14/01/2008

Abaisser les impôts ?

Comme d'habitude, lorsqu'il est question de réduire la fiscalité genevoise, la gauche s'enflamme. Avant même de connaître le détail des modifications proposées elle explique qu'elle s'y opposera et "mettra tout en oeuvre pour combattre le démantèlement des prestations de l'Etat". Cette réaction s'explique : le PS et les Verts genevois, depuis un demi-siècle, ont fondé tous leurs succès électoraux sur le discours populiste du "plus d'Etat" et du "plus de prestations publiques". Le constat que le monde a changé, que cette politique a échoué et que l'Etat providence est en faillite ne suffit pas à les convaincre de renouveler leurs slogans car ils demeurent semble-t-il incapables d'imaginer de nouvelles réponses aux problèmes économiques et sociaux de la population.

La baisse de la charge fiscale réclamée par la droite ne vise bien évidemment pas à priver les Genevois des prestations publiques dont ils ont besoin, particulièrement les moins favorisés d'entre eux. La réforme vise à réduire le poids de l'impôt sur les classes moyennes. Pourquoi est-elle devenue indispensable ?

Il convient de reconnaître que la situation des classes moyennes n'a cessé de se péjorer depuis deux décennies. D'abord parce qu'avec le développement du travail féminin les couples se trouvent toujours plus discriminés par rapport aux célibataires à cause d'un mode de taxation qui n'a pas été révisé. Ensuite parce que depuis un demi siècle les prestations sociales offertes par l'Etat ont crû de manière considérable, principalement grâce aux contributions fiscales prélevées sur les classes moyennes mais ... sans que celles-ci profitent de ces prestations. Il s'agit donc de corriger une injustice criarde.

Les opposants à la révision fiscale proposée ne manqueront pas de prétendre que ses promoteurs "oublient" un peu vite l'exigence que ces derniers affichaient hier encore de voir réduite la dette publique. En réponse à cet argument il faut souligner que la droite genevoise a de quoi être déçue par un gouvernement qui avait fait de l'assainissement de son administration publique l'objectif principal de sa législature. Certes, M. Hiler et ses collègues ont été miraculeusement aidés par les entreprises et les citoyens du canton qui leur ont apporté des recettes fiscales exceptionnellement élevées et grâce auxquelles ils se trouvent en mesure de présenter des comptes et des budget positifs. Mais s'agissant du redressement structurel et durable du fonctionnement de l'Etat, celui qui permettra à Genève d'affronter les prochains nuages conjoncturels, on reste fort loin des promesses faites.

Manifestement le gouvernement a cédé à la facilité. Alors qu'il avait promis que le nombre des postes de l'administration publique se trouverait en 2008 réduit de 500 unités par rapport à 2005, on constate dans les chiffres qu'il a publié pour cette année que la baisse ne sera que de 50 postes environ. Quant à la masse de plus de 3 milliards de francs des subventions destinées à la myriade croissante des associations, fondations et institutions de tous genres qui gravitent autour de l'Etat, elles auront grossi durant ce laps de temps de 6 % à alors qu'elles étaient censées diminuer de 3,75 %.

Le remboursement régulier de la dette publique, qui doit succéder à la remise en ordre du ménage cantonal, reste pour la droite genevoise un objectif prioritaire. Il s'inscrit dans le conviction que notre génération ne saurait continuer à faire payer les largesses qu'elle s'octroie sans compter par ses enfants. Mais ce remboursement doit intervenir moyennant une amélioration de l'efficacité du fonctionnement de l'administration publique et non en perpétuant l'injustice qui est faite aux classes moyennes.

 

 

 

 

 

12:03 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

07/01/2008

Les trois leçons de Pékin

Le passage à une année nouvelle constitue toujours une source d'interrogation inquiète : "de quoi les mois à venir seront-ils faits ?". En termes géopolitiques la réponse ne fait aucun doute, 2008 sera l'année de Pékin.

Dans sa dernière édition de l'an passé l'hebdomadaire américain Newsweek a consacré de nombreuses pages à l'émergence de la Chine, nouvelle puissance mondiale qui ne manquera pas l'été prochain de dévoiler davantage encore ses splendeurs, ses réalisations, sa grandeur et sa force à l'occasion de JO de Pékin. Un pays qui en vingt ans à atteint un niveau d'industrialisation, de production, d'urbanisation et de transformations sociales qu'il afallu deux siècles à l'Europe pour réaliser. Un pays qui entre 1975 et aujourd'hui a permis, grâce à ce développement stupéfiant, à 400 millions de Chinois de s'extraire de la pauvreté.

Aux Occidentaux, aux Helvètes notamment, l'émergence de la Chine doit apporter trois enseignements majeurs.

Le premier est d'ordre culturel. L'Empire du Milieu a connu une éclipse longue de deux siècles qu'en quelques décennies de labeur il a su effacer pour retrouver son rang dans le concert des grandes nations. Comment ? En retrouvant ses profondes racines culturelles, confucéennes, que 150 ans de colonialisme européen et 25 ans de désastre marxiste n'ont même pas réussi à écorcher.

Les promoteurs du relativisme culturel et de la multi-culturalité devraient en particulier s'en persuader : un peuple vit et survit, surmonte les crises et progresse grâce à son son ciment culturel, grâce à l'ancrage de sa civilisation dans les coeurs et les esprits des générations.

Le deuxième enseignement réside dans le constat qu'un peuple ne peut trouver qu'au sein de ses élites et parmi ses enfants les plus entreprenants les ingrédients de son essor social et économique. Pour la Chine le déclic s'est produit lorsque, voilà une trentaine d'années, les dirigeants ont compris et saisi l'immense opportunité que représente pour les pays sous-développés la libéralisation mondialisée des échanges de biens, de services, de technologies et de capitaux.

A ce chapître l'Occident est appelé à admettre l'échec de la politique d'aide au Tiers monde qu'il a menée depuis le milieu du 20ème siècle. Une politique d'assitance, contraire aux intérêts bien compris et durables des peuples bénéficiaires, à laquelle nombre de milieux persistent chez nous à adhérer en se donnant bonne conscience et qui pourtant constitue un énorme gaspillage de ressources au profit trop souvent des minorités dirigeantes corrompues dans les Etats pauvres.

Une troisième leçon est révélée par l'accès progressif des Chinois à l'aisance matérielle. Cet accès s'accompagne visiblement d'une évolution du pays vers plus de liberté de pensée et d'expression, moins de centralisme bureaucratique et immanquablement davantage de démocratie.

Il s'agit donc pour les sociétés occidentales de repenser le bienfondé des pressions politiques qu'elles exercent sur certains pays pauvres au nom des droits de l'Homme ou du "droit d'ingérence humanitaire". Ces pressions, généralement contre-productives contribuent en fait au ralentissement des processus de développement et masquent trop souvent le protectionnisme et un forme nouvelle d'impérialisme des pays nantis. Après les illustrations coréenne et chilienne l'exemple chinois apparaît particulièrement éclairant à ce sujet.

 

 

 

20:42 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook