12/04/2008

Le Grand Conseil et la crise alimentaire mondiale

Il est souvent question dans les médias, depuis quelques semaines, de la crisealimentaire que certains nous prédisent. Il faut dire que le sujet est grave et en ce printemps les paysans indiens prient le ciel plus intensément que jamais de leur apporter la mousson estivale sans laquelle leurs récoltes risquent de se trouver amenuisées de plusieurs dizaines de pourcents par rapport à une année normale. Dans un article récent de la revue Newsweek les chroniqueurs notent que, pour ce pays comme pour les autres pays en développement, particulièrement les moins favorisés, une mauvaise récolte 2008 de céréales et de riz se traduirait en effet par une véritable catastrophe.

Sous l'influence de facteurs désormais bien identifiés (besoins accrus de la Chine et de l'Inde, priorité donnée à la culture des plantes destinées à la fabrication des biocarburants, protectionnisme agricole des pays occidentaux, démographie galopante, etc.), les stocks alimentaires, qui au cours des dernières décennies permettaient au monde de faire face à de telles occurences, se sont en effet effondrés. D'un haut de 37 % de la consommation mondiale annuelle ces stocks sont tombés aujourd'hui à 17 % car depuis le début du siècle la production mondiale s'est révlée régulièrement inférieure à la consommation des habitants de la planète.

Et à Genève, pendant ce temps ...

Le Grand Conseil genevois a pris l'habitude, au nom "du rôle humanitaire et international de la Cité de Calvin", de s'exprimer fréquemment sur des sujets qui restent fort éloignés de sa sphère de compétences. C'est ainsi que depuis une dizaine d'années il a, à diverses reprises, donné au monde, sous la forme de Résolutions, son avis sur des questions de portée internationale telles que le conflit israélo-palestinien, la question irakienne, le statut des femmes en Afghanistan, la séquestration d'Ingrid Betancourt, etc. Ces résolutions sont souvent pétries de bonnes intentions mais se révèlent presque toujours aussi prétentieuses qu'inutiles. Ces textes demeurent en effet sans portée pratique. Ils n'en donnent pas moins une image décalée des autorités du canton et générent des signaux pas toujours conformes à ce qu'il est convenu d'appeler "l'Esprit de Genève", cet esprit empreint de tolérance, d'empathie et ... de raison.

Notre parlement va à nouveau être saisi, lors de sa session de ce mois, d'une résolution de cette veine. Malgré la crise alimentaire mondiale qui se profile, elle exige au nom du désormais fameux "principe de précaution" que soit limitée la recherche en matière d'OGM et que l'on reporte à plus tard l'utilisation de ces produits. Curieuse façon pour le Grand Conseil d'apporter sa contribution à ce qui sera probablement le plus grand défi de l'humanité au cours des années à venir, à savoir l'alimentation des peuples de la planète. Car, il faut le dire et le redire, jamais une seule étude scientifique sérieuse n'a confirmé les dangers invoqués par les activistes et les protectionnistes brutaux qui suivent José Bové dans sa croisade anachronique et malhonnête.

Notons pour l'anecdote qu'à Genève on est particulièrement incohérent lorsqu'on prétend s'élever contre le développement des OGM. Notre canton n'est-il pas le lieu où a été mis en valeur un OGM très unanimement apprécié, le Gamaret ? Est-ce parce que ce plant, au lieu d'avoir été créé par Monsanto ou Novartis, a été conçu par des stations de recherches agricoles romandes qu'il recommandé et consommé sans restrictions ?

Plus sérieusement, les députés seraient bien inspirés en se penchant sur ce texte de se demander comment les habitants des pays craignant pour leur avenir alimentaire vont interpréter ce genre d'initiative ? Et comment, s'ils approuvent ce texte, les députés genevois seront-ils en mesure de justifier que l'on reporte aux calendres grecques la recherche et la mise sur le marché de variétés de céréales exigeant pour venir à maturité moins d'eau et moins de pesticides, ces variétés qui permettront à nombre de pays d'accroître leur production alimentaire ?

 

 

 

 

09:42 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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