07/01/2008

Les trois leçons de Pékin

Le passage à une année nouvelle constitue toujours une source d'interrogation inquiète : "de quoi les mois à venir seront-ils faits ?". En termes géopolitiques la réponse ne fait aucun doute, 2008 sera l'année de Pékin.

Dans sa dernière édition de l'an passé l'hebdomadaire américain Newsweek a consacré de nombreuses pages à l'émergence de la Chine, nouvelle puissance mondiale qui ne manquera pas l'été prochain de dévoiler davantage encore ses splendeurs, ses réalisations, sa grandeur et sa force à l'occasion de JO de Pékin. Un pays qui en vingt ans à atteint un niveau d'industrialisation, de production, d'urbanisation et de transformations sociales qu'il afallu deux siècles à l'Europe pour réaliser. Un pays qui entre 1975 et aujourd'hui a permis, grâce à ce développement stupéfiant, à 400 millions de Chinois de s'extraire de la pauvreté.

Aux Occidentaux, aux Helvètes notamment, l'émergence de la Chine doit apporter trois enseignements majeurs.

Le premier est d'ordre culturel. L'Empire du Milieu a connu une éclipse longue de deux siècles qu'en quelques décennies de labeur il a su effacer pour retrouver son rang dans le concert des grandes nations. Comment ? En retrouvant ses profondes racines culturelles, confucéennes, que 150 ans de colonialisme européen et 25 ans de désastre marxiste n'ont même pas réussi à écorcher.

Les promoteurs du relativisme culturel et de la multi-culturalité devraient en particulier s'en persuader : un peuple vit et survit, surmonte les crises et progresse grâce à son son ciment culturel, grâce à l'ancrage de sa civilisation dans les coeurs et les esprits des générations.

Le deuxième enseignement réside dans le constat qu'un peuple ne peut trouver qu'au sein de ses élites et parmi ses enfants les plus entreprenants les ingrédients de son essor social et économique. Pour la Chine le déclic s'est produit lorsque, voilà une trentaine d'années, les dirigeants ont compris et saisi l'immense opportunité que représente pour les pays sous-développés la libéralisation mondialisée des échanges de biens, de services, de technologies et de capitaux.

A ce chapître l'Occident est appelé à admettre l'échec de la politique d'aide au Tiers monde qu'il a menée depuis le milieu du 20ème siècle. Une politique d'assitance, contraire aux intérêts bien compris et durables des peuples bénéficiaires, à laquelle nombre de milieux persistent chez nous à adhérer en se donnant bonne conscience et qui pourtant constitue un énorme gaspillage de ressources au profit trop souvent des minorités dirigeantes corrompues dans les Etats pauvres.

Une troisième leçon est révélée par l'accès progressif des Chinois à l'aisance matérielle. Cet accès s'accompagne visiblement d'une évolution du pays vers plus de liberté de pensée et d'expression, moins de centralisme bureaucratique et immanquablement davantage de démocratie.

Il s'agit donc pour les sociétés occidentales de repenser le bienfondé des pressions politiques qu'elles exercent sur certains pays pauvres au nom des droits de l'Homme ou du "droit d'ingérence humanitaire". Ces pressions, généralement contre-productives contribuent en fait au ralentissement des processus de développement et masquent trop souvent le protectionnisme et un forme nouvelle d'impérialisme des pays nantis. Après les illustrations coréenne et chilienne l'exemple chinois apparaît particulièrement éclairant à ce sujet.

 

 

 

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