dans les progrès accomplis.

Bien entendu on n'échappe pas dans l'édition du jour aux affaires de l'UDC et des bousculades que ce parti exerce sur Mme Eveline Widmer-Schlumpf. On apprend dans l'article consacré à ce sujet que la présidente d'Alliance F, Mme rosmarie Zpafl-Helbing, se plaint bruyamment qu'une fois encore "les femmes au gouvernement sont attaquées de manière beaucoup plus virulente que les hommes." Elle aussi oublie très facilement que c'est bien un homme, M. Christophe Blocher, qui non seulement a été le sujet d'une campagne médiatique et politique inconnue jusqu'ici dans le pays mais s'est de surcroît fait éjecter du Conseil fédéral en décembre dernier.

Décidément ce n'est pas d'une insuffisance d'information dont souffre notre démocratie. C'est un excès d'informations qui en perturbe le fonctionnement harmonieux. Notamment parce que ceux qui sont chargés de nous livrer ces dernières le font d'une manière superficielle, partielle et hors contexte. Ils n'ont probablement qu'une excuse, celle de ne pas disposer de suffisamment de temps pour effectuer leur tâche avec le sérieux et le recul commandés par l'objectivité.

 

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04/04/2008

Va-t-on exproprier les propriétaires de villas ?

Dans le domaine de l'habitat l'acharnement affiché à intervalle régulier par le Conseil d'Etat à vouloir bâtir des immeubles de logements dans les zônes occupées par des villas est aussi stupéfiant que ridicule. Comment qualifier autrement une obstination dont chacun devrait avoir compris depuis des décennies qu'elle ne saurait apporter, dans des délais acceptables, une solution concrète à la grave insuffisance de logements dans notre canton ? Pourtant la TdG nous révèle ce jour que l'Etat persiste et qu'il entend s'attaquer "à la forteresse des propriétaires de villas", plus particulièrement dans la commune d'Onex. Quel gaspillage !

Gaspillage d'énergie d'abord, pour l'administration publique autant que pour les propriétaires.

Gaspillage de zones de verdure ensuite, celles entretenues à leurs frais par les propriétaires des villas en question.

Gaspillage d'intelligence ensuite, celui qui consiste, pour des raisons idéologiques absurdes, à préférer la confrontation avec une partie de la population alors qu'il suffirait de collaborer avec les communes du canton et le milieu agricole dans l'objectif de déclasser une partie de la zone agricole. Comment en effet ne pas comprendre que la vraie, la seule solution à la crise du logement genevoise ne peut se situer que dans la mise à disposition des bâtisseurs de nouveaux terrains, en quantité suffisante et constructibles rapidement ?

Gaspillage de démocratie surtout. Car lorsqu'un Etat envisage d'exproprier ses citoyens il ne peut s'agir que d'un profond échec. Celui d'un Etat qui s'est enfermé dans un système législatif paralysant et qui demeure incapable de s'extraire de son corset au moyen des actes législatifs usuels en démocratie.

Pourtant le Conseil d'Etat avait indiqué récemment qu'il entendait rechercher rapidement en zone agricole les terrains dont les genevois ont tant besoin. Osons donc espérer que l'article faisant l'objet de ce papier s'inscrit uniquement dans les effets de manches habituels et les discours politiciens, ceux destinés à calmer les idéologues irrationnels.

 

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